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New York : (Petit) Journal d’une rédactrice en chef confinée

Par Rachel Brunet | Publié le 26/03/2020 à 20:46 | Mis à jour le 26/03/2020 à 21:53
New York confiné

Andrew Cuomo, gouverneur de l’État de New York a mis en « pause » son état voilà maintenant quatre jours. Quatre jours qui peuvent paraître une éternité pour certains, mais qui filent à toute allure pour moi. Je suis la rédactrice en chef et la directrice de l’édition New York du Petit Journal, je suis maman et, comme 2,6 milliards de personnes dans le monde, je suis confinée.

 

Une femme et quatre yeux

Je scrute le monde avec deux regards, celui d’une rédactrice en chef qui croule sous le flux actuel d’informations et celui d’une femme lambda, une femme expatriée, maman d’un petit gars de 10 ans. De mon premier regard, j’observe une situation sanitaire, économique, politique et sociale alarmante. Mon œil de maman y rajoute de l’inquiétude, celui de femme, de l’optimisme, ce qui fait partie de mon caractère. Parce qu’après la pluie, vient toujours le beau temps.

Des centaines de millions de personnes découvrent le mode et le monde du télé-travail. De mon côté, je le connais bien, il ne me dérange pas et finalement, je ne me pose pas trop de questions. Par manque de temps, sûrement. Je compose avec cet outil fantastique qui s’appelle internet. Rendre compte de l’actualité, tel est mon métier, décortiquer, diffuser, relater et communiquer. Force est de constater, qu’en cette période trouble, les médias ont du pain sur la planche.

J’ai vécu huit années dans une ville qui roulait à 100 à l’heure, puis je l’ai regardée ralentir avant de caler. Aujourd’hui, c’est une ville presque silencieuse,  en suspend, presque digne d’une production américaine. Mais c’est aussi une ville, à l’instar du monde, qui souffre de son renfermement. Cette année, nous ne verrons pas les arbres en fleurs, nous ne profiterons pas des premiers picnics à Central Park, nous n’arpenterons pas les rues sous un soleil printanier. Mais qu’importe. Il y a plein de printemps dans une vie !

À ce jour, selon l’université Johns Hopkins, le pays de l’Oncle Sam compte 75,233 cas confirmés au covid-19, soit 5,000 de moins que l’Italie et 6,000 de moins que la Chine. Dans le monde, le nouveau coronavirus a tué plus de 21,000 personnes. Aux États-Unis, 1,070 personnes en ont perdu la vie, dont 270 à New York City.

Donald Trump imagine voir les églises pleines pour Pâques, mais à ce rythme, elles pourraient être pleines, en effet, mais de morts. Ironie du sort, le président américain qui moque le « virus chinois », comme il l’appelle, est en passe d’être à la tête du pays comptant le plus de cas confirmés au covid-19 au monde. Et il y a fort à parier que cette pôle position tant redoutée finisse par arriver plus tôt que prévu. Il y a deux jours, le gouverneur Cuomo constatait que le pic de l’épidémie arrivait plus tôt que prévu dans son État, il est estimé juste avant Pâques. Décidément ! Hier, Bill de Blasio, l’édile de New York annonçait que les new-yorkais allaient devoir affronter un mois d’avril très difficile et un mois de mai encore plus compliqué. La vie new-yorkaise pourrait revenir à la normale en juin. Mais c’est quoi finalement une vie normale ? Une vie où l’on se ruine en consommant tout en ruinant la planète ? Est-ce qu’une vie peut-être normée alors que les humains sont marqués de différences ?

3,283 millions d’Américains se sont inscrits au chômage en une semaine et le Fédéral vient de débloquer un plan de sauvetage inédit de 2,000 milliards. Face à une telle catastrophe économique, Donald Trump s’interroge sur le coût d’une vie. Et oui, faut-il sacrifier des vies humaines, un frère, un ami, un collègue, un voisin, un inconnu, les plus âgés, les plus fragiles pour sauver l’économie américaine ?

