L’école 42 de Xavier Niel accueille ses premiers étudiants à Málaga

Par Laure Linot | Publié le 19/04/2022 à 18:12 | Mis à jour le 20/04/2022 à 12:01
Photo : Inauguration officielle de l’Ecole42 Malaga en présence de F De La Torre, maire de Malaga et Juanma Moreno, Président de la région Andalousie (©Laure Linot)
Photo : Inauguration officielle de l’Ecole42 Malaga en présence de F De La Torre, maire de Malaga et Juanma Moreno, Président de la région Andalousie

Le 4e campus espagnol de l’Ecole 42 ouvre officiellement ses portes ! Après Madrid, Barcelone et Urduliz (près de Bilbao), 42 Málaga compte désormais sa première promotion d’étudiants. Cette école d’un nouveau genre a pour objectif de former les futurs professionnels du digital. Reportage au cœur de ce centre de formation innovant imaginé par Xavier Niel, le fondateur du groupe de télécommunications français Illiad - Free.

Une rentrée en grande pompes pour la première promotion de 42 Málaga

En ce jour de rentrée de la Semana Santa, l’émotion est palpable au complejo Tabacalera de Málaga. Après le stress de l’attente, la joie se lit sur les visages. Emile Fournout, 22 ans, multiplie les accolades avec ses camarades. « Je suis heureux d’être là ! On a réussi ! » Jusqu’au dernier moment, ce jeune Français ne connaissait pas les noms de ceux qui, comme lui, avaient passé avec succès l’ultime phase de sélection de l’Ecole 42. C’est désormais officiel, il appartient à la première promotion d’élèves de 42 Málaga. « Dans ma tête, c’était réussir l’entrée à l’Ecole 42 ou rien…. Je n’avais pas de plan B ! » déclare Emile, tout sourire.

Comme lui, 172 étudiants savourent ces retrouvailles au goût de victoire. Mais les nouveaux élèves ne sont pas les seuls à rejoindre les bancs de l’école ce lundi 18 avril. « C’est un jour très spécial » avertit Luis Gonzalez Quero, le directeur de l’Ecole 42. Parmi les visages anonymes, les traits familiers de plusieurs personnalités publiques se détachent. José María Álvarez-Pallete, directeur général de Telefónica, Francisco de la Torre, maire de Málaga, Juanma Moreno, président de la Junta de Andalucía ou encore Francisco Salado, président de la Diputación de Málaga : tous arpentent les longues salles de cours au design industriel pour inaugurer ce site d’un genre nouveau. L’installation de l’Ecole 42 à Málaga a aussi pour eux un goût de réussite. José María Álvarez-Pallete, directeur général de Telefónica jubile : « Nous n’accueillons pas une école de plus. Nous accueillons une école de plus-value ».

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Emile Fournout avec ses camarades, photo: Laure Linot.

 

L’Ecole 42, un modèle novateur venu de France

La particularité de cette école s’impose au premier regard. Sur les 2400 m2 du site de la Tabacalera, une succession de tables et d’ordinateurs se profilent à perte de vue. Au détour des 3 open spaces, surgit un coin sieste avec des lits superposés.

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Coin sieste, @Laure Linot.

Plus loin, c’est l’entrée d’une salle de bain équipée de douches qui attire l’attention. Au bout des zones de travail, un espace cuisine côtoie quant à lui une table de ping-pong. Pas d’amphithéâtre, de salle des professeurs, ou d’espaces cloisonnés. Nul doute : l’Ecole 42 n’est pas une école traditionnelle. Ouverte 7 jours sur 7, 24h sur 24h, tout est fait pour favoriser l’autonomie des étudiants.

Luis Gonzalez Quero, directeur de 42 Malaga, se décrit d’ailleurs plutôt comme un « responsable ». Il aime présenter le site comme un « campus » plus qu’une « école ». Quelle que soit la terminologie utilisée, l’idée est claire : ce centre de formation de développeurs informatiques assume et revendique sa singularité.

