Édition internationale

Mujeres Avenir alerte sur les biais de genre de l’IA et l’enfance numérique

Alors que l’Assemblée nationale française vient d’adopter en première lecture une proposition de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, la question de la protection des enfants et des adolescents dans les environnements numériques s’impose comme un enjeu de société majeur en Europe. C’est dans ce contexte d’actualité particulièrement sensible que Mujeres Avenir a choisi d’organiser à Madrid une conférence intitulée "La protection de l’enfance et de l’adolescence dans les environnements numériques".

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De g. à d.: Ana Torres, Elena Martínez, Angélica Sánchez Plaza et Marian Fernández / DR
Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 février 2026

Accueillie au sein du Orange Digital Center, cette table ronde a permis d’aborder sans détour les risques liés à l’hyperconnexion des plus jeunes, tout en interrogeant la responsabilité collective — familles, entreprises, institutions — dans la construction d’un numérique plus sûr et plus humain.

Le choix de cette thématique par Mujeres Avenir n’a rien d’anodin. L’association rassemble des femmes cadres et dirigeantes engagées dans les sphères économique, institutionnelle et technologique, mais aussi — et c’est loin d’être accessoire — des mères et des pères directement confrontés aux usages numériques de leurs enfants. À la frontière entre responsabilités professionnelles et réalités familiales, ces femmes se trouvent à un point d’observation privilégié des tensions que fait naître le numérique dans les foyers.

Mais leur légitimité va plus loin. Mujeres Avenir revendique aussi un droit de regard — et d’influence — sur la manière dont les technologies, et en particulier l’intelligence artificielle, sont conçues. Car ces outils ne sont jamais neutres. Ils portent en eux des biais structurels, notamment des biais de genre, liés à la faible représentation féminine dans les équipes dirigeantes et techniques qui les développent. À cela s’ajoute la manière dont ces technologies sont ensuite déployées et diffusées, sous l’effet amplificateur des algorithmes, capables de renforcer stéréotypes, bulles informationnelles et contenus problématiques.

C’est précisément ce double regard — intime et stratégique — que l’association a souhaité mettre au cœur de cette conférence.

 

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Cette table ronde a permis d’aborder sans détour les risques liés à l’hyperconnexion des plus jeunes / DR


Des chiffres qui appellent à l’action

Animée par Ana Torres, directrice de l’Impact social du groupe MasOrange, la discussion a rapidement posé le décor. En Espagne, l’âge moyen du premier smartphone est de 10,8 ans, et plus de 90 % des adolescents utilisent au moins un réseau social. Pourtant, selon un rapport de l’UNICEF cité lors de la conférence, seuls 23 % des parents savent installer et configurer correctement un contrôle parental. On observe donc un écart préoccupant entre l’accès massif et précoce aux outils numériques et la capacité des adultes à en encadrer les usages, dans un contexte où les risques — exposition à des contenus inappropriés, troubles du sommeil, cyberharcèlement, dépendance — sont désormais largement documentés.

Au fil des échanges, Elena Martínez, directrice générale d’Empantallados, a insisté sur la nécessité d’anticiper : l’éducation numérique doit commencer bien avant l’adolescence, dès l’école primaire, afin de former l’esprit critique des enfants et de donner aux parents des clés de compréhension actualisées. Interdire sans expliquer, selon elle, revient souvent à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. De son côté, Angélica Sánchez Plaza, directrice marketing commercial offer chez MasOrange, a présenté les dispositifs mis en place par l’entreprise pour accompagner les familles, notamment à travers des solutions intégrant contrôles parentaux renforcés, limitation du temps d’usage et contractualisation des règles entre parents et enfants. Une approche qui vise à replacer l’adulte au centre du dispositif, non comme censeur, mais comme guide.


Un espace dédié à l’innovation sociale

La découverte du "Orange Digital Center" de Madrid est à cet égard particulièrement heureuse et l'espace offrait un cadre particulièrement cohérent pour accueillir ces échanges. Conçu comme un lieu d’innovation à vocation sociale, il vise à rapprocher les nouvelles technologies des publics les plus vulnérables, notamment les jeunes, à travers des actions de formation, de sensibilisation et d’accompagnement. Loin d’une approche purement technologique, le centre défend un usage éclairé, responsable et inclusif du numérique, en s’attaquant frontalement à la fracture digitale, un positionnement qui fait écho aux enjeux soulevés tout au long de la table ronde.

 

De la capacité des entreprises à intégrer responsabilité sociale et stratégie de fidélisation

On observera d'ailleurs que développer des dispositifs éducatifs et des offres responsables pour les jeunes, intégrant des limitations d’accès et un encadrement renforcé, peut sembler aller à l’encontre des intérêts commerciaux d’un opérateur télécom. L'approche existe pourtant, Angélica Sánchez Plaza, l'a notamment illustré au cours de sa prise de parole. La démarche illustre la capacité des entreprises à intégrer responsabilité sociale et stratégie de fidélisation. Responsabilité sociale et intelligence stratégique peuvent converger, et cette convergence est au centre d'une réflexion plus large sur le rôle des entreprises dans la définition d’un numérique éthique et sûr.

 

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Marian Fernández, directrice de la Commission Jeune, et Rebeca Avila, Présidente de Mujeres Avenir / DR

 

La voix des jeunes et la responsabilité des concepteurs

La prise de parole de Marian Fernández, directrice de la Commission Jeune de Mujeres Avenir et référente diversité et inclusion chez KPMG Espagne, a apporté une dimension particulièrement tranchante au débat. Elle a rappelé que les jeunes sont trop souvent absents des espaces où se décident les politiques numériques qui les concernent directement, nourrissant un sentiment de déconnexion et d’incompréhension. Elle a également mis en garde contre les effets des algorithmes et de l’intelligence artificielle, capables de biaiser l’information, de renforcer les stéréotypes et de réduire la diversité des points de vue. Pour elle, protéger les mineurs passe aussi par une révision profonde de la gouvernance technologique, intégrant davantage de femmes et de jeunes dans les processus de conception et de décision.

 

Repenser collectivement le numérique

En filigrane, cette conférence a rappelé une évidence trop souvent oubliée : la protection de l’enfance et de l’adolescence dans les environnements numériques ne peut reposer ni sur une interdiction isolée, ni sur une solution technologique unique. Elle suppose une responsabilité collective, partagée entre familles, écoles, entreprises, associations et pouvoirs publics. En s’emparant de ce sujet, Mujeres Avenir affirme sa volonté de ne pas rester spectatrice d’un numérique qui façonne déjà la société de demain. À la croisée de l’engagement professionnel, de l’expérience parentale et du combat pour une technologie plus inclusive, l’association entend peser dans un débat qui ne concerne pas seulement l’avenir des enfants, mais bien celui de l’ensemble de la société.

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