« Les Américains veulent reprendre le travail », a écrit le président américain sur Twitter le 24 mars, ajoutant : « LE REMÈDE NE DOIT PAS ÊTRE (largement) PIRE QUE LE PROBLÈME ! » Il a ainsi soulevé une question qui occupe les économistes depuis longtemps : comment une société peut-elle mettre dans la balance la santé économique et la santé de la population ?

Mettre dans la balance le bilan économique et les vies humaines paraît forcément grossier, sinon inacceptable pour le commun des mortels. Mais les sociétés accordent aussi de l’importance à diverses choses comme les emplois, la nourriture et l’argent pour payer les factures – parallèlement à la faculté de gérer d’autres besoins et d’éviter d’autres formes d’aléas.

D’après une étude menée par Martin S. Eichenbaum et Sergio Rebelo, de la Northwestern University, en coopération avec Mathias Trabandt de l’université libre de Berlin et publiée dans le New York Times, un ralentissement économique important est inévitable aux États-Unis même si les pouvoirs publics n’imposent pas le confinement, car les citoyens éviteront de se rendre sur leur lieu de travail et dans les magasins, pour se préserver au maximum de la contagion. Dans le scénario de l’isolement volontaire, les chercheurs estiment que la consommation aux États-Unis baisserait de 800 milliards de dollars en 2020, soit un recul d’environ 5,5 %.

L’équipe de chercheurs affirme que la politique « optimale » – qui met dans la balance les pertes financières et les décès – exige des restrictions qui ralentiront sérieusement l’économie. Dans cette hypothèse, le déclin de la consommation en 2020 représenterait 1 800 milliards de dollars, mais il y aurait 500 000 morts en moins. Cela revient à 2 millions de dollars d’activité économique perdus par vie sauvée. Est-ce que ce savant calcul en vaut la chandelle pour un président en campagne pour sa réélection ? L’avenir nous le dira.

2 millions de dollars pour une vie sauvée... Un chiffre à retenir, vraisemblablement.

 

Je veux vous dire merci

J’ai pris la direction de l’édition New York du Petit Journal en novembre 2018. Elle ne vaut pas encore 2 millions de dollars, mais un jour, qui sait... Peut-être que les femmes peuvent faire des choses fantastiques, allez savoir...

À mes débuts à la tête de l’édition, j’ai compté quelque 3,000 lecteurs mensuels et aucun annonceur local - ce qui était moins compliqué à compter. Aujourd’hui, vous êtes plus de 155,000 francophones et francophiles, aux États-Unis, à lire nos articles. Et je vous en remercie. Mais le Petit Journal, c’est énormément plus que ça. C’est tout d’abord, le tout premier média qui a été crée à destination des francophones expatriés, en 2001. Aujourd’hui, c’est 68 éditions sur 5 continents avec 5 millions de pages vues par mois et plus de 15,000 articles mensuels rédigés par notre équipe de journalistes, là encore, sur 5 continents. Le Petit Journal,  c’est l’opportunité de savoir ce qui se passe aux quatre coins de la planète avec des équipes locales, et sur le front. C’est aussi un média qui a la confiance du Quai d’Orsay, notre premier partenaire des Trophées des Français de l’étranger que nous organisons depuis maintenant 8 ans. Politiques, personnalités, artistes, entrepreneurs, eux aussi accordent leur confiance à notre titre. Tout au long de l’année, et aux quatre coins de la plantète, ils répondent aux questions de nos différentes éditions.

Comme beaucoup de médias, le notre vit grâce à la publicité. Et je tiens à remercier sincèrement la centaine de clients qui font confiance à notre édition new-yorkaise, et qui, pour la grande majorité, nous renouvellent leur confiance. Je remercie aussi les nouveaux clients qui nous arrivent pendant cette crise historique et j’invite les autres annonceurs, à venir préparer avec nous leur communication d’après. Vous savez, cet « après la crise ». Parce qu’il faut bien penser à demain. Cette bulle d’oxygène. Cette projection vers des jours meilleurs. 