Entièrement gratuite et ouverte à tous, l’Ecole 42 a été imaginée par Xavier Niel, le fondateur du groupe Illiad-Free. La première du nom a vu le jour en 2013 à Paris. Aujourd’hui, ce modèle innovant est présent sur tous les continents. En Espagne, il est financé par la Fúndación Telefónica. Après Madrid en 2019, Barcelone et Urduliz (près de Bilbao) en 2021, Málaga est donc la quatrième Ecole 42 à s’implanter sur la péninsule ibérique. Ce concept se base sur l’autoformation comme méthode d’apprentissage. Ici, « on apprend à apprendre », selon la formule consacrée. Un mode de fonctionnement éprouvé par le jeune étudiant français : « Si tu ne connais pas la réponse au problème, demande à tes collègues ou à Google » explique Emile Fournout. Jaime, un autre élève de cette nouvelle promotion, confirme : « Tu t’aperçois rapidement que tes camarades te répondent plus vite qu’un moteur de recherche. Ça devient donc naturel de s’entraider pour avancer ! » La pédagogie utilisée veut rompre avec le modèle paternaliste traditionnel. Ici, les élèves apprennent une multitude de matières en toute autonomie : programmation, cybersécurité, intelligence artificielle, Big Data, Blockchain etc… La méthodologie est unique : un enseignement sans professeurs ni diplôme à la clé.

Carmen Hernandez Ledesma, directrice adjointe de 42 Malaga explique l’origine de cette pédagogie : « Selon une étude menée par Dell / IFTF, 85% des métiers de 2030 n’existent pas encore » précise-t-elle. Partant de ce constat, l’école 42 favorise l’apprentissage en « peer to peer ». Un moyen d’apporter aux élèves la flexibilité nécessaire pour s’adapter au marché du travail de demain. Cristian, un candidat argentin de 40 ans, en témoigne : « Ici, le plus difficile, plus que le codage, c’est d’apprendre à gérer l’incertitude au quotidien. »

Un emploi assuré à la clé

Au détour des open spaces, certains élèves commencent à coder sur les ordinateurs. Et d’autres connections se créent. Pierre-Alain Baetz, Directeur commercial d’Oracle Europe du Sud pour le marché PME/ETI, est venu assister à l’inauguration du site. Présentations faites, il échange à bâtons rompus avec Emile Fournout : « Comment s’est passée ta sélection ? » demande-t-il au jeune français. Avant de poursuivre : « Chez Oracle, à Malaga, la majorité de nos postes sont proposés à des profils commerciaux et technico-commerciaux, et sommes toujours ouverts à tous types de talents ! Ce qui m’intéresse beaucoup dans ce concept de l’Ecole 42, c’est la valeur donnée à la personne et au travail de groupe. C’est exactement ce que nous faisons dans notre entreprise, afin de servir au mieux nos clients. Notre moyenne d’âge est jeune, en particulier sur le site de Malaga, et l’une de nos richesses repose sur les 25 nationalités présentes ». Les grands patrons ne tardent pas longtemps à débaucher les jeunes talents de l’Ecole 42. Les étudiants décrochent souvent un contrat avant même la fin de leurs études. C’est d’ailleurs le cas de Teresa : cette nouvelle élève de 42 Málaga a un CDI en poche dès son premier jour de rentrée !

« Les entreprises sont plus intéressées par les compétences que par les diplômes » explique Luis Gonzalez Quero, le responsable de 42 Málaga. Avant de poursuivre : « Passer et réussir un test technique est bien plus probant qu’avoir un diplôme sans jamais avoir exercé. » Ce modèle disruptif affiche un score sans appel : 100% d’employabilité pour les étudiants qui intègrent l’Ecole 42. Ce campus innovant fait aujourd’hui partie des 10 meilleures écoles de programmation du monde selon une étude de Codingame.

Málaga, une ville aux nombreux atouts qui a su séduire l’Ecole 42

Pour Málaga, l’implantation de ce modèle 42 est stratégique. « Le numérique est le 3e poste économique d’Andalousie. Notre volonté est claire : nous voulons créer un écosystème autour de l’innovation et devenir leader de la transition digitale en Europe. Nous sommes déjà en marche.  Et quand on sait où on doit aller, quand l’objectif est clair, on y arrive toujours ! » explique Juanma Moreno, président de la Junta de Andalucía. Pour mener à bien ce projet, il aura donc fallu une étroite collaboration publique-privée entre l’Ayutamiento de Málaga, la Junta de Andalucía, la Diputación de Málaga et la Fúndación Telefónica.  

