Perché au sommet des falaises d’Ereaga, face à l’Atlantique, le Palacio Arriluce s’impose comme la nouvelle adresse confidentielle de la côte basque. Ancienne demeure aristocratique devenue hôtel de luxe, ce palais néogothique conjugue mémoire industrielle, art contemporain et douceur maritime. Rencontre avec son directeur, Ander Elortegi, amoureux de la France et passeur passionné d’un certain art de vivre basque, entre sérénité, culture et luxe discret.


Perché en haut de la falaise de la plage d’Ereaga à Getxo, dans le prestigieux quartier de Neguri et à quelques minutes de Bilbao, le Palacio Arriluce est un hôtel de luxe membre de la collection Leading Hotels of the World.
Ancienne demeure d’une grande famille d’industriels basques, ce palais néogothique entouré de somptueux jardins en terrasse abrite aujourd’hui près de cinquante chambres et suites. L’établissement fait dialoguer patrimoine et création contemporaine à travers une riche collection d’œuvres d’art, dont des tableaux de Sonia Delaunay — proche du marquis d’Arriluce — et des œuvres d’Alberdi, Diego Canogar ou Jon Cazenave. Le bar à cocktails – une chapelle déconsacrée – rend quant à lui hommage à l'art abstrait.
Rencontre en Espagnol avec Ander Elortegi, le directeur de l’hôtel, un basque pur jus, amoureux de la France, qui entonne volontiers quelques airs de Joe Dassin ou de Michel Sardou dès les premières minutes de l’entretien.

Quel est votre lien avec la France ?
J’ai effectué mon stage de fin d’étude au Lutetia à Paris en l’an 2000 et c’était merveilleux. J’écoutais Jacques Chirac à la radio. Il parlait très lentement avec une prononciation qui m’a beaucoup aidé à progresser. Je lisais Le Parisien dans le métro, et j’ai développé un attachement particulier à la chanson française. J’ai aussi eu la chance d’assister aux débats constitutionnels sur le quinquennat présidentiel et de suivre l’Euro 2000 avec passion.
Retour à Bilbao. Vous avez désormais presque trente ans d’expérience hôtelière. Qu’est-ce qui, selon vous, façonne l’identité si particulière de l’hôtel Palacio Arriluce ?
Il incarne l’héritage de Getxo, ville emblématique de l’aristocratie locale du 20e siècle, très attachée à la culture britannique. Il témoigne de la puissance économique qu’a connue Bilbao durant plusieurs décennies. Entre son terrain de croquet et une architecture s'apparentant à celle d'un château médiéval, le client est immédiatement transporté dans le Pays basque des Années folles. Unique en son genre, notre hôtel offre une immersion dans l’histoire et la mémoire de la Ría de Bilbao.
À cela s’ajoute une forte dimension affective dans la manière dont l’établissement est géré. Pour un directeur d’hôtel, c’est un terrain de jeu exceptionnel. La gestion n’y est pas standardisée : le Palacio Arriluce n’appartient pas à une grande chaîne, mais à une famille qui a choisi d’investir dans la restauration complète de ce bâtiment historique. Aux chiffres s’ajoutent donc des notions d’appartenance, d’enracinement et de transmission.

À l’image de la grande bourgeoisie basque, vos clients semblent en quête d’un luxe discret. Que viennent-ils chercher ici ?
Ce n’est ni Dubaï, ni Ibiza. Les clients cherchent avant tout le confort et l’authenticité. Ils aiment la vie réelle, évitent la foule et les lieux surpeuplés. Au Palacio Arriluce, le luxe ne se mesure pas à des symboles ostentatoires, mais à un profond sentiment de sérénité. La journée, nos visiteurs parcourent Bilbao, visitent le Guggenheim et découvrent la richesse gastronomique de la capitale biscayenne. Le soir, ils rentrent en métro et retrouvent la tranquillité de l’hôtel. C’est un luxe inestimable.
Qu’est-ce qui les attire précisément en Biscaye ?
Notre clientèle vient surtout des Etats-Unis et d’Angleterre. Ils ont déjà exploré l’Europe à plusieurs reprises. Lorsqu’ils reviennent, ils savent exactement ce qu’ils recherchent.
Ils élisent différents itinéraires touristiques. L’un des plus prisés relie Bordeaux à Bilbao, puis à La Rioja, avec un fort accent sur le vin et la gastronomie. Un autre traverse le nord de l’Espagne : Barcelone, l’Aragon ou les Pyrénées, le Pays basque, puis les Asturies et la Galice. Il existe aussi un parcours « premium » du chemin de Saint-Jacques ! Les pèlerins marchent comme les autres, mais à la fin de la journée, une navette les ramène confortablement à l’hôtel.

Y a-t-il une concurrence avec San Sebastian qui n’est qu’à une heure d’ici ?
J’ai travaillé dix ans à San Sebastian. La ville est magnifique, mais elle devient rapidement saturée en haute saison : le tourisme s’y concentre sur quelques rues de la vieille ville et du centre. Bilbao offre l’avantage de ne pas avoir de plage. Donc en été, ses habitants se réfugient dans leurs maisons de bord de mer, ce qui libère la ville pour les visiteurs.
A San Sebastian, la clientèle est surtout gastronomique. À Bilbao, elle vient principalement pour le Guggenheim et la richesse culturelle locale. Donc les deux destinations sont complémentaires et chacune profite du « package » Pays basque : une destination aux multiples points d’intérêts, de Biarritz à Vitoria-Gasteiz.
Le Palacio Arriluce réunit le meilleur des deux villes : il combine le bagage culturel de Bilbao et ses innombrables pintxos, tout en offrant un cadre exceptionnel en bord de mer. Il a l’avantage de la tranquillité et celui de la proximité avec l’aéroport international.
Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ?
C’est une relation d’amour-haine qui exige un dévouement total. Un problème peut arriver à tout moment et c’est sans doute ce qui explique la baisse de vocation pour les métiers de l’hôtellerie. Mon plus grand défi aujourd’hui, c’est l’attractivité de l’hôtel en tant qu’employeur !
Et en même temps, il existe peu de professions aussi multidisciplinaires. Au cours d’une même journée, je peux être amené à gérer la décoration, la carte du restaurant, les finances, la logistique ou la stratégie marketing… Je ne suis peut-être pas un 10 dans une matière, mais je dois être au moins un 7 dans toutes. Cela implique de savoir parler le langage de chaque service : quand le réceptionniste, focalisé sur l’expérience client, s’oppose à la comptable, attachée aux chiffres, je deviens le traducteur — et j’adore ça.
J’aime aussi pouvoir rendre les voyageurs heureux, transformer leur séjour en moment mémorable, grâce à un conseil personnalisé, une attention à table ou une visite hors des sentiers battus.
À cette immersion dans l’âme aristocratique de Bilbao s’ajoute un cadre à couper le souffle, l’embouchure de la Ría dans la mer Cantabrique, un restaurant qui met à l’honneur les produits locaux grâce au chef basque Beñat Ormaetxea, et la proximité du plus ancien pont transbordeur en service au monde, une œuvre métallique spectaculaire qui mérite à elle seule le détour.
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