

Samedi, la 14e Biennale d'architecture de Venise a ouvert ses portes pour six mois. Véritable interrogation sur la modernité, cette édition propose trois expositions-phares dont Monditalia qui dresse un portrait peu reluisant d'une Italie en mal de repères architecturaux. Un périple au c?ur de la détérioration du patrimoine de la Péninsule ou des atrocités de l'architecture moderne non pensée.
La modernité a-t-elle tué les particularités architecturales ?
Le coup d'envoi de la 14e Biennale d'architecture de Venise a été lancé samedi 7 juin en grande pompe, mais sans la présence du maire de la ville, Giorgio Orsoni, en détention après les révélations de son implication dans un vaste réseau de blanchiment d'argent avec en toile de fond l'attribution des marchés pour le projet MOSE, les digues sensées protéger la Sérénissime des acque alte. La Biennale, qui animera Venise jusqu'au 23 novembre inclura pour la première fois d'autres domaines artistiques comme le cinéma, la danse, la musique et le théâtre.
Pendant près de six mois, la Cité des Doges sera le centre mondial de l'architecture. La thématique retenue pour l'édition 2014 s'intitule Fundamentals (Fondamentaux). Il s'agit de mettre en avant le revers de la médaille d'une mondialisation de l'architecture qui, en un siècle a adopté un langage universel, effaçant ainsi les caractéristiques nationales.
Pour ce faire, l'architecte néerlandais et commissaire de la Biennale 2014, Rem Koolhaas a demandé à 19 pays, dont la France d'enquêter sur la disparition des spécificités architecturales nationales au profit d'une approche globalisée. "J'ai suggéré qu'il serait intéressant d'observer les 100 dernières années, de 1914 à 2014, et j'ai décidé de donner ce titre à ce thème : ?absorber la modernité'. C'est une vraie provocation" assume Rem Koolhaas.
Le lauréat du Prix Pulitzer 2000 continue : "Je me suis rendu compte que la modernisation a souvent été un processus douloureux et que, durant les 100 dernières années, tous les pays ont dû se moderniser et ont été contraints de s'adapter à des conditions qui aujourd'hui sont celles qui dictent le monde".
Afin de travailler sur le sujet, l'architecte, qui qualifie cette édition de "biennale de recherche" a proposé trois événements phares : Absorbing Modernity 1914-2014 auquel 65 pavillons nationaux prennent part, Element of Architecture, une exposition qu'il a lui même préparée et Monditalia, un atelier de travail sur l'Italie.
Monditalia ou la décadence italienne

Il aura fallu deux ans et une équipe de 180 personnes, dont des étudiants de Harvard et de l'atelier de Rem Koolhaas de Rotterdam pour la mettre en place. Ce dernier a choisi d'orienter l'exposition sur l'Italie qui, de symbole de la richesse et du patrimoine artistique, est devenue un pays de contradictions et d'avidité.
Au fil du périple, on découvre la magnificence de Pompéi qui n'en finit pas de s'écrouler faute d'entretien. L'exposition nous amène aussi sur l'île de la Maddalena au nord de la Sardaigne, repère de la jet-set italienne et où un immense centre de congrès a été construit pour accueillir un G8. Malheureusement, il n'aura jamais servi. L'Italie moderne décrite dans cette exposition est aussi celle des villas des chefs mafieux ou des résidences gigantesques construites par Silvio Berlusconi dans la banlieue chic de Milan.

Cette année, c'est l'architecte et historien Jean-Louis Cohen qui tient le rôle de commissaire du Pavillon français. Faisant partie des 19 pavillons à qui le curateur de la Biennale a donné la charge d'enquêter sur les affres de la modernité, la France, sous la direction de son commissaire s'interroge sur le devenir des fondements de l'architecture française dans la modernité.
"Le Pavillon français propose de mettre l'accent sur plusieurs des contradictions qui ont marqué l'invention de l'architecture moderne et son déploiement en réponse aux attentes de la société" explique Jean-Louis Cohen. L'exposition montre donc cette volonté de construire des habitations rationnelles et abordables. Mais, l'une des spécificités françaises abordées est l'intervention de l'Etat dès les années 1930 qui a permis l'élaboration de projets novateurs. Le revers de la médaille est la construction des grands ensembles des années 1950-1960 qui concentrent soixante ans plus tard beaucoup des maux de notre société moderne.
Divisée dans les quatre galeries du Pavillon français, l'exposition propose une scénographie d'objets en 3D, de maquettes ou d'éléments en taille réelle afin d'aborder différents thèmes et ainsi percevoir les spécificités de l'évolution de l'architecture française.
Outre l'exposition, projet central du Pavillon français, deux autres supports s'y ajoutent pour illustrer les propos de Jean-Louis Cohen. Un film, d'une part, réalisé par Teri Wehn Damisch et diffusé simultanément dans les quatre galeries. D'autre part, un livre intitulé La modernité, promesse ou menace ? France : 101 bâtiments 1914-2014.
Aurélien Bureau (Lepetitjournal.com de Milan) - lundi 9 juin 2014
Crédits photos : Biennale di Venezia
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