Édition internationale

7 choses à savoir sur la Biennale d’art de Venise

Entre ses pavillons et ses expositions, la Biennale est l’une des manifestations les plus influentes du monde. Zoom sur le rendez-vous incontournable pour comprendre et découvrir l’art d’aujourd’hui.

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Biennale de Venise 2022, Giardini, Pavillon central. Photo de jens schwan sur Unsplash
Écrit par Maé Brault
Publié le 8 avril 2026

Du 9 mai au 22 novembre 2026 se tient la 61e édition de la Biennale d’art de Venise. Cette année, la thématique choisie est In Minor Keys (dans des tonalités mineures), pensée au travers de 99 pavillons et de 31 événements officiels. L’édition précédente (2024) a réuni près de 700.000 visiteurs, se confirmant comme un rendez-vous majeur du monde de l’art contemporain. À ce titre, replongeons-nous dans l’histoire et le fonctionnement de la Biennale Arte.

1)    La Biennale est la première grande exposition d’art périodique au monde
Depuis sa première édition en 1895, la Biennale d’art de Venise a bien évolué. À l’origine, la manifestation d’art contemporain nait sous le nom d’Esposizione Internazionale d’Arte della Città di Venezia, inspirée par les grandes manifestations universelles qui se déroulent en Europe. Le projet est porté par le maire de l’époque, Riccardo Selvatico, avec un double objectif : promouvoir l’art moderne et redynamiser la cité vénitienne alors en déclin. Les travaux de construction du Palazzo dell’Esposizione (qui accueille l’exposition principale) sont lancés dans les Giardini di Castello. L’architecte est Enrico Trevisanato tandis que la façade néoclassique est attribuée à l’artiste vénitien Marius De Maria.
Le 30 avril 1895, la première édition est inaugurée en présence du roi Umberto Ier et de Margherita de Savoie. La manifestation est déjà un succès : elle accueille 224.000 visiteurs. Rapidement, la Biennale attire des figures majeures de l’art international – Klimt, Renoir et Courbet puis de l’avant-garde, accueillant Picasso, Modigliani, Chagall, Klee, Magritte. 
Depuis 1949, l’institution décerne des prix appelés « lion ». Il faut attendre 1972 pour que la Biennale d’art se dote d’un thème – différent à chaque édition – autour duquel s’articulent l’exposition principale et les projets des pavillons nationaux. 

2)    Chaque pays présente un pavillon
D’abord un rendez-vous italien, l’événement devient rapidement international. En 1907, le premier pavillon national et permanent ouvre dans les Giardini di Castello. C’est celui de la Belgique, conçu par Léon Sneyers. Puis, rapidement, ceux d’autres pays européens suivent :  la Hongrie (1909), l’Allemagne (1909), la France (1912), etc. 
Les pays étrangers peuvent posséder un pavillon permanent dans les Giardini ou présenter leur exposition dans un pavillon temporaire. Aussi, chaque pavillon permanent appartient au pays participant et est géré directement par lui. Etant conçus pour représenter la nation sur le long terme, leur architecture et leur design sont souvent emblématiques. À l’inverse, les pavillons temporaires sont installés dans des lieux variés de la ville, comme des palais historiques, des églises ou des espaces industriels, avant d’être démontés à l’issue de la Biennale. 


3)    La sélection des artistes s’avère très exigeante 
La sélection des artistes diffère entre l’exposition principale et les expositions des pavillons nationaux. Pour la première, c’est le commissaire artistique de la Biennale – nommé par le Comité de la Biennale – et son équipe qui choisissent les artistes. Certains sont directement invités, d’autres peuvent répondre à des appels à projets. In fine, le comité examine la pertinence du projet, sa faisabilité technique, son adéquation avec le thème et l’impact potentiel. 
Du côté des pavillons nationaux, le choix de l’artiste est du ressors des pays. Le commissaire national – souvent choisi par le ministère de la Culture ou une institution artistique du pays –sélectionne les artistes et le projet à présenter avant de le présenter à la Biennale pour approbation, en précisant le budget, le concept et l’installation prévue. La Biennale vérifie que la dimension logistique et de faisabilité, mais n’intervient pas sur le choix artistique. Dans les deux cas, en raison du nombre limité de places et de la visibilité médiatique, la sélection est très rigoureuse et compétitive.

