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La natalité en Espagne reste historiquement basse malgré un léger rebond

Après dix ans de baisse presque ininterrompue, les naissances ont légèrement augmenté en Espagne en 2025. Un frémissement qui masque mal une crise démographique profonde : fécondité en berne, maternités toujours plus tardives et vieillissement accéléré de la population.

un bébé garçon en train de sourireun bébé garçon en train de sourire
@Helena Lopes, Pexels.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 20 juillet 2026

Pour la première fois depuis dix ans, la courbe des naissances repart légèrement à la hausse en Espagne. Selon les données provisoires de l'Institut national de la statistique (INE), 321.164 bébés sont nés en 2025, soit 3.159 de plus qu'en 2024.

Une progression modeste, de seulement 1 %, qui met fin à une décennie de baisse quasi continue. L'année précédente avait marqué un triste record avec 318.005 naissances, le plus faible total jamais enregistré dans le pays. En dix ans, entre 2015 et 2025, l'Espagne a perdu près d'un quart de ses naissances (-23,5 %).

Faut-il y voir le début d'un retournement ? Les démographes invitent à la prudence. Pour eux, ce léger frémissement tient davantage de la stabilisation que d'un véritable rebond de la natalité.

 

L'Espagne gagne des habitants, pas des naissances

Ce léger rebond s'explique en partie par la dynamique démographique du pays. L'Espagne a franchi le seuil des 49,5 millions d'habitants en 2025, une croissance largement portée par l'immigration. 

Le pays compte désormais plus de dix millions de résidents nés à l'étranger. Parmi les 321.164 bébés nés en 2025, 81.339 avaient une mère étrangère, un apport qui contribue à soutenir le nombre total de naissances.

Pour autant, les démographes n'y voient pas un changement de tendance. Les personnes immigrées adoptent progressivement les comportements de fécondité du pays d'accueil et se heurtent, elles aussi, aux mêmes obstacles : prix du logement, précarité de l'emploi, émancipation plus tardive ou difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle.

Autre indicateur révélateur : l'Espagne continue de compter davantage de décès que de naissances. En 2025, 446.982 personnes sont décédées, soit 2,5 % de plus qu'un an auparavant. Le solde naturel reste donc largement négatif.

Seules la communauté de Madrid, la région de Murcie, ainsi que les villes autonomes de Ceuta et Melilla ont enregistré plus de naissances que de décès. À l'inverse, la Galice, la Castille-et-León et l'Andalousie affichent les déficits naturels les plus marqués du pays.


 

Une fécondité parmi les plus faibles d'Europe

Au-delà du nombre de naissances, c'est un autre indicateur qui alimente les inquiétudes : la fécondité. En 2024, les Espagnoles avaient en moyenne 1,10 enfant, contre 1,34 dans l'ensemble de l'Union européenne.

Avec un tel niveau, l'Espagne se classe parmi les pays les moins féconds du continent. Seuls Malte, la Lituanie et la Pologne font moins bien. Le pays reste surtout très loin du seuil de renouvellement des générations, estimé à 2,1 enfants par femme.

Les disparités territoriales sont également marquées. Les Canaries enregistrent la fécondité la plus faible du pays avec 0,82 enfant par femme, devant les Asturies et la Galice.

Et les perspectives ne sont guère plus encourageantes. Selon les projections de la Commission européenne, la fécondité espagnole ne dépasserait que légèrement 1,4 enfant par femme d'ici à 2100. Si ces prévisions se confirment, l'Espagne deviendrait alors le deuxième pays de l'Union européenne où les femmes auraient le moins d'enfants.

 

L'Espagne, 2e pays d'Europe avec le taux de fécondité le plus bas


 

Les Espagnoles, mères de plus en plus tard

Autre évolution marquante : les Espagnoles deviennent mères de plus en plus tard. En l'espace de quatre décennies, l'âge moyen au premier enfant est passé de 25,6 ans à 32,6 ans.

Cette tendance se traduit aussi dans les maternités après 40 ans. En 2015, elles représentaient 7,8 % des naissances. Dix ans plus tard, elles pèsent 10,4 % du total, dépassant désormais les naissances chez les femmes de moins de 25 ans.

