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« Le Complot Caravaggio » : la série qui réinvente l’enquête sur le vol du tableau

De Palerme à la quiétude trompeuse de Lugano, la série suit les traces du Caravage disparu et des secrets qu’il fait ressurgir. Une enquête où l’art et la mafia se confondent dans une même pénombre.

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Extrait de la série « Le Complot Caravaggio » © hugofilm features – RSI / Arte
Écrit par Maé Brault
Publié le 25 mars 2026

« Avec le réchauffement de la planète, les palmiers s’étendent vers le nord. La mafia aussi s’étend chaque année » : c’est ainsi que Leonardo Sciascia décrivait dans Le Jour de la chouette (1961) le phénomène de « la ligne du palmier ». La série s’ouvre et se clôture sur cette citation, dont elle tire son nom original – La linea della palma – avant de s’être francisée en Le Complot Caravaggio. Cette migration est illustrée par l’enquête policière autour de la disparition du tableau de La Nativité (1609) du Caravage. Volée en Sicile en 1969, la découverte d’un corps en Suisse replonge la police sur les traces de la toile disparue. La série italo-suisse est produite par Hugofilm, avec la collaboration de la RSI et d’Arte. Les six épisodes sont disponibles en streaming depuis le 12 mars 2026.

Vrai ou faux

Le point de départ est vrai : une nuit d’automne 1969, le tableau de 2,7m sur 2m a bien disparu de l’oratoire de San Lorenzo à Palerme où il était accroché. Sur le reste, aucune certitude : le chef-d’œuvre du Caravage n’a jamais été retrouvé et les théories ont abondé dans tous les sens. La dernière piste qui tient la route est celle d’un vol orchestré par la mafia sicilienne, dont s’est librement inspiré le réalisateur Fulvio Bernasconi.

Enquête policière, drame familial et polar mafieux

Pour aborder ce mystère, le réalisateur a créé un hybride, mélangeant enquête policière, tragédie familiale et affaires mafieuses. Le spectateur est plongé dans la violence de la mafia sicilienne, installée dès les premières minutes. Et cette sombre toile de fond ne quitte ni les spectateurs, ni les personnages plongés dans des dilemmes moraux entre la vérité et le danger.

Ellipse et direction Lugano cinquante ans plus tard. L’intrigue se déroule dans le Tessin, une région italophone de la Suisse. Une ville paisible dans laquelle a vécu la famille Romano et où il ne reste plus que la mère, Caterina, avec son nouveau partenaire, Saro, et le fils Francesco. La grande sœur, Anna, a fui le fantôme du père, parti sans explications au Canada, pour rejoindre Milan et suivre une carrière de journaliste d’investigation. La découverte du corps de son père la rappelle à ses racines et ouvre la porte à un mystère palpitant et dangereux lorsqu’elle retrouve dans son grenier des photos du Caravage volé. L’enquête commence avec des premiers épisodes haletants, mais qui s’essoufflent – malgré sa courte durée – à partir du quatrième pour tomber dans quelques schémas narratifs peu innovants.

L’esthétique du clair-obscur

Le côté artistique est quelque peu occulté par le massif « dossier mafia ». Pourtant, la série s’essaye à reprendre les codes du maître du clair-obscur. Son ambiance noire, sa photographie sombre et son contraste rendant plus dramatique les expressions. « Je voulais montrer une certaine Lugano, à la surface idyllique, lisse, belle et ‘rassurante’, mais je voulais aussi creuser, montrer une partie plus souterraine, noire, dissimulée », raconte le réalisateur luganais dans une interview accordée à Cinebulletin.

Cette esthétique se retrouve chez les personnages, dont les double-visages se dévoilent au fil des épisodes, malgré un final sans surprise. Avec cette série, Fulvio Bernasconi signe tout de même un thriller contemporain qui remet la lumière sur une affaire irrésolue et interroge les connexions entre les banques, le monde de l’art, la police et la mafia.

Informations pratiques : Six épisodes de 42 minutes. Disponible sur Arte et sur Canal +.

 

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