Jeudi 15 avril 2021

François Delporte : "Rocambole c'est 1 épisode lu par minute"

Par Isabelle Vansteenkiste | Publié le 02/04/2021 à 05:30 | Mis à jour le 03/04/2021 à 10:31
François Delporte, le CEO et cofondateur de l'appli de lecture Rocambole

Rocambole, l’application qui propose des séries littéraires sur smartphone, se lance à la conquête de ceux qui ne lisent pas (ou plus) ! Rencontre avec son CEO François Delporte.

 

Le streaming a révolutionné la musique et la vidéo, pourquoi ne révolutionnerait-il pas la littérature ? C'est le paris de Rocambole, une plateforme de streaming littéraire 100 % originale fondée par François, Camille, Boris et Julien. Quatre entrepreneurs français convaincus que cette nouvelle façon de lire a de l'avenir.
 

Avant d’être cofondateur de Rocambole, quel a été votre parcours ?

J’ai effectué un parcours assez classique d’école de commerce. Spécialisé en finance d’entreprise (fonds d’investissement) j’ai effectué un passage chez BPI France, avant de revenir en fonds d’investissement, mais côté impact social (emploi de personnes en difficulté notamment). Devenu responsable financier, j’ai enchaîné diverses expériences. Je me suis alors rendu compte que j’étais plus à l’aise là où je pouvais prendre des initiatives et que j’avais besoin de plus de « sens » dans mon travail.
Lors d’une conférence, j’ai rencontré ma cofondatrice Camille, qui, elle, vient de l’édition numérique et de la littérature. Cette année-là le CNL venait de sortir une étude qui a été un vrai déclic : 2 Français sur 3 voulaient lire plus. Intéressant non ? La lecture c’est sur les listes du 1er janvier, c’est la bonne résolution qu’on prend et qu’on ne tient jamais. Et si on arrivait à changer ça ?
Je cède aux sirènes de l’entrepreneuriat et fonde Rocambole. Je suis moi-même un petit lecteur (environ 5 livres par an). J’ai lu de la fantasy étant jeune et je lis pas mal de BD. Je suis donc bien placé pour comprendre cette envie de lire plus sans y parvenir.

 

Toute l'équipe de Rocambole
L'équipe Rocambole

Quel accueil vous réserve le monde du livre ?

La France est un pays réticent face au changement que représente la lecture numérique. Pourtant nous avons été plutôt bien accueillis par les éditeurs. Ce que l’on propose est différent. Nous ne nous contentons pas d’offrir des livres existants en version numérique, nous créons des séries spécialement construites pour ce format, nous ne sommes donc pas des concurrents frontaux. Certains éditeurs parlent même de tester des auteurs chez nous ou encore de créer des spin-offs de leurs ouvrages sur Rocambole.
Avec l’appli, le but n’est pas de lire 2 heures en continu comme on lirait un livre. C’est plutôt de refaire lire les gens de manière régulière, même 5 minutes par jour.

De nombreuses études montrent l’impact de la lecture sur notre santé. Cela diminue le stress, réactive l’imaginaire, etc. On peut dire que nous apportons quelque chose de complémentaire au monde de l’édition classique.

 

2 personnes sur 3 affirment lire plus depuis qu’ils ont Rocambole

 

Quel est le public de Rocambole ?

75 % de nos lecteurs sont des lectrices et plus de 50 % ont entre 25 et 45 ans.
La grosse majorité de notre public lit plus de 5 livres par an et nous avons environ 20 % de personnes qui se remettent à la lecture grâce à l’application.

On essaye d’adapter notre offre pour aller chercher ce public qui ne lit pas habituellement.
Notre bibliothèque de titres se débarrasse des codes de genres qui ne parlent plus vraiment aux jeunes ou à ceux qui n’ont jamais beaucoup lu. Au lieu de proposer du « polar » par exemple, on développe des thématiques. Automobile, politique, personnages célèbres… on parle en termes de « centres d’intérêt » plutôt qu’en termes de « genre ». Ces sujets vont toucher les lecteurs aguerris comme les lecteurs ponctuels. Un amateur de voitures est capable de consommer autant de contenu vidéo que de contenu écrit si le sujet le passionne.
Pour vous donner une idée, 35 % de la consommation sur la plateforme se fait entre 22 h et minuit. Le temps moyen de session est de 15 minutes.

 

Une histoire féministe sur l'appli rocambole

 

La littérature sérielle (ou roman-feuilleton au XIXe) est parfois perçue comme de la littérature de mauvaise qualité. Comment gérez-vous cette image ?

