

Près de trois mois après l'annulation de l'élection de Daphné Poznanski-Benhamou (PS), les électeurs de la huitième circonscription ont choisi le centriste Meyer Habib pour les représenter à l'Assemblée nationale. Si l'UMP et l'UDI s'affrontaient lors du match final, l'abstention est la grande gagnante de ce scrutin. LePetitJournal.com de Rome donne la parole à l'un de ses lecteurs, déçu par la faible mobilisation.
Meyer Habib, député des Français d'Italie
Dimanche, Meyer Habib (UDI) s'est imposé face à Valérie Hoffenberg (UMP) lors du second tour de l'élection partielle de la huitième circonscription. Avec 53,36% des suffrages exprimés, le centriste a totalisé 4.767 voix, soit près de 600 de plus que sa rivale, qui s'est inclinée avec 46,64% des votes. La représentante de la Droite fait toutefois mieux que l'an passé (44,12%), quand Daphné Poznanski-Benhamou avait remporté le scrutin.
Même si Eric Véron, suppléant de Meyer Habib, vit et travaille à Milan, l'UDI n'a pas convaincu en Italie. Seuls 34,90% des électeurs ont soutenu ces deux proches de Jean-Louis Borloo. En Israël, plus de 65% des Français se sont néanmoins regroupés derrière eux - contre un peu plus de 51% des Turcs, 43% des Chypriotes, 42% des Grecs et 38% des Maltais. Parmi les grandes villes de la circonscription, Naples est même celle qui a le moins défendu le vice-président du CRIF (28,65%). Rome (35,43%), Turin (34,48%) et Milan (35,56%) ont voté pour lui dans les mêmes proportions.
Dans une interview accordée au PetitJournal.com de Rome, Eric Véron se réjouissait que le "discours de modération [de son parti] parle aux électeurs". Refusant la "lepénisation" de l'UMP, ce nouveau membre de l'UDI plaçait la solidarité européenne au centre du programme qu'il défend avec Meyer Habib. Alors que la Gauche a dénoncé pendant la campagne l'austérité décidée par Bruxelles, le chef d'entreprise prône la rigueur budgétaire pour sortir de la crise. Plus localement, l'UDI s'est engagée à faire baisser voire abolir les frais de scolarité des enfants français de l'étranger.
De l'abstention, toujours et encore
Comme au premier tour (89,3% d'abstention dans la circonscription), les 111.731 Français appelés à désigner leur député se sont peu mobilisés. Seuls 90,86% d'entre eux, soit 10.208 expatriés, ont pris part à la consultation, signant un nouveau record d'abstention. En 2012, année présidentielle et législative, plus de 86% des inscrits ne s'étaient pas non plus présentés aux urnes. Pendant toute la campagne, les différents candidats avaient mis en garde les votants contre la faible participation qui met à mal la légitimité du nouvel élu, quel qu'il soit. Les Italiens (11,32% de participation) se sont toutefois plus mobilisés que les Israéliens (7,51%) et les Turcs (10,38%) mais moins que les Grecs (14,07%) et Chypriotes (11,97%).
Mais pourquoi un tel désintérêt pour celui qui votera la loi, en leur nom, au Palais Bourbon ? Lecteur attentif du PetitJournal.com de Rome et passionné de politique, Amaury Faivre d'Arcier regrette que la participation ait été si faible. "Quelque chose ne va plus. Il est vrai que la propagande électorale à l'étranger obéit à des règles plus strictes qu'en métropole, que les candidats n'ont pas la même liberté d'action et de parole qu'en France". L'Ambassade a pourtant tout fait pour mobiliser les expatriés, envoyant plusieurs lettres de relance et courriers explicatifs sur le déroulement du scrutin.
Voter serait-il trop complexe, décourageant notamment ceux qui ne maîtrisent pas Internet et hésitent à se déplacer? "J'ai cru un moment que l'une des raisons de la forte abstention était le manque de visibilité du dispositif électoral, un système opaque, compliqué, avec quatre modes de scrutin ? à l'urne, par procuration, par correspondance et par internet", étaye le Français résident à Rome. Souvent peu aguerris à la lutte électorale, les candidats seraient finalement les premiers responsables du peu d'intérêt des citoyens. "Nous ne les connaissons pas, contrairement aux élus à l'Assemblée des Français de l'étranger, et c'est bien là le problème", déplore Amaury. Avec ses nouveaux collègues de l'Assemblée nationale, Meyer Habib doit désormais réfléchir à ce désintérêt flagrant, dangereux pour l'idéal démocratique.
Martin CANGELOSI (www.lepetitjournal.com/rome) - Lundi 10 juin 2013
Crédits : www.meyerhabib.com





































