Édition internationale

Essendi et la transformation hôtelière en Espagne avec Fabienne Zanfoni

Parisienne d’origine, diplômée de Dauphine et de l’UGA Grenoble, Fabienne Zanfoni n’imaginait sans doute pas, à la fin des années 1990, que l’Espagne deviendrait à la fois son pays d’adoption et le grand accélérateur de sa carrière.

Fabienne Zanfoni essendi espagneFabienne Zanfoni essendi espagne
Écrit par Vincent GARNIER
Publié le 16 février 2026

Arrivée à Madrid fin 1999 comme directrice financière du groupe Accor, elle accompagne depuis plus de vingt-cinq ans les profondes mutations du secteur hôtelier ibérique. Aujourd’hui Chief Operating Officer d’Essendi pour l’Espagne, le Portugal et l’Italie, elle pilote une nouvelle phase stratégique pour un acteur majeur de l’hospitalité européenne, à l’heure où le tourisme espagnol interroge ses propres limites.


Une expatriation fondatrice

"À l’époque, il n’y avait que cinq hôtels Accor en Espagne", se souvient-elle. Le pays est alors loin d’avoir atteint le degré de maturité touristique et hôtelière qu’on lui connaît aujourd’hui. Très vite, la croissance s’accélère. "On ouvrait une douzaine d’hôtels par an". Fabienne Zanfoni vit de l’intérieur cette phase d’expansion rapide, au cœur d’un marché en pleine structuration.

Madrid devient son ancrage. Elle y fonde sa vie personnelle – elle est mère de deux enfants – et y construit une trajectoire professionnelle progressive, gravissant "les échelons un par un". "L’Espagne est une énorme terre d’accueil, et Madrid une ville chaleureuse, ouverte, agréable, où je me suis vraiment épanouie, tant au niveau personnel que professionnel. Le pays a été pour ma carrière un énorme tremplin". 

L’Espagne est une énorme terre d’accueil, et Madrid une ville chaleureuse, ouverte, agréable

Au-delà de l’expérience individuelle, elle souligne des traits culturels qu’elle juge déterminants dans le succès économique espagnol : "le goût du travail bien fait, l’orientation résultat, l’envie d’avancer, de progresser, et d’aller vite". Pour elle, le dynamisme actuel du pays n’a rien d’un hasard : "pas étonnant que l’Espagne ait le vent en poupe".


D’Accor à Essendi : accompagner une transformation profonde

La carrière de Fabienne Zanfoni est indissociable des grandes transformations du groupe Accor, puis d’AccorInvest, devenu Essendi Hospitality. Elle est directement impliquée dans toutes les étapes de cette mue stratégique sur ses territoires, d’abord comme CEO d’AccorInvest Espagne, puis comme COO d’Essendi pour la péninsule Ibérique et l’Italie.

L’évolution du parc hôtelier illustre cette transformation. En 2008, le groupe Accor a plus de 90 hôtels portant une de ses enseignes sur la péninsule Ibérique. Dix ans plus tard, le groupe hôtelier français cède sa filière immobilière AccorInvest. Aujourd’hui, début 2026, Accorinvest renommée Essendi exploite une cinquantaine d’hôtels sur la zone dont 35 en Espagne, sur un total d’un peu plus de 500 à l’échelle mondiale.

Cette réduction n’est pas le signe d’un recul, mais celui d’un choix assumé. "Il a fallu rembourser une dette importante liée à la création d’AccorInvest, puis absorber le choc du Covid et la hausse des taux d’intérêt", rappelle Fabienne Zanfoni. "Nous avons été contraints de vendre certains de nos actifs pour assainir la situation financière et de nous recentrer sur le segment économique et Midscale".  

Fin 2022 marque un tournant : les performances d’avant-crise sont enfin retrouvées. "Aujourd’hui, nous avons pratiquement finalisé notre plan de cession d’assets pour financer la dette. Une nouvelle étape s’ouvre". 


