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Le détectorisme est autorisé dans certains États américains

Par Alexandre Dumont-Castells | Publié le 16/01/2020 à 15:18 | Mis à jour le 16/01/2020 à 15:42
Photo : Crédit photo : Xavier Delestre
Détectorisme

Le détectorisme regroupe les usagers du détecteur de métaux, appelés « détectoristes ». Il se caractérise par une pratique dite « ludique » de la prospection métallique des sols. Ce matériel est toujours en service au sein de nos armées pour déminer les sols.

Les premiers prototypes apparaissent à partir de 1830, avec pour vocation de faciliter la recherche de filon métallifère. C'était avant la ruée vers l'Or, vers la Californie (1848-1856). Ces appareils permettent de localiser le métal. L'invention a été adaptée au domaine médical et utilisée par Alexandre Graham Bell (1831-1881), à Washington, le 2 juillet 1881 lorsque le 20e président des États-Unis, James Abraham Garfield, fut victime d'un attentat, après qu'il eut reçu deux balles dans le dos. Comble de malchance, l'armature métallique du lit présidentiel empêcha l'appareil de fonctionner correctement.

 

Un lobby américain

L'intérêt du public pour ce matériel militaire apparaît aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Un lobby se forme principalement aux États-Unis autour de nombreux fabricants. En 2017, dans le monde ils étaient 24. On y recensait dix groupes américains. Ces derniers s'appuient sur un réseau de professionnels (exportateurs/importateurs, distributeurs, vendeurs etc.). Même si les détecteurs de métaux se vendent bien auprès des chercheurs d'or en Australie ou en Guinée, ils sont de plus en plus proposés à des fins ludiques. La « chasse au trésor » fait vendre. Elle s'intéresse à la recherche archéologique, historique, au « militaria » (objets anciens des guerres liés à l'activité militaire : uniformes, armes, munitions etc.) et ce, en fonction des législations patrimoines des états, dont nombreux ont souscrit à la Convention de l'UNESCO de 1970 afin de conserver leur patrimoine archéologique menacé

En effet, par des motifs divers (dépollution, recherche de jetons ou d'objets contemporains, rallyes-détection etc.), les pillages de détectoristes génèrent le trafic illicite des biens archéologiques. En France, en 2010, un sondage de la Fédération Nationale des Utilisateurs de Détecteur de Métaux (FNUDEM) prouvait que 68 % des détectoristes effectuaient des recherches historiques ou archéologiques avant d'aller prospecter, les 32 % restants détectaient au hasard. 26 % d'entre eux vendaient leurs « trouvailles », ce qui induisait que 74 % les conservaient en vue de constituer une collection. 

Lots de monnaies, de fibules et de statuettes antiques Crédit photo : Xavier DELESTRE – DRAC-SRA PACA

Lots de monnaies, de fibules et de statuettes antiques - Crédit photo : Xavier DELESTRE – DRAC-SRA PACA

 

Quelles que soient ces différentes formes du pillage archéologique (ou de la quête légalisée selon les législations des états : Angleterre, Pays-Bas etc.), la recherche de l'objet archéologique décontextualisé porte atteinte aux vestiges archéologiques, à la stratigraphie des sites connus ou à découvrir, aux données du terrain (étudiées par la palynologie, carpologie, numismatique etc.), elle perturbe les strates du sol par les excavations sauvages. Les détectoristes prétextent ne jamais creuser les sols au-delà de trente centimètres, ils s'intéresseraient à la seule couche superficielle, perturbée dite terre arable, pour ne pas détruire le contexte des sites archéologiques, ce qui est inexact comme le révèle l'archéologue de l'INRAP Frédéric Gerber, qui est intervenu à plusieurs reprises sur des vestiges à faible profondeur, comme en 2018, sur le site de Saint-Benoit « Pièces de la Chaume » (Vienne), la présence en contexte rural d'un aqueduc romain apparaissait à moins de 10 cm sous la végétation par endroits. Celle de 2007 à Asson « Zac de la Bastide » (Pyrénées-Atlantiques) présentait des structures d'occupation médiévale entre 20 et 30 cm de profondeur.

