Deux mois après l’abolition du Programme de l’expérience québécoise, les effets concrets s’accumulent : départs forcés, entreprises fragilisées, élus municipaux en alerte. La couverture médiatique s’intensifie, tandis que de plus en plus de Québécois dénoncent l'intransigeance gouvernementale. La démission de François Legault ne referme pas le dossier : elle en transfère la responsabilité politique.


Le 6 novembre 2025, le gouvernement du Québec abolit le Programme de l’expérience québécoise (PEQ). La décision est immédiate, sans transition ni clause de droits acquis. Elle concerne pourtant des dizaines de milliers de personnes déjà présentes sur le territoire, venues étudier ou travailler en suivant un parcours explicitement balisé par l’État.
Dans les semaines qui suivent, les demandes de compromis se multiplient. Employeurs, élus municipaux, associations, syndicats et médias réclament une mesure minimale : reconnaître les parcours déjà engagés. En vain.
À la veille de Noël, en entrevue à la matinale de Radio Canada, François Legault tranche froidement : il n’y aura pas de clause grand-père. Le message est clair, assumé, définitif. Pour les personnes concernées, l’annonce tombe comme un couperet, à un moment symboliquement lourd. Les règles ne changeront pas. Les conséquences, elles, sont laissées à leur charge.
Quelques semaines plus tard, le premier ministre annonce sa démission. Mais sur le fond, rien n’a bougé.
Une crise qui se propage au-delà de l’immigration
Depuis novembre, les effets de l’abolition du PEQ sont largement documentés. Des entreprises perdent des employés déjà formés. Des établissements de santé et de services éducatifs voient partir des travailleurs essentiels. Des familles se retrouvent face à des échéances de permis impossibles à contourner.
La presse québécoise – La Presse, Radio-Canada, TVA Nouvelles, Le Devoir – a cessé de traiter le sujet comme une réforme administrative. Les reportages parlent désormais de rupture de confiance, de désorganisation économique, de dommages humains prévisibles.
Le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), censé remplacer le PEQ, ne répond pas aux situations en cours. Il ne garantit ni rapidité ni continuité. Pour les personnes déjà intégrées, il ne constitue pas une solution, mais une impasse.
Les maires montent au front
Face au silence du gouvernement provincial, plusieurs maires ont pris position. À Montréal, la mairesse Soraya Martinez Ferrada et son équipe ont exprimé leur volonté de retenir les personnes déjà établies, conscientes de leur apport économique et humain. La Ville appuie explicitement le principe d’une clause de droits acquis.
À Québec, le maire Bruno Marchand a lui aussi multiplié les signaux d’alerte, rappelant que les régions et les grandes villes subissent directement les décisions prises sans égard aux réalités locales : pénurie de main-d’œuvre, déséquilibres économiques, perte d’attractivité.
D’autres municipalités, de Sherbrooke à Trois-Rivières, font le même constat. Le dossier du PEQ n’est plus seulement celui de l’immigration : il touche l’aménagement du territoire, les services publics et la vitalité des communautés.
Une mobilisation qui ne faiblit pas
Dans ce contexte, la mobilisation citoyenne s’organise. Les collectifs Le Québec, c’est nous aussi et Les orphelins du PEQ appellent à une grande manifestation le samedi 7 février, simultanément à Montréal, Québec, Sherbrooke et Trois-Rivières.
Pour connaître les lieux et indiquer votre présence
Depuis novembre, veillées, sit-in et rassemblements se succèdent malgré l’hiver. Le message reste constant : les personnes venues dans le cadre du PEQ ne demandent pas un privilège, mais le respect d’un engagement formel pris par l’État québécois.
La couverture médiatique nationale et internationale – y compris dans la presse française et francophone – accentue la pression. Le Québec, longtemps présenté comme un modèle d’immigration francophone choisie et intégrée, voit son image écornée par une réforme perçue comme brutale et rétroactive.
Et maintenant ?
La démission de François Legault n’a pas clos le dossier. Elle l’a déplacé. La responsabilité politique est désormais entre les mains de la personne appelée à lui succéder à la tête du gouvernement.
La question est simple, mais lourde de conséquences : le prochain premier ministre maintiendra-t-il une ligne de fermeté assumée, ou choisira-t-il de réparer une rupture de confiance largement documentée ?
Réouvrir le PEQ, accorder une clause de droits acquis ou aménager une transition ciblée : les options existent. Elles relèvent d’un choix politique, non d’une contrainte technique.
Le 7 février, la rue rappellera une chose essentielle : au-delà des chiffres et des programmes, ce sont des vies déjà enracinées qui attendent une réponse.
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