Un tourisme espagnol en pleine recomposition

Cette nouvelle phase intervient dans un contexte profondément transformé. Après le Covid, le tourisme est revenu en force, dépassant même ses niveaux antérieurs. Mais ses formes ont changé. "Les voyages se sont multipliés, les durées se sont raccourcies, et la désaisonnalisation est devenue une réalité", observe la COO d’Essendi.

Le marché espagnol a profité de l’après-Covid pour repositionner ses actifs et rénover son parc hôtelier

L’Espagne, et Madrid en particulier – où se concentre 40 % du réseau Essendi –, a largement bénéficié de cette dynamique. En 2025, l’EBITDA d’Essendi en Espagne atteint 49 millions d’euros, en hausse par rapport à 2024. "Le marché espagnol a profité de l’après-Covid pour repositionner ses actifs et rénover son parc hôtelier", analyse-t-elle. Un mouvement rendu possible par un marché historiquement très fragmenté, longtemps dominé par des propriétaires indépendants. L’essor de l’hôtellerie de chaîne permet d’élever les standards, de professionnaliser le service… et de revaloriser les prix moyens, longtemps inférieurs à ceux du reste de l’Europe à produit comparable.

À cela s’ajoute l’attractivité renouvelée de Madrid. "Sur le plan culturel et gastronomique, un énorme travail a été fait, et il donne ses résultats aujourd’hui", souligne Fabienne Zanfoni. Stabilité politique, infrastructures performantes, qualité de vie : autant d’atouts qui renforcent l’attrait de la capitale espagnole.


Adapter l’offre aux nouveaux usages

Historiquement positionnée sur le segment business, Essendi adapte aujourd’hui ses établissements à l’essor du “bleisure” (business et loisirs) et aux nouvelles habitudes de voyage. Télétravail, courts séjours, recherche d’expériences différenciées : autant de tendances qui redessinent l’hospitalité urbaine.

Rénovation du Pullman de Campo de las Naciones

La rénovation du Pullman de Campo de las Naciones, à Madrid, en est une illustration emblématique. Datant des années 1990, l’hôtel est en cours de transformation pour être intégré au Novotel adjacent. À terme, 426 chambres seront exploitées sous la marque Novotel, avec deux univers distincts : une offre familiale et une offre premium issue de l’ancien Pullman, dédiée au client corporate.

"Tous les dix – douze ans, il faut être prêt à renouveler les produits", insiste Fabienne Zanfoni. "Le client est de plus en plus exigeant et demandeur d’expériences différenciées. Cela nous pousse à personnaliser nos offres, tout en respectant les standards de marque". Proximité de l’IFEMA, grandes capacités MICE, piscines, accessibilité : le site vise une clientèle hybride, à la croisée du business et du loisir.

Des rénovations similaires sont en cours ou programmées à Lisbonne et Séville, avec une montée en gamme assumée.


Vers un tourisme plus qualitatif

Si le tourisme représente aujourd’hui environ 13 % du PIB espagnol, avec des projections à 15 %, Fabienne Zanfoni plaide pour une croissance maîtrisée. "On ne peut pas indéfiniment croître de 3 % par an. Les ressources ne sont pas inépuisables". Chez Essendi, la ligne est claire : pas de développement à tout prix. "Nous privilégions la qualité au volume. Nous faisons du « cherry picking»".

Cette vision s’accompagne d’une politique ESG exigeante. "Tous nos hôtels auront le label Green Key fin 2026. C’est du concret", affirme-t-elle. Décarbonation, rénovation énergétique, intégration locale : autant de leviers pour concilier performance économique et responsabilité environnementale.

À l’aube de 2026, les perspectives sont positives pour Essendi en Espagne. Mais pour Fabienne Zanfoni, l’essentiel reste ailleurs : "Notre objectif n’est pas de faire du volume pour le volume, mais de proposer des produits de qualité, en ligne avec notre ambition : hospitality that thrives". 

Un credo qui résume bien le parcours d’une dirigeante pour qui l’Espagne n’a jamais été un simple poste à l’étranger, mais un véritable terrain d’engagement et de transformation.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.