Détectorisme aux USA

Coupe stratigraphique. Illustration réalisée dans le cadre d'ateliers de médiation scientifique Cap Archéo - Crédit photo : Bertrand DUCOURNAU – INRAP

 

Retenons que l'archéologie est une discipline scientifique, la détection métallique n'en est pas une. C'est simplement une technique. Cette dernière ne convoite que l'objet archéologique pour ses valeurs esthétiques, matérielles voire financières. L'une est la représentante d'une recherche normée professionnelle, régie par une éthique, une intégrité scientifique et un code déontologique. L'autre ne se raccroche qu'à une conception d'une archéologie des origines ou commerciale, dénuée de toute règle et de tout respect pour les principes mêmes de la recherche scientifique archéologique.

Pour les pillards, les antiquités valent mieux que la préservation d'un site archéologique, parce qu'il faut selon eux « sauver » les objets du patrimoine de l'oxydation, de la détérioration inexorable du temps, parce que les objets sont déjà connus des études scientifiques et parce que l'histoire est commune à tous. À leurs yeux, les objets doivent l'être, aussi bien au sein d'une collection privée que d'une collection publique. Il convient pour eux de les faire vivre, de les admirer, de les laisser librement circuler, de les échanger : de les commercer... au détriment du travail scientifique, dont ils auraient dû faire l'objet afin de leur donner une valeur culturelle et archéologique.

 

Autorisé dans certains États

Pourtant, le patrimoine archéologique n'est pas une ressource renouvelable. Creuser les parcelles, c'est empêcher aussi que les strates récentes n'entrent dans l'histoire avec leurs objets et leurs données : l'archéologie contemporaine les étudie. Dans le milieu des années 1980, aux États-Unis, dans le Montana, au Little Bighorn Battlefield National Monument, l'archéologue Douglas D. Scott a fouillé sur le site de Custer's Last Stand (25/26 juin 1876). Elle s'exprime en France sur les sites de la Grande Guerre (1914-1918) ou sur le lieu de tournage cinématographique (Peau d'âne - 1970). Hollywood et ses studios sont aussi des lieux chargés d'histoire.

C'est encore les techniques mêmes de cette discipline scientifique qui font les succès de l'archéologie forensique en matière judiciaire. Creuser les sols, c'est s'exposer physiquement au danger des explosifs, moralement aux sanctions prévues par les codes législatifs et les règlements des états. En France, la nature de l'objet découvert est régie par les codes en vigueur (codes pénal, du patrimoine, de la sécurité intérieure, minier, environnement etc.). Sans autorisations des propriétaires et des administrations, des poursuites et des sanctions sont certaines.

L'Arizona, le Michigan, l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas ou le Danemark autorisent la détection métallique, avec ou sans permis de détecter. La fouille des sols est légitimée, cela dit la découverte d'objets archéologiques doit être déclarée à l'administration compétente afin qu'ils soient recensés et inventoriés. Il en est tout autre en France, Espagne, Irlande, Allemagne, Pologne ou la majorité des états américains réglementent l'usage du détecteur de métaux. D'autres États l'interdisent : Chypre, la Grèce, la Tunisie, la Chine, l'Islande, la Biélorussie, le Texas, le Nevada ainsi que d'autres états de l'Union. 

Le détectorisme aux USA

 

Pour juguler le détectorisme sauvage qui menace son patrimoine archéologique, nuit à la recherche et à la conservation des vestiges, la France met en œuvre des actions pédagogiques et répressives. L'information et la formation des publics jouent leur rôle grâce à des acteurs impliqués tels que M. Yann Brun, Conseiller-sûreté près la Direction Générale du Patrimoine (Ministère de la Culture), M. Xavier Delestre, Conservateur régional de l'Archéologie en Provence-Alpes Côte d'Azur, d'autres conservateurs et archéologues français. Les préfectures ont pris des arrêtés pour rappeler la loi voire pour interdire le détectorisme, comme elles le font aussi pour la « pêche à l'aimant » et l'orpaillage sauvages.

