Le doigt en bronze de Constantin prêté par le Louvre au Capitole

Par Karine Gauthey | Publié le 29/04/2021 à 20:12 | Mis à jour le 29/04/2021 à 20:28
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Le célèbre musée français a remis en dépôt pour cinq années (renouvelables) le doigt en bronze de l’empereur Constantin (272-337 après J.C.) aux musées du Capitole, pour que celui-ci puisse retrouver sa statue colossale.

 

Certains colosses sont mythiques, tel que le colosse de Rhodes, d’autres, moins légendaires, connaissent néanmoins des histoires à rebondissements, à l’image du colosse de Constantin, dont le public peut, depuis aujourd’hui, admirer la main reconstituée de la statue. Pour rappel, il lui manquait les deux phalanges supérieures d'un index, conservées jusqu’à présent au musée du Louvre. 

 

Virginia Raggi au Capitole devant la statue de Constantin

 

Un peu d’histoire

Le « colosse de Constantin » trônait autrefois dans l’abside ouest de la basilique de Maxence et Constantin, dans le Forum romain. En effet, la basilique construite par Maxence a été décorée par son successeur Constantin d’une colossale statue (environ 12 mètres de hauteur) le représentant assis, à la manière de Jupiter. L’on plaçait traditionnellement des statues impériales dans les basiliques depuis l’empereur Auguste, dans la mesure où la justice était rendue au nom de l’empereur. Dérobées dans l’Antiquité tardive, des pièces de marbre qui composent la statue ont été retrouvées en 1486 ou 1487, sous le pape Innocent VII.

Au XIXe siècle, le marquis Giampietro Campana (1808-1880) rassemble une collection exceptionnelle, constituée de divers objets archéologiques, de sculptures, de peintures et d’objets de la Renaissance. Il fut arrêté en 1857 pour malversation financière, puis condamné à un bannissement perpétuel, avec confiscation de ses biens. Après avoir récupéré cette collection, le pape Pie IX décide de la vendre ; et à la suite de multiples rebondissements, Napoléon III parvient à acquérir 11 835 pièces pour un montant de 4,36 millions de francs le 20 mai 1861. Elles sont d’abord exposées dans le musée Napoléon III, installé dans le palais de l’Industrie, avant d’intégrer le Louvre.

 

Une acquisition mystérieuse du Louvre

Le musée du Louvre exposait, depuis 1863, un doigt de bronze, sans en connaître l’origine. Lors de l’exposition « Un rêve d’Italie, la collection du marquis Campana », en 2018, le musée montre au monde sa trouvaille. Il faudra attendre qu’une étudiante de Benoît Mille (ingénieur d’étude au C2RMF, le centre de restauration des musées de France), qui était alors en thèse, retrouve sa provenance pour faire le rapprochement avec la main de l’empereur Constantin, datant du IVe siècle, exposée dans les musées du Capitole à Rome, à qui il manquait deux phalanges à l’index.

 

« Elle travaillait sur les techniques de soudage des bronzes antiques. Les fondeurs assemblaient jusqu'à 20 pièces pour une sculpture, avec des clous, des plaques pour faire tenir l'ensemble. En fouillant sur Internet, elle a eu l'intuition d'un lien entre le doigt du Louvre et la main amputée du Capitole. Personne n'avait jamais fait ce rapprochement », explique le chercheur.

 

chercheur vérifiant la théorie du doigt de Constantin

 

La confirmation de la découverte d’Aurélia Azéma a pu être faite en mai 2018, grâce à un test réalisé à Rome avec une maquette 3D du fragment parisien, opération coordonnée par Françoise Gaultier, directrice du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, et Claudio Parisi Presicce, Surintendant et directeur des musées de la Ville de Rome. Ils ont pu vérifier que la reproduction du doigt créée s’adaptait parfaitement à la main de l’empereur.  

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Rédactrice en chef et Directrice d'édition bénévole pour Lepetitjournal.com/Rome
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