Mystère au sanctuaire pour chats de Torre Argentina à Rome

Par Jill Bordellay | Publié le 24/05/2022 à 19:53 | Mis à jour le 25/05/2022 à 11:28
Photo : Ruines antiques, largo Torre Argentinaà Rome |@ Marco Verch,Flickr, Creative Commons 2.0
ruines antiques à rome

Un mystère plane au sanctuaire Torre Argentina à Rome, où surgissent des centaines de chats aux allures aristocratiques qui semblent garder les ruines des temples antiques. Visite historique guidée.

 

En anthropologie religieuse, un sanctuaire (de sanctus, sacré) est un lieu rendu par consécration ou devenu sacré, par son association au Divin ou Transcendant. Ce sanctuaire est d’autant plus surprenant qu’il abrite des chats romains sur un endroit très particulier : celui où Jules César a été assassiné l’an 44 avant J-C par Brutus et d’autres conspirateurs. Plus de 2000 ans se sont alors écoulés, mais pourtant un mystère plane sur cet endroit où surgissent des centaines de chats aux allures aristocratiques qui semblent garder les ruines des temples antiques.

Sur le lieu où Jules César fut assassiné

N’existe-t-il pas pourtant un paradoxe ! On dit que Jules César tout comme Alexandre le Grand et Napoléon Bonaparte étaient ailurophobes, c’est-à-dire qu’ils se trouvaient dans des situations de grande anxiété et de stress lorsqu’ils étaient devant un chat. Cette félinophobie peut même provoquer chez ces personnes des crises d’asthme. Alors comment se fait-il que sur le lieu même où César a trouvé la mort, des centaines de petits félins viennent sécréter des phéromones? Il est vrai que ces substances ont la propriété d’apaiser, de communiquer, de socialiser et de marquer le territoire ! Est-ce à dire que la gatophobie de Jules César serait alors soignée ?

 

chat sur les marches de torre argentina


Au coeur de Rome : un sanctuaire pour chats

Cessons ici, la plaisanterie pour considérer l’originalité mais surtout l’utilité du sanctuaire des chats de Torre Argentina à Rome. Le but de ce sanctuaire est d'accueillir les chats errants, abandonnés dans les rues de Rome, de les stériliser et de leur apporter les soins médicaux (vaccins, etc.).
En 1929, les ruines de la zone sacrée de Torre Argentina ont été mises au jour. Les chats s’y sont installés, attirés par la protection que leur offrent les sites archéologiques, situés en sous-sol. Progressivement, des bénévoles se sont occupés de ces pensionnaires particuliers en leur apportant la nourriture régulièrement.

Des personnalités amoureuses des chats

L’actrice Anna Magnani qui demeurait non loin du site, apportait personnellement de la nourriture aux animaux, elle vivait également dans une maison entourée de chats. D’autres personnalités du théâtre comme Antonio Crast connu pour ses interprétations shakespeariennes, a contribué à faire construire une clôture pour protéger les chatons . Antonio exprima même le souhait de pouvoir mourir parmi ses animaux bien-aimés.

Torre Argentina, une attraction touristique à Rome

L’importance historique et paysagère de cette zone archéologique, au cœur de Rome en a fait une grande attraction touristique, avec le passage de personnes de toutes les nationalités. Le fait qu’un chat saute sur un chapiteau ou s’assoupit dessus, assure que le lieu devient plus vivant et plus intéressant en déclenchant de véritables orages de flashs, restés inactifs jusqu’alors.

Finalement ce sanctuaire réservé aux chats n’entretient-il pas les battements du cœur de Rome et de son passé ? Jules César n’est-il pas curieusement ressuscité par la ronronthérapie de ce lieu chargé d’histoire ?
En descendant quelques marches, de nombreux chats attendent, certains ont des postures de sphynx à l’entrée qui délivre une énigme : "Quel être, pourvu d’une seule voix, a d'abord quatre jambes, le matin, puis deux jambes le midi et trois jambes le soir?".
Si Œdipe trouva la solution en lui répondant : "L’homme. De fait, lorsqu’il est enfant, il a quatre jambes, car il se déplace à quatre pattes ; adulte, il marche sur deux jambes ; quand il est vieux, il a trois jambes lorsqu’il s’appuie sur son bâton". Les sphynx sont satisfaits de la réponse, alors n’oublions pas que l’homme a un devoir vis-à-vis des chats : celui de les respecter comme le font le Romains au cœur de la ville.

Jill Bordellay

Jill Bordellay

Critique d’art pour des revues d’art à Paris, docteur en philosophie et collaboratrice à l’encyclopédie Universalis, elle aussi écrit des essais et des nouvelles sur l’art et la relation entre les humains et les animaux.
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Marie Astrid Roy

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