En effet, le patrimoine culturel et archéologique fait partie des intérêts fondamentaux de la Nation (art. 410-1 du Code pénal), son intégrité ne se négocie pas. La France est considérée comme un site archéologique à part entière.

En coopération avec les Parquets, les autorités judiciaires et fiscales, des actions coercitives sont engagées afin de mener la lutte contre les pillages et les trafics illicites d'objets archéologiques (dont web). La jurisprudence française s'enrichit des jugements qui condamnent les archéopilleurs, les archéocollectionneurs et les archéotrafiquants. 

Détectorisme aux USA

Lot de détecteurs de métaux saisis- Crédit photo : Xavier DELESTRE – DRAC-SRA PACA

Comment empêcher le détectorisme d'être détourné au détriment du patrimoine archéologique et sans qu'il expose physiquement et pénalement ses usagers ? Il convient de réaffirmer les lois aux publics, les sensibiliser, les inviter à devenir les acteurs du patrimoine commun en se subordonnant aux règles et en intégrant les programmes scientifiques. Il est indispensable que tous adhèrent à l'esprit d'éthique, aux codes de déontologie et à l'intégrité (dont celle au profit des scientifiques).

Comme pour les organes humains, les mobiliers archéologiques décontextualisés ne doivent plus faire l'objet de trafic, il faut qu'ils bénéficient du concept de non-patrimonialité et que l'on oblige leur traçabilité.

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Alexandre Dumont-Castells

Alexandre Dumont-Castells

Alexandre DUMONT-CASTELLS est conseiller patrimoine archéologique et doctorant en Archéologie à l’Université Aix-en-Provence. Il traite un sujet de thèse sur « Le pillage du patrimoine archéologique terrestre en France métropolitaine ».
4 Commentaire (s)Réagir
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aiki973 lun 20/01/2020 - 11:29

Dommage, un article à charge... J'attendais mieux d'un thésard... Pourquoi ne pas comparer les réglementations et leur impact respectif dans les pays européens ? Pourquoi ne pas parler des différents jugements rendus par les tribunaux francais ces 5 dernières années et de la jurisprudence très mitigée en la matière ? A voir également le changement de législation en belgique cette année avec une collaboration poussée entre detectoristes et archéologues... à l'image du royaume-uni

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Alexandre Dumont lun 20/01/2020 - 22:04