Ce report serait avant tout le reflet des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes adultes. Accéder à un emploi stable, trouver un logement ou atteindre une sécurité financière suffisante prend de plus en plus de temps. Résultat : de nombreux couples repoussent leur projet d'enfant jusqu'à réunir des conditions qu'ils jugent favorables.

Mais ce calendrier n'est pas sans conséquence. Plus la première grossesse intervient tard, plus les difficultés de fertilité augmentent. Certains couples qui souhaitaient avoir plusieurs enfants renoncent ainsi à agrandir leur famille, faute de temps ou en raison de problèmes de fertilité.

 

Une Espagnole sur 5 n'a pas eu plus d'enfants à cause de sa carrière


 

Comment la crise du logement pèse sur la natalité

Le logement apparaît comme l'un des principaux freins à la natalité. Dans son dernier rapport annuel, la Banque d'Espagne établit un lien direct entre la flambée des prix de l'immobilier et le recul des projets familiaux.

L'envolée des loyers comme des prix à l'achat complique l'accès au logement, retarde le départ du domicile parental et repousse la création d'un foyer. Pour de nombreux jeunes, avoir un enfant passe désormais après l'obtention d'un emploi stable et d'un toit accessible.

Cette pression immobilière pèse également sur leur capacité d'épargne, retarde l'accession à la propriété et limite parfois leur mobilité vers les territoires où les perspectives d'emploi sont les plus favorables.

Au-delà de la seule question démographique, la Banque d'Espagne estime que cette crise du logement pourrait aussi freiner la croissance économique à long terme. En limitant la mobilité des travailleurs, elle risque d'accentuer les difficultés de recrutement et les pénuries de main-d'œuvre dans certaines régions.

 

Une population qui vieillit à grande vitesse

À cette natalité en berne s'ajoute un autre phénomène de fond : le vieillissement accéléré de la population. Portée par l'une des espérances de vie les plus élevées d'Europe, l'Espagne voit sa pyramide des âges se transformer année après année.

En 2025, le pays comptait 148 personnes âgées de plus de 64 ans pour 100 jeunes de moins de 16 ans. À titre de comparaison, cet indice de vieillissement s'établissait encore à 99,8 % à la fin des années 1990.

L'accélération est particulièrement marquée ces dernières années. En seulement cinq ans, l'indicateur a gagné plus de 22 points. Les Asturies restent de loin la région la plus vieillissante, avec plus de 265 seniors pour 100 jeunes, devant la Galice et la Castille-et-León.

Cette évolution soulève des défis majeurs pour les prochaines décennies : financement des retraites, prise en charge de la dépendance, organisation du système de santé, mais aussi renouvellement de la population active.

Selon la Fondation Adecco, près de 5,3 millions d'actifs âgés de 55 ans ou plus devraient quitter le marché du travail au cours des dix prochaines années. Dans le même temps, seuls 1,8 million de jeunes devraient rejoindre la population active, illustrant l'ampleur du défi démographique auquel le pays est désormais confronté.

 

Autrement dit, pour trois personnes qui partiront à la retraite, une seule pourrait entrer sur le marché du travail.

 

L'immigration ne suffira pas à enrayer le défi démographique

Sans l'immigration, la population espagnole diminuerait déjà. Celle-ci constitue aujourd'hui le principal moteur de la croissance démographique du pays.

Pour autant, elle ne suffit pas à compenser durablement la faiblesse de la fécondité. Les nouveaux arrivants vieillissent eux aussi et leurs comportements familiaux tendent progressivement à se rapprocher de ceux observés en Espagne.

Le défi dépasse donc la seule question du nombre de naissances. Il concerne également l'accès au logement, la stabilité de l'emploi, la conciliation entre vie professionnelle et familiale, les politiques de soutien aux familles ainsi que l'intégration des travailleurs étrangers.

Le léger rebond observé en 2025 ressemble davantage à un répit statistique qu'à un véritable retournement. Car derrière les chiffres, c'est bien la capacité de l'Espagne à offrir aux jeunes les conditions pour fonder une famille qui déterminera son avenir démographique.

 

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