Édition internationale

PEQ : la pression s’invite au cœur de la CAQ

La fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ne relève plus d’un simple débat technique sur les seuils d’immigration. Ce qui était présenté comme une réforme administrative est devenu un enjeu politique structurant. Portée par les collectifs, relayée par les milieux économiques et municipaux, la revendication des droits acquis a progressivement déplacé le centre de gravité du débat — jusqu’à atteindre la Coalition avenir Québec (CAQ) elle-même. Le rapport de force n’est plus le même.

PM FLEGAULTPM FLEGAULT
François Legault, Premier ministre du Québec - Photo d'Archives Octobre 2024
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 11 février 2026, mis à jour le 12 février 2026

 

La mobilisation est devenue transversale 

 

Au départ, la contestation était celle des personnes directement touchées par l’abolition du PEQ. Structurés autour des collectifs Le Québec, c’est nous aussi et Les Orphelins du PEQ, travailleurs et diplômés temporaires ont multiplié les manifestations, les interventions publiques et les démarches politiques.

Leur revendication est restée constante : le respect des droits acquis pour les personnes présentes au Québec sous le régime du PEQ au moment de son abolition, mais qui n’avaient pas encore soumis formellement leur demande.

Progressivement, le front s’est élargi. L'opposition officielle à joint sa voix à celles des associations étudiantes pour officiellement demander un respect des droits acquis. Des municipalités et des chambres de commerce ont alerté sur les effets en région et sur la rétention de la main-d’œuvre. Des organisations syndicales ont exprimé leurs préoccupations.

La députée indépendante Marie-Claude Nichols a arboré le « cœur bleu », devenu symbole de la mobilisation. L’opposition officielle s’est à son tour prononcée en faveur du respect des parcours déjà engagés.

Ce qui était présenté comme une revendication sectorielle s’est transformé en consensus transversal.

 

 

PEQ : avec les cœurs bleus, les municipalités entrent dans la contestation

 

 

La fracture interne à la CAQ

Le basculement le plus significatif est venu de l’intérieur même du parti au pouvoir.

C’est sur les réseaux sociaux que Christine Fréchette, la candidate à la succession de François Legaut, a annoncé vouloir rouvrir temporairement le PEQ. Elle affirme que « la seule façon d’offrir une réelle clause de droits acquis est de rouvrir le PEQ ». Elle propose une réactivation pour deux ans, en parallèle du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), dans la limite du plafond annuel de 29 000 personnes.

 

 

Invitée ensuite à la Matinale de Radio-Canada, animée par Patrick Masbourian, elle a confirmé sa position et justifié son revirement en invoquant les inquiétudes entendues lors de sa tournée sur le terrain. Elle a reconnu que le nouveau programme ne suffisait pas à rassurer les personnes concernées.

Son adversaire, Bernard Drainville, défend lui aussi une clause de droits acquis, bien que limitée à certains secteurs prioritaires.

 

 

PEQ : à la CAQ, Bernard Drainville rouvre le débat sur les droits acquis

 

Les deux aspirants chefs convergent désormais sur le principe même que le gouvernement refusait jusqu’ici : ne pas appliquer rétroactivement la réforme aux personnes déjà engagées dans le PEQ.

La ligne gouvernementale, présentée comme ferme et assumée, ne fait plus consensus au sein de la CAQ.

 

 

François Legault : quand un premier ministre part… 

 

 

François Legault face à une décision politique

Le premier ministre démissionnaire, François Legault, peut maintenir la position actuelle : absence de clause grand-père et application stricte des nouvelles règles.

Mais la situation politique a évolué. Les deux candidats appelés à lui succéder après le 12 avril se sont engagés à modifier cette orientation.

En maintenant le cap, François Legault défendrait donc une ligne que son propre successeur s’apprête à corriger. Le statu quo n’apparaît plus comme une posture de stabilité, mais comme une transition vers un changement déjà annoncé.

Il lui reste une alternative : agir dès maintenant, adopter lui-même une mesure de droits acquis et refermer un dossier devenu emblématique de sa fin de mandat.

Dans un champ où le Québec exerce pleinement sa compétence de sélection économique, la décision ne relève plus d’un arbitrage technique, mais d’un choix politique assumé.

La question n’est plus de savoir si le débat existe. Elle est de déterminer qui en prendra l’initiative — et à quel moment.

 

 

Revivez toutes les étapes des derniers mois de la bataille pour le respect des droits acquis

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