La qualité des séries Rocambole est similaire à celle attendue en maison d’édition. Une de nos séries a d’ailleurs été reprise par Hachette pour en faire un livre.
Nos auteurs sont accompagnés lors de l’écriture et peuvent se reposer sur une bible éditoriale de plus en plus fine. Cette bible évolue, car on apprend au fur et à mesure de nos expériences ce qui fait ou non un « bon épisode ».
Ce débat sur la qualité est intéressant, mais je dirai qu’on se pose davantage la question « comment faire lire les gens ? » C’est la mission qui nous anime depuis le début.
Aujourd’hui on ne se dit pas qu’une série Rocambole est mieux qu’un prix Goncourt. C’est très différent et même complémentaire.



Rocambole c’est 1 épisode lu par minute et des milliers de personnes reprenant goût à la lecture.

 

Voulez-vous profiter de ce format numérique pour aller vers plus d’interactivité ?

On ne s’interdit rien. La lecture est une activité paradoxale. C’est un moment qui se vit en solitaire, mais quand on a aimé ce qu'on a lu, on veut ensuite le partager avec les autres. Côté interactivité « on-app », on vient d’ajouter une fonction « commentaires » qui permet aux lecteurs d’interagir entre eux.
Nous avons mis en place plusieurs initiatives ponctuelles, comme la possibilité de gagner une ps5 à celui qui découvrira en premier le tueur de notre série « Buzz mortel ». Des Spin-offs avec le cinéma ou ses maisons d’édition sont aussi en discussion. Nous réfléchissons à tester le format « l’aventure dont vous êtes le héros ». En fait cela dépend totalement des opportunités qui se présentent à nous et de ce qu’il est possible de faire techniquement.

 

Le format numérique ça change votre relation avec les auteurs ?

On publie entre 8 et 12 séries par mois. C’est un rythme soutenu. On a donc dû innover et constituer une « fabrique » d'histoires. On a actuellement 35 auteurs et scénaristes en résidence, qui publient pour nous sur mesure et sur demande. (Ils écrivent seuls ou à plusieurs en fonction des sujets.)
Ils ont tous un directeur de collection et peuvent se référer à notre bible éditoriale. En termes de rémunération, on fait un à-valoir puis un pourcentage de droit d’auteur.
Pour les candidatures spontanées, c’est un à-valoir autour de 100, 150 € puis 15 % de droit d’auteur.
Pour les auteurs de la fabrique, c’est entre 300 et 600 €, voir 900 € pour certaines séries qui demandent plus de travail.

 

bannière rocambole

 

J’ai vu que vous proposiez une série en partenariat avec la Cité des Sciences. Avez-vous d’autres collaborations en vue ?

Cette série que vous citez, L’esprit d’aventure, c’était une opportunité de parler aux aventuriers en herbe et de les faire lire. On pourrait imaginer lancer toute une collection sur cette thématique. Pourquoi pas une série en direct avec quelqu’un qui raconte son voyage autour du monde ? L’aventure c’est un angle fort, vecteur d’émotion. Notre objectif est toujours le même, amener à nous ceux qui hésitent à lire. Nous essayons de construire des partenariats avec des gens très différents : des jeunes qui se lancent en politique, des maisons de luxe, des biographes de célébrités… donc oui, les collaborations vont continuer de se développer.
Il faut se sentir libre de tester, d’innover et de s'adapter aux tendances.

 

L’application Webtoon marche très fort, Netflix a d’ailleurs adapté à l’écran plusieurs gros succès de la plateforme. Et vous, avez-vous envie d’aller vers la BD ?

On ne fera pas mieux que les acteurs déjà présents sur le marché. On mettrait 24 mois pour arriver à faire ce que Webtoon fait déjà en 24 heures. Cela me semble donc peu probable. En revanche, on ne s’interdit pas d’ajouter des illustrations qui aideraient le lecteur à s’immerger dans l’histoire.
On réfléchit aussi à l’audiolecture pour certaines séries. Il me semble que cela ferait sens d’être guidé par une voix quand l’histoire s’y prête.

 

 

Merci à François Delporte d’avoir satisfait notre curiosité ! Expatriés français en manque de livres, lecteurs du dimanche ou avides de nouveaux formats et de nouvelles découvertes : à vos portables pour télécharger Rocambole !

 

  • La série Rocambole à lire entre les stations Shibuya et Shinjuku : La société des anges de Keuma
  • La série Rocambole à lire aux pieds des cerisiers en fleur : Il était au moins une fois de Irulaane
  • La série Rocambole à lire sous le kotatsu dans son appart tokyoïte de 15 m² : L’esprit d’aventure collaboration collective.

De nombreuses fictions ou non fictions sont disponibles sur l'appli

 

Isabelle Vansteenkiste

Isabelle Vansteenkiste

Isabelle vit à Tokyo tout en exerçant comme rédactrice web, consultante SEO et journaliste. Passionnée de théâtre, de littérature, de musique, de cinéma, mais également de jeux vidéos, elle exerce sa plume sur tous les sujets.
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