Ce vendredi soir, dans les jardins de la Résidence de France à Madrid, le Forum mondial des alumni des lycées français du monde (FOMA) a lancé sa 7e édition dans une atmosphère de retrouvailles et d’émotion. Une soirée d’ouverture placée sous le signe des parcours de vie, des générations et de la mémoire partagée d’un réseau international unique.


Après Paris, Casablanca, Tunis, Lisbonne ou Bruxelles, c’est au tour de Madrid d’ouvrir le bal de cet événement incontournable. Une ville qui, dès les premiers instants, fait l’unanimité parmi les invités. Le décor est planté, les verres tintent sous les arbres de la Résidence de France, et la magie opère immédiatement : celle de retrouvailles chaleureuses entre citoyens du monde.
L’excellence française, un réseau sans frontières
Dès l'ouverture des festivités, Kareen Rispal, Ambassadrice de France en Espagne, a su trouver les mots pour capter l'essence de cet événement. Devant une assemblée attentive, elle a rappelé le rôle central de Madrid, une ville qui apporte "chaleur, ouverture et une façon de lier avec brio rigueur et joie de vivre".
Les chiffres forcent l'admiration : le réseau compte aujourd'hui près de 800.000 anciens élèves à travers le monde. Rien qu'en Espagne, on dénombre 20.000 élèves répartis dans 23 établissements, avec des institutions historiques célébrant leurs anniversaires, comme le centenaire du Lycée Français de Barcelone ou les 140 ans de celui de Madrid.
Ce rassemblement, c'est tout simplement la réunion de famille la plus internationale du monde
Le FOMA n’est pas qu’une célébration du passé, c’est un laboratoire pour l'avenir. Le thème de cette année, "L’Intelligence Artificielle et son rapport à l’humanité", prouve que ces anciens élèves, nourris à l'esprit critique, ont une voix capitale à porter. "Cette génération d’élèves, dans tous les domaines, a quelque chose à apporter à ce débat en tant que citoyens du monde face aux grands défis", a souligné l'Ambassadrice, annonçant trois jours de débats passionnants avec des figures telles que Serge Haroche (Prix Nobel de Physique), Miguel Ángel Moratinos et Hugues Aufray.
Une vision partagée par Claudia Scherer-Effosse, Directrice Générale de l’AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger), qui a témoigné de la force et de la richesse de l'investissement que fait la France dans ce modèle unique. L’enseignement français se distingue avant tout à travers ses élèves actuels — près de 400.000 à ce jour —, de précieux ambassadeurs dans un contexte de vive concurrence internationale.
Nos anciens élèves sont nos meilleurs ambassadeurs. Se rencontrer, échanger et faire fructifier ce réseau est une force inestimable
Le récit bouleversant d’Hugues Aufray
S’il est un moment qui aura marqué cette soirée d’ouverture, c’est bien l’intervention d’Hugues Aufray. L’artiste de 96 ans a laissé l’assistance sans voix. Enfant de la guerre envoyé à Madrid en 1945 pour y rejoindre son père, il a étudié au Lycée Français de Madrid et a été profondément transformé par cette ville et ce pays. Tel un conteur hors pair, il a livré avec une aisance incroyable et beaucoup de cœur le récit de son parcours.
S'il avoue volontiers ne pas maîtriser l'Intelligence Artificielle, le chanteur revendique avec malice avoir développé une formidable « intrication », qui lui a permis de rencontrer de grands esprits scientifiques, tous fascinés par sa façon de penser et d'échanger.
J’ai vécu à Madrid des années tellement merveilleuses que j’ai eu peur d’être déçu en revenant... Mais j’ai ressenti une émotion incroyable, j’ai retrouvé un endroit où mon cœur vit encore
Rappelant qu'on "peut être fiers, nous Français, de ce qu'est le lycée de Madrid : une merveille", son témoignage a agi comme un formidable trait d'union entre les générations. Dans le sillage de ses mots, la soirée s'est prolongée en musique. Entraînée par un chœur majestueux, l'assemblée a commencé à donner de la voix, bercée par les températures estivales, sur les notes de La Bohème et de l'incontournable Santiano.
Hugues Aufray : “Ces années à Madrid m’ont complètement changé”
L’aura des anciens élèves : des trajectoires de vie fascinantes
Au gré des allées du jardin, les anecdotes fusent et les parcours impressionnent. Francine, bachelière de la promotion 1970 au Lycée Français de La Haye et Vice-présidente de l'ALFM (Anciens des Lycées Français du Monde), rappelle qu'elle a cofondé cette association il y a 14 ans à la Cité Universitaire de Paris. Aujourd'hui, l'événement biennal est devenu un rendez-vous indispensable pour le réseau.

Ce soir-là, c'est aussi l'occasion de retrouvailles pour un groupe d'amies proches, toutes issues de la même promotion du Lycée Français de Moscou. Pour elles, l'attachement à ce réseau dépasse largement les années de scolarité. "Ces rassemblements sont l’occasion de retrouver et de connaître d’autres élèves du monde entier. C'est fascinant d'échanger sur leur parcours de vie post-lycée", confie l'une d'elles. Leurs parcours sont résolument tournés vers l'international : l'une s'apprête à s'installer en Suède après la Chine et la France, Antsa évolue dans le tourisme, (ancienne élève du lycée de Nouakchott et conquise par Madrid lors d'un Erasmus) envisage une mobilité sur place, tandis que Constantin a choisi de monter sa boîte à Athènes.
Qu'est-ce qui unit ces milliers de destins ? La réponse se trouve dans une posture, un état d'esprit. Lelia et Galia, anciennes élèves du Lycée Français de Nouakchott, l'expliquent avec passion : "Venant d'un lycée français, on le ressent tout de suite : une personne qui a été dans ces établissements dégage une certaine posture, une certaine aura, une façon de penser qui est détectable très rapidement".
Le mélange permanent entre enfants locaux, Français et expatriés de toutes nationalités forge une adaptabilité et une ouverture d'esprit permanentes. Cela se renforce même dans le cadre personnel, notre entourage et même la personne qui partage notre vie devant souvent comprendre ou être issue de ce milieu unique. "Mon mari est français, mais je l’ai rencontré en Chine !", s'amuse Laure (Moscou), soulignant l'importance de partager ce même bagage. "Nous avons cette capacité à raconter une histoire", conclut Dina dans un sourire, en écho à la belle intervention d'Hugues Aufray.
Alors que les lumières de la Résidence de France scintillent encore dans la nuit, Volona, Secrétaire Générale de l’ALFM, savoure le succès de cette soirée de lancement. Elle me glisse à l’oreille, l’œil rieur, que la destination de la prochaine édition semble déjà presque définie... Une chose est sûre : où qu'elle se tienne, la chaleur humaine et la joie de vivre seront de la partie
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