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La détermination du maire de Málaga a aussi été décisive, comme le révèle cette anecdote. En 2019, au lendemain de l’ouverture de la première Ecole 42 en Espagne, Francisco De La Torre lit le journal : « Tout d’un coup, je découvre l’ouverture de cette école innovante à Madrid, et j’imagine les possibilités que cela pourrait avoir pour Málaga » se souvient-il. « J’ai tout de suite envoyé un courrier au président de Telefónica pour lui demander de venir implanter une seconde école 42 dans ma ville. Il m’a répondu positivement dès le lendemain ! » Et José María Álvarez-Pallete de préciser en souriant : « Quand on a reçu ce courrier du maire de Málaga, 24h après l’ouverture de Madrid, on a tout de suite su que cette école serait un succès en Espagne ! » En 2022, 42 Málaga devient donc réalité, même si la pandémie de Covid-19 et les pénuries de puces électroniques ont retardé de quelques mois l’ouverture souhaitée depuis 2019.

La ville de Malaga répond à tous nos critères

Pour l’équipe de la fondation Téléfonica, la candidature de Málaga n’a fait aucun doute. Selon le directeur de 42 Málaga, Luis Hernandez Quero, la capitale andalouse dispose d’atout forts et répond à tous les critères  : « Elle nous permet d’abord de développer le marché de l’emploi : le taux de chômage reste élevé en Andalousie, mais il y a en même temps une masse importante d’entreprises susceptibles d’embaucher nos étudiants dans la zone. Ensuite, nous avons été convaincus par la technologie de pointe de la région avec l’existence de plusieurs pôles technologiques et l’arrivée de Google sur le port. La présence de nombreuses nationalités en Andalousie est aussi une réelle force. »

Pour mieux rompre la fracture numérique sur tout le territoire, 42 Malaga envisage de se spécialiser : « Ici à Málaga, on va s’adresser surtout au secteur primaire car l’agriculture est très présente. Par exemple on peut réfléchir à la façon d’automatiser et de digitaliser les tâches souvent difficiles des agriculteurs pour gagner en qualité de vie » explique Luis Hernandez Quero. Les secteurs des jeux vidéos et de la cybersécurité sont aussi mis en avant.

42 Málaga, des perspectives supplémentaires entre la France et l’Espagne

L’ouverture de ce nouveau campus à Málaga est une opportunité supplémentaire pour construire des synergies franco-espagnoles. Cela ne fait aucun doute pour Stéphane Vojetta, le député LREM de la 5e circonscription des Français de l’étranger : « L’école 42 est un modèle à la française. Maintenant que cette école dispose d’un réseau de 4 campus espagnols, j’aimerais impulser une collaboration avec les lycées français en Espagne. Ce serait un moyen de partager des expériences, d’échanger sur les métiers du futur voire d’envisager des stages. »  

Pour Emile Fournout, c’est en tout cas le début d’une nouvelle aventure. Le jeune homme ne sait pas s’il va rester en Andalousie pour y travailler. « Le cursus dure en moyenne 3 ans, mais au bout d’un an et demi on peut demander une mobilité à l’international. Je suis attaché à Paris, j’aimerais peut-être revenir dans la capitale voire aller travailler en Suisse, un pays qui m’attire » explique-t-il. Puis le jeune homme fait une pause : « En même temps, après un an sur la Costa del sol, je vais voir si je m’attache à cette région car j’aime beaucoup le soleil ! Si c’est le cas, pourquoi pas rester ici ! » Ce serait alors un pari réussi pour les élus d’Andalousie, qui se sont fixés comme objectif non seulement de capter, mais aussi de retenir les talents dans la région.

Les 4 juillet et 8 août prochains auront lieu de nouvelles phases de sélection pour constituer la seconde promotion de 42 Malaga. Au total, comme Emile Fournout, plus de 600 étudiants devraient se former dans ce campus.

Voici le lien, si vous souhaitez ⇨ vous inscrire aux épreuves de sélection

 

Laure Linot

Laure Linot

Journaliste web pour l’édition LePetitJournal.com/Andalousie, spécialiste des Médias et de l’Education, passionnée par la culture franco-espagnole. Entre France et Espagne, suite à une carrière de 17 ans comme journaliste et reporter à France Télévisions.
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