Selon un rapport prospectif élaboré par Alvarez & Marsal en collaboration avec Google, l’Espagne pourrait accueillir jusqu’à 130 millions de touristes internationaux par an à l’horizon 2050, contre environ 125 millions pour la France. Un basculement encore hypothétique, mais qui éclaire les mutations profondes du tourisme européen et le changement de modèle engagé par l’Espagne.


Les moulins de la Mancha ne rivalisent pas avec la tour Eiffel. Jusqu’ici. À l’horizon 2050, l’Espagne pourrait dépasser la France en nombre de visiteurs internationaux, selon les projections du rapport The Power of Travel 2050, élaboré par Alvarez & Marsal en collaboration avec Google.
Un possible basculement, à la portée avant tout symbolique, qui traduirait moins une victoire chiffrée qu’une recomposition progressive des équilibres touristiques européens et une mutation en profondeur du modèle espagnol.
Cette étude a été réalisée par Alvarez & Marsal en collaboration avec Google. Elle propose une approche prospective du tourisme mondial, fondée sur des modèles prédictifs combinant plus de vingt variables, des milliards de requêtes Google et plus de 90.000 données touristiques, ainsi que l’analyse des flux aériens. Les résultats ne constituent pas des prévisions figées, mais des scénarios construits à partir des tendances observées, destinés à éclairer les stratégies du secteur à moyen et long terme.
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Un pas devant la tour Eiffel
Selon l’étude, l’Espagne pourrait accueillir 130 millions de touristes internationaux par an à l’horizon 2050, contre environ 97 millions aujourd’hui. La France, longtemps installée en tête du classement mondial, atteindrait pour sa part environ 125 millions de visiteurs, conservant un poids touristique considérable, mais cédant la première place à son voisin ibérique. L’écart reste certes mesuré. Mais sa portée est tout sauf anodine : pour la première fois, l’Espagne s’imposerait comme première destination touristique mondiale.
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Tourisme en Espagne : du volume à la rentabilité
Sans constituer une feuille de route officielle, le rapport esquisse une inflexion stratégique que ses auteurs jugent probable à moyen et long terme. Selon leurs projections, la croissance future du tourisme espagnol ne reposerait plus prioritairement sur l’augmentation des flux, mais sur une hausse de la valeur générée par chaque visiteur.
En clair, dans ce scénario, le panier moyen par voyage en Espagne progresserait de 64 % d’ici à 2050, passant d’environ 1.265 dollars (1.050 €) en 2025 à plus de 2.080 dollars (environ 1.730 €), un niveau supérieur à la moyenne mondiale estimée. Une évolution qui traduirait, à en croire l’étude, une mutation progressive du modèle espagnol, passant d’une logique de volume vers une recherche accrue de rentabilité.
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Pour Maialen Carbajo, directrice Travel & Retail de Google Espagne, cette trajectoire repose en grande partie sur les outils technologiques désormais disponibles. « L’intelligence artificielle permet de passer d’un tourisme de masse à un tourisme de précision », explique-t-elle, en facilitant l’identification de profils de voyageurs plus en adéquation avec les caractéristiques de chaque destination.
L’enjeu serait alors multiple : mieux répartir les flux sur l’année, limiter la pression sur les sites les plus fréquentés, et renforcer la mise en valeur du patrimoine culturel, de la gastronomie et des segments à plus forte valeur ajoutée.
À l’horizon 2050, un tourisme mondial en pleine recomposition
D’après les auteurs du rapport, cette rivalité franco-espagnole s’inscrit dans un mouvement de fond à l’échelle mondiale, dont les contours restent dépendants de nombreux paramètres économiques, démographiques et géopolitiques.
Dans les scénarios explorés, le nombre de voyages internationaux pourrait atteindre environ 3,5 milliards par an à l’horizon 2050, contre près de 1,6 milliard aujourd’hui, tandis que près de 70 % de la population mondiale serait amenée à voyager au moins occasionnellement.
Dans le même temps, les dépenses touristiques annuelles s’élèveraient à environ 6.000 milliards de dollars, soit 4.200 milliards supplémentaires sur un quart de siècle. Une trajectoire qui s’accompagnerait d’un déplacement du centre de gravité du tourisme mondial vers la zone Asie-Pacifique.
L’Asie, moteur du tourisme de demain : en 2050, la hiérarchie du tourisme émetteur devrait profondément se recomposer. L’Inde s’imposerait comme le premier pays d’origine des voyageurs, avec près de 415 millions de déplacements internationaux, devant la Chine (365 millions) et les États-Unis (295 millions). Dans ce paysage redessiné, l’Espagne apparaît comme l’une des destinations européennes les mieux positionnées pour capter ces nouveaux flux, portée par une combinaison d’atouts durables : climat, accessibilité, patrimoine culturel et art de vivre.
Pourquoi les évolutions démographiques jouent en faveur de l’Espagne
Le rapport met en avant plusieurs dynamiques démographiques susceptibles de renforcer le positionnement de l’Espagne dans les décennies à venir. Il souligne d’abord le poids croissant de voyageurs seniors, plus nombreux, en meilleure santé et dotés d’un fort pouvoir d’achat, qui prolongent leurs années de mobilité et favorisent les séjours familiaux.
À l’autre extrémité du spectre, la génération Z contribue déjà à faire évoluer les usages, en privilégiant l’expérience, la flexibilité et des formats hybrides mêlant travail et loisirs.
Enfin, l’essor d’une nouvelle classe moyenne mondiale, notamment en Inde, appelée à jouer un rôle central dans le tourisme émetteur au cours des prochaines décennies, élargirait considérablement la base des voyageurs potentiels.
Si ces tendances venaient à se confirmer, l’Espagne pourrait dépasser la France en nombre de visiteurs internationaux à l’horizon 2050. Un scénario encore suspendu à un équilibre fragile, entre croissance économique, exigences environnementales et qualité de vie locale.
Dans un paysage touristique de plus en plus concurrentiel, la première place ne se joue plus seulement à la fréquentation, mais à la capacité des destinations à conserver leur pouvoir d’attraction dans la durée. Car dans le tourisme comme ailleurs, la domination ne se décrète pas : elle se construit, lentement, au gré des vents.
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