4)    Toute la ville vit au rythme de la Biennale
Au cours de la tenue de la Biennale, la cité vénitienne est en ébullition : expositions, galeries d’art, musées, pavillons ; il y en a partout. D’abord le site historique des Giardini où se trouvent le pavillon central et les pavillons nationaux permanents. Chaque pavillon présente un projet artistique choisi par le pays, autour du thème de la Biennale. Ensuite, l’ancien complexe naval de L’Arsenale, transformé en lieu d’exposition. Le site de taille gigantesque accueille souvent les œuvres et installations monumentales. 
Des expositions sont aussi déployées dans des palais historiques, églises, fondations privées et espaces d’art disséminés dans toute la ville. Le palais Ca’ Giustinian Faccanon a été récemment restauré et réouvert pour accueillir expositions et événements d’art dans le cadre de la Biennale 2026. Les galeries et musées privés ne sont pas en reste : la majorité des lieux culturels proposent des expositions concomitantes – souvent gratuites ou accessibles à un tarif réduit – qui participent à l’immersion artistique totale. 

5)    La Biennale de Venise inspire le monde
La Biennale de Sao Paulo (1951, Brésil), la Documenta de Cassel (1955, Allemagne) ou encore la Biennale de Gwangju (1995, Corée) : le modèle de Venise est fondateur pour les biennales d’art contemporain dans le monde. 
La matrice vénitienne s’est également déclinée sous d’autres formes et appliquée à d’autres arts : le cinéma (1932, aussi appelée la Mostra de Venise), le théâtre, la musique, la danse (1930) et l’architecture (1980). L’organisation est gérée par la même institution – la Biennale de Venise – mais le fonctionnement diffère. La Biennale d’architecture est celle qui se rapproche le plus de la Biennale d’art avec l’utilisation des pavillons nationaux et la tenue d’une exposition centrale thématique. 

6)    La Biennale constitue un laboratoire créatif et subversif
La Biennale a été un reflet des évolutions artistiques du XXe siècle, passant de l’académisme à l’art contemporain, incluant peinture, sculpture, photographie et installations. Certaines des performances y sont devenues historiques comme celle de Marina Abramović. Avec Balkan Baroque en 1997, l’artiste serbe réalise une performance restée légendaire : pendant plusieurs jours, elle est assise sur une montagne d’os qu’elle nettoie un à un, sans interruption. Par sa performance, à la fois physique et politique, elle représente la mémoire et la culpabilité qui découle de la guerre – ici les guerres en ex-Yougoslavie. Il est impossible de « laver » la violence, le sang reste sur les mains. L’artiste reçoit le Lion d’or pour sa performance bouleversante.
Plus récemment, en 2015, le pavillon islandais de Christophe Büchel a également interpellé le public. L’artiste a transformé une église de Venise en mosquée fonctionnelle. Son projet a provoqué un vif débat sur la religion et l’espace public, à tel point que le lieu de culte a dû être fermé par les autorités. À chaque édition, les artistes interrogent l’état du monde à travers leur projet : c’est un lieu d’audace et parfois de rupture artistique.

7)    La Biennale revendique une dimension artistique engagée 
Des protestations étudiantes qui empêchent l’ouverture de la Biennale en 1968 aux événements organisés en octobre 1974 et 1975 sous le titre « Liberté pour le Chili », la Biennale de Venise est une manifestation éminemment engagée et politique. 
La preuve en est encore aujourd’hui avec les polémiques liées au retour du pavillon russe. Une lettre ouverte signée par des eurodéputés de 22 pays a été envoyée à la direction de la Biennale de Venise pour s’opposer à la présence russe après l’invasion de l’Ukraine en février 2022. L’Union européenne a, de son côté, menacé de retirer sa subvention de deux millions d’euros à l’institution culturelle.

 

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