Chaque jour, je reçois des messages de remerciement de la part de nos lecteurs, pour notre qualité rédactionnelle, pour notre précision, gage de notre respect à votre égard. Chaque jour, je perçois la satisfaction de nos annonceurs. Tout cela fait ma fierté. Celle de mon édition. La fierté de vous informer, de vous aider, de vous donner de la visibilité. Mais aussi la fierté de vous rencontrer, vous annonceurs et clients.

Initialement, le mois de mars était dédié à la seconde édition du « Mois de la Femme ». À la mi-mars, j’ai pris la décision de décaler ce rendez-vous. Je dois avouer mon malaise de publier le portrait d’une femme francophone de New York entre deux articles déprimants sur le coronavirus.

Vous savez combien la question de l’égalité Femme-Homme est importante dans notre édition. Quand je suis arrivée à New York et que j’ai balayé les lectures possibles en français, dans la ville, j’ai été sidérée de voir que la majorité de ceux qui avaient la parole dans les colonnes était des hommes, généralement blancs, généralement trentenaires et qui, toujours généralement, avaient levé des millions. Je n’ai personnellement rien contre cette catégorie de la population, mais je suis convaincue que d’autres personnes, femmes y compris, réalisent des choses qui méritent d’être mises en avant. Je suis convaincue que tout un chacun, dès lors que l’on s’affiche comme un média francophone, se doit de donner la parole à tous ceux qui entreprennent, créent, tentent. Avec ou sans millions !

Très vite, le « Mois de la Femme » reviendra, et continuera sa danse, même si à ce moment-là, nous serons déjà en avril.

D’autres projets éditoriaux d’envergures sont aussi en cours, comme celui des « Femmes Leaders » soutenu par Ortoli & Rosenstadt LLC,  des « Quartiers de New York » soutenu par BARNES New York, du « Bilinguisme » soutenu par Suno.space. En novembre, nous reviendrons avec le « Mois des Hommes » soutenu lors de sa première édition par de Tilly Real Estate. L’an dernier, c’est Rue du Paradis qui avait soutenu le « Mois de la Femme ». D’autres projets éditoriaux sont en cours avec de nouveaux annonceurs que nous avons hâte d’accueillir et de vous présenter.

À partir de lundi 30 mars, et durant la crise sanitaire, et donc la « pause », nous nous retrouverons pour un nouveau rendez-vous en direct - en partenariat avec nos amis de Homeis. Chaque semaine, nous recevrons un(e) invité(e) à qui nous « webinarspectateurs » pourront poser leurs questions. Le prochain rendez-vous est donné ce lundi à 13h avec Francine Prewitt, avocate à l’immigration. Le sujet : Immigration et Coronavirus.

Notre rendez-vous « Femmes Leaders » avec Ariane Daguin et Marianne Scordel qui devait se tenir le 30 mars est repoussé tout comme notre rencontre avec les candidats aux élections consulaires qui elle, devait se tenir le 4 mai prochain.

Si l’on en croit les projections de Bill de Blasio, peut-être pourrons-nous tenir ces rendez-vous en juin. Et promis, nous fêterons notre libération, et la fin de cette « pause » dignement ! Le rendez-vous sera donné OCabanon !

J’espère sincèrement, que comme moi, vous avez le grand bonheur de recevoir chaque matin, chaque soir, chaque jour de nombreux messages de personnes pour qui vous comptez.

Je vous remercie de votre confiance, de votre soutien et de votre fidélité.

Gardez le sourire, prenez soin de vous, prenez soin des autres, prenez soin de ceux que vous aimez.

Et restez chez vous !

 

New York confiné

« Et même les deux pieds dans l’eau

On entendra encore nos cris

On entendra encore nos joies »

Grand Corps Malade

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après des années dans la presse économique et spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et le rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
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