

Surfant sur la vague de l'Exposition universelle, le lycée Stendhal de Milan a accueilli le 2 octobre dernier des représentants d'associations d'anciens élèves de lycées français du monde entier afin de redynamiser l'association des Anciens des Lycées Français du Monde (ALFM), véritable levier d'influence au niveau mondial.
Crée en 2009, l'ALFM fédère aujourd'hui une cinquantaine d'associations locales d'anciens élèves de lycées français dans le monde, représentant un potentiel d'un million de personnes. Un levier considérable en matière de francophonie et d'éducation à la française à l'étranger, certes. Mais aussi un vecteur d'influence non négligeable sur l'échiquier mondial quand on sait que des décideurs économiques ou politiques sont passés par une école française, à l'instar de Lorenzo Bini Smagh (Président du groupe Société Générale) ou de Sebastiano Cardi (Représentant permanent de l'Italie à l'ONU) pour ne citer qu'eux.
Les représentants des Associations d'Anciens présents à Milan en visite sur le Pavillon de la France à expo 2015 (crédit photo : Lycée Stendhal)
Pourtant, malgré ces enjeux et la tenue de plusieurs forums depuis sa création (2009 à Paris ; 2011 à Casablanca au Maroc ; 2013 à Vienne en Autriche) l'association doit affronter une période de remise en questions : Quelle mission ? Quelle gouvernance ? Avec quelles finances ?
Un constat qui a déclenché la tenue d'une réunion de travail internationale exceptionnelle le 2 octobre dernier à Milan, théâtre de l'Exposition universelle, sur impulsion d'Alain Barguirdjian, président de l'Association des Anciens du Lycée Stendhal de Milan (AALSMI). C'est ainsi que 22 participants de 12 associations locales implantées dans 9 pays se sont réunis, dans l'espoir de lancer une nouvelle dynamique. "Un groupe de travail réduit, idéal pour mener à bon escient et de manière concrète des réflexions destinées de facto à aboutir". commente Alain Barguirdjian. Si la situation n'est pas à la hauteur des ambitions initiales, l'émergence l'année dernière du réseau social d'Anciens à l'étranger, France Alumni fort déjà de 3.000 membres, est la démonstration de sa pertinence.
Interrogé par la rédaction, Florent Vergès, chargé de mission auprès d'Hélène Farnaud-Defromont, directrice de l'AEFE (Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger) était présent pour l'occasion. "Tous les ans, 15.000 bacheliers sortent des lycées français. Ce vivier constitue un intérêt évident pour les entreprises à la recherche de profils biculturels, mais aussi de façon plus large pour le rayonnement culturel et linguistique" rappelant que la tradition d'enseignement français à l'étranger remonte à il y a 325 ans avec le premier lycée français à Berlin. Du chemin a été parcouru bien sûr depuis et aujourd'hui l'AEFE compte 494 établissements répartis dans 135 pays, parlant 63 langues différentes. Le défi ? Réussir à fédérer ces anciens élèves, tout en conciliant la dimension locale des associations et la dimension globale liée à la mobilité internationale. Car si la diversité des associations constitue une force en local, elle freine l'émergence d'un vrai projet plus global.
De Turin, où l'association existe depuis 3 ans et compte 300 membres, à Meknès où l'association des anciens a fêté ses 50 ans en 2013 et qui fédère l'ensemble des écoles françaises de la région avec 5.000 anciens, en passant par Copenhague qui existe depuis 2000 et compte 200 fans sur sa page Facebook, les participants ont dressé le visage de la diversité du réseau. Et si tous les participants revendiquent l'utilité de leur association, tous dénoncent les mêmes difficultés : recrutement de bénévoles, mobilisation des membres - quand il ne s'agit pas simplement de les retrouver - financement, etc.
Les réseaux sociaux représentent déjà un début de réponse. Alexandra Verdier de Tokyo explique comment l'association après seulement une année a réussi à mobiliser 830 membres sur son compte Facebook. Même les plus anciennes associations s'y sont mises comme celle de Bogota en Colombie où l'association aura bientôt 50 ans. "Les associations et les écoles ont besoin d'une mémoire. On est presque les mêmes depuis 30 ans, mais on essaie de dynamiser les jeunes. On organise des réunions dès la seconde par exemple. Notre association accompagne les changements du lycée et la vision des proviseurs qui passent" témoigne la présidente, Maria Eugenia Vergnaud de Vargas qui a la double nationalité. Avec cette réunion, "il n'est pas question d'uniformiser le réseau" précise Florent Vergès car "la richesse du réseau est dans sa diversité. Certaines sont sur la convivialité, d'autres sur l'efficacité".
Des difficultés auxquelles est également confrontée l'Association des anciens des lycées français dans le monde, bien que sa situation actuelle soit particulière, si on s'en tient à la déclaration de Casablanca. "L'ALFM n'a pas de bureau. Son absence de stratégie rend la communication avec les associations locales difficiles et la création de liens impossible". Un état des lieux plutôt noir qui interroge sans tabous sur son avenir.
Pour commencer, c'est la question de la forme de l'ALFM et de ses valeurs qui a été posée. L'association doit-elle être une fédération d'associations locales ou une association mondiale des Anciens ? A l'issue de la journée, c'est finalement une synthèse des deux modèles qui semble se dessiner car si pour certains, le réseau local est nécessaire aux anciens, si l'on se situe à un niveau mondial, c'est la promotion de valeurs communes qui doit primer. Ayant assisté à distance aux travaux par visio-conférence, le Vice-président de l'ALFM, Christophe Barbe a insisté sur les moyens de reconnaissance des anciens, sur l'obligation d'avoir une instance représentative mondiale, ne cachant pas son regret d'avoir peu d'élus au siège de Paris.
En matière de gouvernance, d'autres questions ont été soulevées. Faut-il imaginer un président tournant avec l'objectif d'organiser le forum (FOMA) dans son pays ou bien créer un comité des sages pour les jeunes, quitte à nommer un Président d'honneur ou un secrétaire général.
Côté financement, même si l'AEFE apporte sa contribution, l'association doit devenir de plus en plus autonome. "L'ALFM, indépendamment des fonds publics, doit pouvoir s'autofinancer" précise le représentant de l'AEFE. Elle commencera donc prochainement une campagne de fundraising en complément des cotisations annuelles des associations ou de ses propres adhérents.
Afin de donner les moyens de la mise en place de ces orientations, deux points ont été décidés. D'une part, le maintien des FOMA qui constituent une opportunité indispensable de rencontres, de débats et surtout d'échange et d'autre part l'élection d'un Conseil d'administration, composé de 15 à 31 membres à qui incombera de choisir les membres du bureau. Pour cela, un appel à candidature auprès des différentes associations sera lancé en vue d'élections à la mi-novembre 2015. Le compte à rebours est donc lancé pour une ALFM renouvelée en 2016.
Sophie Her (Lepetitjournal.com de Milan) - lundi 19 octobre 2015
Crédits photos : Lycée Stendhal
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