Avec 97 millions de touristes internationaux et 135 milliards d’euros de dépenses en 2025, l’Espagne aligne les records. Mais derrière ces chiffres spectaculaires, le paysage touristique se recompose. Moins de concentration, davantage de dépenses par visiteur, une fréquentation plus étalée dans le temps comme dans l’espace : loin de la seule logique de volume, le pays cherche désormais à croître sans saturer, entre rendement économique et impératif de régulation. On fait le bilan.


L’Espagne n’a jamais accueilli autant de touristes étrangers. En 2025, 97 millions de visiteurs ont franchi ses frontières, générant 135 milliards d’euros de dépenses, deux records qui confirment, s'il en était encore besoin, l’attractivité du pays.
Mais derrière l’accumulation des chiffres, quelque chose s’infléchit. Le tourisme espagnol ne se contente plus de grossir : il se transforme. Moins obsédé par les volumes, davantage tourné vers la valeur ajoutée, il cherche un nouvel équilibre.
« Nous grandissons avec des éléments qualitatifs, compatibles avec une triple durabilité sociale, économique et environnementale », résume le ministre du Tourisme, Jordi Hereu, revendiquant un changement de modèle plus que de cadence.
L’Espagne frôle les 100 millions de touristes : record économique
Moins de touristes au mètre carré, plus d’euros par visiteur en Espagne
Entre 2019 et 2025, la fréquentation touristique a augmenté de 10,9 %, mais les dépenses ont progressé presque deux fois plus vite (+20,4 %). Un décrochage révélateur : les visiteurs sont plus nombreux, certes, mais surtout plus dépensiers, même lorsque la durée des séjours se réduit.
Cette mutation s’appuie sur plusieurs tendances de fond. D’abord, des vacances plus courtes, compensées par un budget quotidien en hausse. Ensuite, une montée en gamme de l’offre, portée par les hôtels quatre et cinq étoiles, les expériences culturelles et une gastronomie devenue un argument de voyage. Enfin, une diversification géographique qui desserre l’étau du tout « sol y playa » et redistribue l’attractivité au-delà des littoraux.

Le tourisme espagnol sort du tout “sol y playa”
Longtemps arrimé aux littoraux, le tourisme espagnol commence à se rééquilibrer. Les villes et les destinations culturelles gagnent du terrain, tirées par une hausse marquée des dépenses plutôt que par une explosion des flux.
Madrid s’impose comme l’un des moteurs de cette recomposition, avec +14,6 % de dépenses touristiques, dopées par l’offre culturelle, gastronomique et événementielle de la ville. Dans le même mouvement, le Pays basque, l’Aragon ou La Rioja enregistrent de solides progressions des ventes et des résultats des entreprises du secteur. Plus largement, les territoires longtemps en retrait — l’« Espagne verte » ou l’intérieur du pays — ont vu leur fréquentation bondir de 60 % depuis 2019.
Être un bon touriste à Barcelone, c’est possible
Un basculement stratégique assumé par Turespaña, qui mise désormais sur le slow travel, le tourisme expérientiel et scientifique, jusqu’à faire de l’éclipse solaire d’août prochain un outil de promotion à part entière.
Logements touristiques : le début d’un reflux
Autre fait notable, contrairement à une idée largement répandue, la pression touristique a reculé en 2025. L’équation peut sembler paradoxale : plus de touristes sur l’année, mais moins de pression au quotidien. C’est pourtant ce que dessinent les chiffres d’un tourisme désormais étalé, plus cher et mieux régulé.
Selon Exceltur, le pays a compté en moyenne 20.000 touristes de moins par jour qu’en 2024, un reflux qui s’est accompagné d’un apaisement des tensions citoyennes liées au surtourisme.
Autre signal, plus structurel : le nombre de logements touristiques a diminué de 4,1 % dans les 25 principales villes espagnoles, soit près de 16.000 places en moins. Une inflexion inédite, largement attribuée à l’entrée en vigueur, en 2024, de la ventanilla única digital, censée mieux encadrer et assainir le marché.
Le tourisme reste l’un des piliers de l’économie espagnole : 218 milliards d’euros de revenus en 2025, 13 % du PIB, 2,75 millions d’emplois, un record historique. Fait notable : 91,9 % des nouveaux contrats sont désormais indéfinis, et les salaires ont progressé plus vite que l’inflation. Un secteur qui se stabilise… et se professionnalise.
Croître, mais encadrer en 2026
Malgré un contexte géopolitique incertain, les perspectives pour 2026 demeurent orientées à la hausse. Les autorités tablent sur +3,7 % de touristes au premier quadrimestre et +2,6 % de dépenses sur la même période, tandis que 42 % des entreprises du secteur envisagent d’augmenter leurs investissements. Les signaux les plus positifs viennent de la Communauté valencienne, de la région de Murcie, des Baléares, mais aussi de Castille-La Manche et du Pays basque.
Au-delà des chiffres, une tendance se confirme : l’Espagne n’accueille pas seulement davantage de visiteurs, elle attire des voyageurs qui dépensent plus, voyagent mieux et hors saison. Un modèle en transition, moins exposé à la saturation, plus attentif à la qualité.
Pour les résidents, le changement se lit moins dans la promesse d’une expérience que dans une inflexion du modèle : moins de volume concentré, plus de valeur dispersée, et un tourisme devenu, par nécessité, un sujet de régulation autant que d’attractivité.
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