Samedi 31 octobre 2020

« La grande nuit » : une jeunesse qui navigue à contre-courant

Par Houda Belabd | Publié le 14/10/2020 à 17:19 | Mis à jour le 15/10/2020 à 10:28
Photo : ©️La grande nuit
La grande nuit New York

« La grande nuit » est l’histoire d’un pari : celui de zoomer sur les tabous les plus tus de la diaspora arabe vivant en Occident, le temps d’un film. Challenge réussi pour Sharon Hakim, une réalisatrice franco-égyptienne déterminée à se frayer chemin dans la cour des grands. Interview.

 

La grande nuit

Sharon Hakim

 

Lepetitjournal.com New York : Portée sur l’écriture et l’art dramatique depuis votre plus jeune âge, la route vers une double-carrière de scénariste et de réalisatrice était toute tracée. Parlez-nous de cet engouement. 

Sharon Hakim : J’ai commencé à écrire quand j’étais âgée d’environ 10 ans. Au début, j’écrivais des histoires courtes et, en parallèle, je prenais des cours d’initiation à l’art dramatique au Conservatoire. Disons que je suis arrivée au cinéma par l’écriture. Au lycée, j’ai senti que j’avais envie de faire intervenir l’image dans ma façon de raconter des histoires. Il s’agissait d’une intuition pure et simple car rien autour de moi ne me prédestinait au septième art. Par la suite, je me suis inscrite à un concours de court-métrage organisé par ma ville. Résultat : le jury a été très encourageant. De ce fait, j’ai décidé de persister dans cette voie…

 

La grande nuit a tout d’un film réussi. Sorti la dernière semaine de septembre, il est déjà sur toutes les lèvres en France et aux États-Unis en ce mois d’octobre. Qu’en est-il des entraves qu’il a rencontrées, si entraves il y a ?

Je ne sais pas s’il y a eu des entraves. C’était un film ambitieux que nous avons tourné avec une équipe assez jeune et beaucoup de comédiens, avec des numéros de danse et de chant en live et ce, dans plusieurs décors, dont des scènes tournées à l’extérieur dans des quartiers très animés. Il faut dire que nous avons reçu beaucoup de soutien de la part des partenaires !

 

Le film braque les lumières sur des sujets qui plaisent, interpellent, créent un débat socioculturel ou choquent une certaine minorité conservatrice. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous lancer un tel challenge ?

C’est ma rencontre, charnière, avec Aghiad Ghanem, qui m’a donné envie d’écrire ce film. Je me souviens bien du lendemain de Noël, en 2017, quand il a chanté Ahwak (je t’aime, en arabe, ndlr) de l’Egyptien Abdel Hakim Hafez, au piano. Cela m’a bouleversée… Je connaissais El Leila El Kebira (Signifiant la grande nuit en arabe. Une opérette dont est inspiré le titre du film) depuis des années. Mon père, qui était égyptien, en chantait les chansons à la maison. Je l’ai fait découvrir à Aghiad qui a proposé de l’adapter à l’écran ensemble.
Je crois que j’avais besoin de revenir vers la culture de mon père, décédé en 2016. De parler de l’expérience de la double culture et de la composition d’une identité intermédiaire. En préparant le film, je me suis entourée de personnes incroyablement talentueuses, dont beaucoup sont d’origine arabe, et leur enthousiasme à la lecture du scénario m’a beaucoup portée. J’ai senti que ce désir n’était pas seulement personnel, mais faisait écho chez mon équipe et mes comédiens. J’ai compris qu’il était nécessaire de proposer une alternative à la représentation des jeunes personnes d’origine arabe en France où je ne trouvais rien qui parle de mon expérience, ni de celles de mon entourage…

 

La grande nuit

Affiche du film La grande nuit

 

Quel est l’impact que la New York New School a eu sur votre cursus universitaire ainsi que sur votre carrière ?

J’étudiais la politique et l’économie à l’Université Américaine de Paris et j’ai décidé d’aller une année à New York pour découvrir si j’avais le potentiel nécessaire pour me lancer dans une carrière dans le cinéma… Cela peut paraître un peu étrange, mais comme je le disais, il n’y avait dans mon entourage personne pour m’aider à me frayer un chemin dans une industrie qui me paraissait impénétrable… Je ne voulais pas foncer et prendre le risque de me fourvoyer. A la New School, j’ai trouvé des amis qui partageaient la même nécessité vitale de raconter des histoires que moi, mais aussi des moyens techniques et une professeure en particulier, Talia Lugacy, qui m’a donné la possibilité de rejoindre ses cours de dernière année pendant lesquels j’ai réalisé un premier film. Après New York, j’ai arrêté de me poser trop de questions!

 

Prolifique, vous êtes en train de préparer un nouveau court métrage ainsi que le scénario de votre futur premier long métrage. Et puis quoi encore ?

Je prépare un court-métrage qui se passe en périphérie de Paris, et un long-métrage qui se déroule dans la diaspora égyptienne de Brooklyn. De plus, j’aimerais beaucoup faire une série musicale au Moyen-Orient… L’objectif est de ne me laisser enfermer dans aucune case.

Houda Belabd

Houda Belabd

Après avoir poursuivi ses études supérieures en journalisme et communication à Rabat et affûté sa plume dans diverses rédactions françaises et européennes, Houda Belabd souhaite se spécialiser dans la préservation culturelle du patrimoine des châteaux
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