Cent sélections avec la Pologne, deux Ligues Europa avec Séville, un passage par le PSG : Grzegorz Krychowiak a construit une carrière qui l’a mené bien au-delà des frontières polonaises. À 36 ans, cet entrepreneur n’en a pas tout à fait fini avec le terrain, et prépare la relève en accompagnant la nouvelle génération. À l’origine du Match des Légendes, avec Éric Salvat et ambassadeur du Łódź Soccer Camp, l’ancien international polonais nous parle - dans un français parfait - de transmission sans donner de leçons. Confiance en soi, alimentation, santé mentale, pression, rôle des parents et des entraîneurs : autant de sujets que sa génération, dit-il, abordait peu. Son leitmotiv : former un jeune joueur, c’est, avant tout, ne pas oublier l’enfant derrière le futur footballeur.


Bénédicte Mezeix-Rytwinski pour Lepetitjournal.com Varsovie : Quel est votre rôle entre le Match des Légendes et le Łódź Soccer Camp ?
Grzegorz Krychowiak : En ce qui concerne mon rôle, je suis un joueur parmi les autres. L’année dernière, on a fait match nul. Nous allons donc faire tout notre possible pour gagner cette année. Mais ce qui me fait énormément plaisir, ce sont tous ces jeunes qui sont là aujourd’hui. Ils ont participé au Łódź Soccer Camp pendant quatre jours et eux aussi vont avoir leur première finale dans le grand stade de Łódź. Et il ne faut pas forcément venir seulement pour voir notre match : leur match à eux aura lieu deux heures avant. Pour eux, jouer dans ce stade, ça va être une belle expérience.
Qu’est-ce que ces quatre jours de Łódź Soccer Camp vous ont appris sur les jeunes joueurs et joueuses d’aujourd’hui ?
Dans la série de 4 épisodes qui sera diffusée sur Youtube à l’automne, intitulée Pierwsze Gwizdek, on pourra découvrir, entre autres, les coulisses du Łódź Soccer Camp. L’histoire de ces jeunes joueurs et joueuses est tout simplement incroyable, parce qu’il se passe énormément de choses dans leurs têtes : les difficultés, la joie, la tristesse, la pression…
Toutes ces choses-là, moi, quand j’étais jeune, on ne les abordait pas. Aujourd’hui, il y a plus de connaissances, plus de formation.
Le football reste difficile parce que, naturellement, ce sont les plus forts qui arrivent au bout. Du coup, on perd énormément de talents au fil des années, à cause de cet aspect mental. Ce qui se passe dans leur tête est très important, ce sont avant tout encore des enfants. Il faut donc leur donner des outils pour qu’ils puissent trouver eux-mêmes les solutions. Parce que c’est difficile pour un entraîneur ou pour les parents de trouver des solutions à leur place.
Il ne suffit pas de travailler uniquement avec les jeunes joueurs ?
Au-delà des jeunes joueurs, on a aussi parlé avec les entraîneurs, les jeunes stagiaires, des psychologues, des diététiciens, bref, tous ceux qui les entourent. Nous en sommes arrivés à la conclusion suivante : si on tient à nos enfants, il faut construire une sorte de triangle, avec l’enfant au milieu, les parents et les entraîneurs autour de lui. Il faut qu’il y ait un échange entre eux.
La confiance que les parents ont dans les entraîneurs est très importante. Cette relation, cette communication entre eux est vraiment très importante.
La nutrition n’est-elle pas devenue, elle aussi, un enjeu essentiel dans la formation des jeunes joueurs ?
Bien sûr, évidemment. On a aussi essayé, avec la diététicienne, d’expliquer aux jeunes joueurs ce qu’ils doivent manger. Parce que parfois, on pense que c’est tellement évident, mais moi, j’ai compris ça très tard. Donc, avoir la possibilité d’apprendre, dès 10 ou 11 ans, comment il faut manger, comment il faut s’entraîner, c’est important. Après, c’est à eux de voir : on leur donne des informations et chacun choisit ce qu’il veut en faire.
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Est-ce que vous allez continuer à suivre ces jeunes après le Łódź Soccer Camp ?
Comme je vous le disais, nous avons affaire à des enfants, on ne peut pas les forcer à devenir joueurs de foot, on ne peut pas les forcer à continuer le football s’ils n’en ont plus envie. Le but de ce camp, c’est de donner des formations à de jeunes joueurs, mais aussi aux parents et aux entraîneurs. Après, c’est à eux de voir.
Avec toutes ces informations, ce sera légèrement plus simple pour eux, mais on ne peut pas suivre l’après-stage et tous ces jeunes joueurs.
D’après votre propre expérience, quelles sont les qualités les plus importantes pour réussir dans le football en tant que professionnel ?
Si je me réfère à ma propre expérience, je dirais, la confiance, et tout ce qui se passe dans la tête. C’est-à-dire ne pas écouter les autres, parce que parfois il y a de la jalousie, de la rivalité, beaucoup de choses qui entrent en compte... Et je crois surtout que les autres joueurs ne veulent pas forcément ton bien.
Donc, tu dois garder cette confiance en toi, ne pas écouter les autres et continuer. Chacun d’entre nous a son propre cerveau, c’est à chacun de prendre ses décisions.
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À cet âge-là, est-ce qu’il faut justement privilégier l’accompagnement individuel plutôt que de considérer d’abord le collectif ?
C’est exactement ça, parce que dans un premier temps, à ce stade-là, on ne doit pas les voir comme une équipe. Il faut vraiment prendre en compte chaque joueur individuellement. Prendre soin, par exemple, de celui qui a besoin de plus d’attention que les autres. Il faut faire progresser les joueurs. On sait très bien qu’il n’y en a que 1 % qui réussiront à devenir footballeurs professionnels, c’est très difficile. Évidemment, quand on voit des joueurs qui sont plus forts, on les aide, mais il faut aussi faire progresser les autres.
Parce qu’à cet âge-là, celui qui est moins talentueux peut malgré tout largement surpasser celui qui a plus de talent.
Qu’est-ce qui fait, selon vous, que le Match des Légendes peut réunir à la fois les parents et leurs enfants ?
Moi, je pense que c’est un mélange qui rassemble autant les parents que les enfants. Vous voyez, sur le terrain, il y a des joueurs qui sont déjà à la retraite, donc forcément les parents les connaissent, les ont suivis. Et aujourd’hui, on leur offre la possibilité de partager ces souvenirs avec leurs enfants. C’est la passion et la transmission qui nous rassemblent aux côtés de joueurs qui ont gagné les plus grands matchs, les plus belles coupes de l’histoire du football de ces dernières années.
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