A Rome, Sciences Po fête ses 150 ans et ses relations prolifiques avec l’Italie

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 24/05/2022 à 20:57 | Mis à jour le 25/05/2022 à 20:58
Photo : Intervention de Enrico Letta, lors de la célébration des 150 ans de Sciences Po, à l'Ambassade France en Italie
discours Enrico Letta célébration Sciences Po

Pour fêter ses 150 ans, Sciences Po a aussi choisi de célébrer son anniversaire à l’Ambassade de France à Rome le 12 mai dernier. Une manière de témoigner des échanges renforcés entre l’Institut d’études politiques et l’Italie, et d’annoncer la création du prix Jean-Paul Fitoussi, en hommage au grand économiste récemment disparu, qui a tant œuvré pour l’amitié entre la France et l’Italie.

 

En 1872, au lendemain de la guerre, l'École libre des sciences politiques était fondée à Paris. En 150 ans, l’école qui forme les élites françaises s'est aussi beaucoup transformée, et notamment internationalisée, en passant par l’Italie. Et c’est pour témoigner de ces 150 ans de relations et d’échanges entre Sciences Po et la Péninsule, que le 12 mai dernier, le Palais Farnèse à Rome, siège de l’Ambassade de France en Italie, a accueilli la célébration de cet anniversaire, en présence du maire de Rome Roberto Gualtieri, du directeur de Sciences Po Mathias Vicherat, et des principaux acteurs des échanges entre Sciences Po et l’Italie. L’ambassadeur de France en Italie Christian Masset, lui-même diplômé de Sciences Po (1980), a salué "Sciences Po le partenaire, acteur majeur de l’enseignement supérieur également en Italie grâce à de nombreux accords avec des universités italiennes."

Sciences Po, un moteur de l’amitié franco-italienne

Si Sciences Po a pour ambition de devenir « une université de référence au rang international », comme le rappelle son directeur Mathias Vicherat, l’établissement renforce ses échanges avec l’Italie.
Les liens entre Sciences Po et la Péninsule existent depuis 1872. Ils étaient au départ, limités puisqu’entre 1876 à 1986, soit pour plus d’un siècle, "Sciences Po accueille à peine 410 élèves italiens, ce qui ne représente que 1% des étudiants étrangers qui fréquentent la rue saint Guillaume durant cette période", raconte Marie Scot, professeur agrégé d’histoire à Sciences Po. Mais les échanges intellectuels et scientifiques entre trois institutions de référence en Europe dont le but commun est de former des élites - Sciences Po à Paris, l’Institut Alfieri à Florence et la Bocconi à Milan – s’intensifient de plus en plus, comme par exemple "à travers des études sur le fascisme dans l’histoire politique italienne, menées à l’époque même du fascisme", expose Marie Scot.
Puis la naissance du programme Erasmus en 1987, ainsi que la présence accrue d’enseignants italiens à Sciences Po, sont venus accélérer les échanges.

Science Po et l’Italie, une coopération renforcée

Aujourd’hui, Sciences Po accueille 500 étudiants italiens, troisième communauté après les Etats-Unis et l’Allemagne. La langue italienne y est aussi très enseignée puisque 400 étudiants suivent les cours en italien. Après des premiers échanges avec l’Institut Cesare Alfieri de Florence, la coopération a été renforcée ces dernières années avec la multiplication les doubles diplômes, des partenariats et des programmes de formation continue. Au total, il existe 16 accords d’échanges entre Sciences Po et 12 universités italiennes, telles que la Bocconi à Milan et la Luiss Guido Carli de Rome. "Le rapport avec l’Italie est fort, et il y a à travers Sciences Po, un moteur de l’amitié franco-italienne", estime Mathias Vicherat.

La relation particulière entre Sciences Po a aussi été entretenue avec Enrico Letta. L’ancien président du Conseil des ministres italien a été doyen de l'École des affaires internationales (PSIA) pendant six ans (2015-2021), "les six années les plus belles de ma vie", a confessé l’actuel secrétaire du Parti démocrate (PD) italien, ajoutant que "Sciences Po joue une véritable mission en Italie".