Bonsoir Aiki973, exceptionnellement j'accepte de faire réponse à votre pseudonyme... et au détectoriste que vous devez être. Vous aurez judicieusement remarqué aussi que cet article d'environ 1500 mots montre que ce détectorisme est une menace réelle pour le patrimoine archéologique. La thématique était posée. Je ne l'ai pas écrit pour plaire ou déplaire mais je me réjouis qu'il vous ait fait réagir (pardonnez-moi cette incartade). Comprenez la science, pour être objective elle ne se fie qu'aux faits, elle émet des hypothèses de recherche. Elle analyse, éprouve, justifie et démontre. Mon article est une évidence, il montre le côté sombre du détectorisme. C'est-à-dire celui qui sous divers prétextes n'a que pour finalité le pillage archéologique et la destruction du contexte historique des sols. Vous me comprendrez encore : il n'y aurait rien de plus regrettable que de laisser un livre que vous vous empressiez de découvrir un jour sur une étagère, à la merci de poux du livre. Cette dégradation ne nous instruirez au final en rien. Mes travaux abordent ces diverses réglementations à travers le monde, l'Europe y a aussi sa place avec les législations de certains pays du Nord que vous évoquez (la Belgique, la Walonie précisément qui avec un permis concédé, après une formation, applique une sorte de protectionnisme sur « ses » mobiliers archéologiques pour qu'ils ne quittent pas le pays ; et le Royaume-Uni... il y a tant à (re)dire) et celles du reste de l'Europe. Par exemple, le cas des Pays-Bas mérite d'être évoqué aussi où 98% des détectoristes ne jouent pas le jeu et ne déclarent pas « leurs trouvailles » à travers le PAN. Je peux comprendre que ce détectorisme tourné vers une recherche archéologique collaborative vous soit probablement espéré un jour en France, mais elle n'est pas de la science. Participer bénévolement dans un programme de recherche archéologique ouvert au public ne satisfait pas la plupart des détectoristes qui ne veut pas raccrocher « la poële » : c'est regrettable. L'archéologue et la recherche conçoivent le détecteur de métaux comme un simple outil que l'on utilise - exceptionnellement - à l'instar d'une truelle etc. Oui, je vous le concède, l'archéologue diplômé, que je suis, trouverait bien déplacé de proposer à un dentiste de l'assister en se substituant à lui pour manipuler la fraise ou réaliser un plombage sur un client. Vous me comprendrez encore, on peut avoir des passions pour les arts, les métiers, les sciences mais on ne devient pas chimiste en manipulant des tubes à essai et en mélangeant des « liquides » sans s'inscrire dans des protocoles, sans adhérer à une éthique et à une déontologie professionnelle. On le devient par étude, recherche, pratique, travaux, diplômes et reconnaissance, tout comme l'archéologie, la coiffure, la mécanique, l'électricité ou la plomberie. Je prends encore le risque de vous décevoir, la jurisprudence (française) est loin d'être mitigée (mais vous semblez en être aveuglément sûr... sans l'ombre de références : n'hésitez pas à me les faire partager, le « thésard » travaille à charge et à décharge... et non pas pour plaire ;) ). Vous aurez, je l'espère, l'occasion de me lire le moment venu et les sources citées en matière d'affaires qui enrichissent cette jurisprudence vous ôteront tout doute. En France métropolitaine, elle condamne majoritairement le détectorisme qui s'intéresse fallacieusement à la recherche archéologique clandestine. À votre décharge, je n'ai malheureusement que trouvé « deux jugements » qui sont en la faveur de détectoristes clandestins s'intéressant à la recherche archéologique ou au trafic illicite de mobiliers archéologiques... parce qu'ils ont bénéficié d'un vice de forme procédural ou d'une négligence d'un Appel qui aurait pu être fait et qui ne l'a pas été, sachant que les infractions envers le patrimoine étaient caractérisées. Cher Aiki973, je vous prierais d'être indulgent et de patienter, vous aurez réponse à toutes vos interrogations en parcourant ces pages à publication future. Vous comprendrez finalement surtout qu'il peut y avoir un « détectorisme éthique » ; non pas celui dont je viens d'évoquer au détriment du patrimoine et de la recherche scientifique, mais celui « sportif » à l'instar de ceux qui pratique la pétanque sur terrain aménagé. Cela nécessite un travail introspectif, l'amour de la poële en vaut bien ce prix. Le détectorisme n'est pas un problème : l'outil est formidable. C'est l'usage détourné qui en est fait à des fins personnelles, mercantiles et l'esprit de certains de méprendre les pratiquants sur les lois et de les exposer au lieu de les sensibiliser utilement. En guise de commentaires, pour emprunter vos propos, pardonnez-moi, d'être direct j'attendais nullement des questionnements mais des arguments sourcés avec des références ;)

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Alexandre Dumont dim 19/01/2020 - 18:45

Ainsi que l'article de Todd Swain publié dans le "Yearbokk of Cultural property Law (2007), https://fr.scribd.com/document/37158231/Swain-The-Scope-of-the-Looting-Problem-US-ICOMOS-2010

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Alexandre Dumont dim 19/01/2020 - 10:42

Pour s'informer sur la réalité des pillages archéologiques depuis des décennies aux Etats-Unis, vous pouvez consulter l'article de SAFE, de janvier 2018 : https://smarthistory.org/cultural-heritage-risk-united-states/

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