La relation entre Sciences Po et la Péninsule est par ailleurs cultivée et alimentée par la recherche. Cela a été le cas avec Pierre Milza (1932-2018), ancien professeur des relations internationales à Sciences Po, qui a fondé un groupe de recherche sur l’Italie contemporaine. Il a d’ailleurs raconté son expérience et son rapport avec la Péninsule dans un livre, Voyage en Italie. L’historien, immense spécialiste du Bel paese, a tout d’abord fondé les recherches scientifiques sur le fascisme italien en France, mais il a aussi beaucoup travaillé sur l’immigration italienne dans l’Hexagone, dont il était lui-même le produit de par sa famille.

Autre historien spécialiste de l’Italie, Marc Lazar, professeur à Science Po et à la Luiss, évidemment présent lors des célébrations des 150 de Sciences Po à Rome, a quant à lui lancé le Groupe de recherche sur l’Italie contemporaine (GRIC), dédié à l’étude de l’Italie du XIXe siècle à nos jours tant au niveau politique, qu’économique, social et culturel, à travers notamment des séminaires et des rencontres.

"Le travail d’immersion dans la culture italienne suppose un énorme investissement linguistique, culturel, politique", explique Marc Lazar. "Car malgré sa proximité avec la France, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’Italie est un pays difficile à comprendre", ajoute le spécialiste.

Et c’est avec l’ambition de contribuer au débat public, que sont par ailleurs nés les Dialogues franco-italiens pour l’Europe, une initiative lancée par les universités française Sciences Po et italienne Luiss Guido Carli, en collaboration avec The European House-Ambrosetti, pour lesquels Marc Lazar est le directeur du comité scientifique. Depuis 2018, les Dialogues rassemblent des chercheurs, le monde de l’entreprise, des responsables institutionnels ou encore des personnalités de la culture. Leur mission : favoriser les échanges entre les institutions publiques et les entreprises afin de renforcer les relations économiques, académiques et culturelles entre les deux pays dans une perspective non pas bilatérale, mais européenne. Une mission reconnue puisque les Dialogues ont été cités dans la feuille de route franco-italienne jointe au Traité du Quirinal, comme un modèle pour la promotion du débat sur les politiques publiques européennes.

Dans une autre dimension, La Strada, association de Science Po réunissant un collectif d’une vingtaine d’étudiants engagées en faveur de l’amitié franco-italienne, "a de son côté lancé en partenariat avec son homologue de l’université italienne Luiss Guido Carli, une version junior des Dialogues franco-italiens pour l’Europe", rapporte l’ancien président de l’association, Lucas Sornin.

 

Alumni Sciences Po Italie


Création du prix Jean-Paul Fitoussi

La célébration des 150 ans de Sciences Po à Rome, a aussi été l’occasion de rendre hommage au grand économiste français ami de l’Italie, Jean-Paul Fitoussi, décédé le 15 avril dernier. La section Italie de Sciences Po Alumni a annoncé la création du Prix Jean-Paul Fitoussi, grâce aux soutiens de ses sponsors. L’économiste était un pilier de Sciences Po : il en a présidé le conseil scientifique, siégé au conseil d’administration et participé à la création du département d’économie. Il entretenait également un amour pour l’Italie, pays où il a beaucoup travaillé. Economiste engagé et respecté, il a créé d’importants liens socio-économiques entre les deux pays.
La bourse sera attribuée annuellement pour récompenser les projets alignés avec les valeurs défendues par le professeur Jean-Paul Fitoussi. Elle soutiendra les actions et le financement d’enquêtes, la réalisation d’études de projets, et tout instrument qui fera appui à un projet de recherche visant à construire un rapprochement entre la France et l’Italie.

 

MAR

Marie-Astrid Roy

Rédactrice en chef et Directrice des éditions Lepetitjournal.com Milan et Rome
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