Édition internationale

Corruption : l’Espagne recule au 49e rang mondial, son pire score depuis 2012

En 2025, l’Espagne recule une nouvelle fois dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) publié par Transparency International. Avec 55 points sur 100, elle glisse à la 49e place mondiale sur 182 pays évalués. Un rang qu’elle partage avec Chypre et les Fidji, et qui correspond à son score le plus faible depuis 2012.

congrès des députés à madridcongrès des députés à madrid
@Julian David Perez Del Basto, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 11 février 2026

La dernière éclaircie remonte à 2019. Depuis, la courbe s’incline doucement mais sûrement vers le bas. En deux ans, l’Espagne a laissé filer quatre points et dix places. Au sein de l’Union européenne, elle rétrograde désormais au 17e rang sur 27, dépassée par le Portugal et la Slovénie. 

La tendance n’est pas uniquement espagnole : la moyenne mondiale tombe à 42 points. Plus des deux tiers des pays évalués restent sous la barre des 50, seuil à partir duquel l’alerte devient structurelle.

En haut du tableau, les habitués du peloton de tête — Danemark (90), Finlande (88), Singapour (84) — cultivent leur réputation d’États vertueux. En bas, le Venezuela, la Somalie et le Soudan du Sud ferment la marche, rappelant que, dans une large partie du monde, la corruption demeure systémique.


 

Affaires en série : 2025, l’année qui pèse sur l’image institutionnelle espagnole

L’année 2025 a agi comme un révélateur en Espagne. Les affaires se sont accumulées dans une succession de séquences judiciaires :  

  • L’incarcération de l’ex-ministre des Transports José Luis Ábalos
     
  • La mise en cause de l’ancien secrétaire d’Organisation du PSOE Santos Cerdán
     
  • L’affaire impliquant Koldo García
     
  • Les enquêtes concernant l’entourage du président du gouvernement Pedro Sánchez
     

Ces épisodes ont pesé sur l’image institutionnelle du pays à l’étranger.

 

 

Corruption, disques durs et escorts : le PSOE au bord de la rupture

 

 

L’Indice de perception de la corruption ne mesure pas des faits établis, mais un climat. Il agrège l’avis d’experts, d’acteurs économiques et d’organismes internationaux, notamment la Banque mondiale ou le Forum économique mondial. Ce que l’indice enregistre, au fond, c’est une confiance, ou son érosion.

 

 

Un problème structurel, selon Transparency International

Pour Transparency International, la baisse de l’Espagne n’a rien d’une surprise. L’ONG estime que le pays souffre de problèmes structurels qui freinent les politiques anticorruption.

L’organisation pointe l’absence de consensus politique solide pour faire adopter des réformes d’ampleur, un manque de continuité institutionnelle, des failles persistantes dans la transparence de la commande publique et une application encore incomplète des normes anticorruption.

En juillet, le gouvernement a bien présenté un Plan national de lutte contre la corruption articulé autour de 15 mesures. L’ONG y voit « une avancée importante », mais juge l’ensemble insuffisant et trop limité pour inverser la tendance. Sa présidente en Espagne appelle à l’adoption d’une véritable stratégie nationale anticorruption, validée par le Congrès et le Sénat, afin qu’elle s’inscrive dans le temps long et ne dépende pas des alternances politiques.

 

L'indice de corruption en Espagne: une augmentation préoccupante

 

Une tendance européenne et mondiale inquiétante : L’Espagne ne constitue pas un cas isolé. L’ONG souligne un affaiblissement global de la lutte anticorruption, particulièrement dans les démocraties. Deux facteurs sont évoqués : un recul du leadership international en matière d’intégrité publique et un affaiblissement du rôle des États-Unis dans l’application des lois anticorruption à portée extraterritoriale. Dans ce contexte, les marchés publics restent l’un des points les plus sensibles, en raison des montants en jeu et des failles persistantes en matière de contrôle et de transparence.

 

Quelles conséquences pour l’image de l’Espagne ?

Pour les expatriés, les investisseurs et les entreprises françaises implantées en Espagne, ce classement soulève une interrogation simple : la qualité institutionnelle du pays est-elle en train de s’affaiblir ?

L’Espagne demeure loin des États les plus touchés par la corruption. Mais son recul progressif entame un capital précieux : celui d’une démocratie stable et prévisible, consolidée depuis la transition post-franquiste.

Au-delà des clivages partisans, l’enjeu est celui de la confiance. Celle des acteurs économiques, des partenaires européens et des citoyens. Car derrière les indices et les classements se joue une question centrale : la capacité d’un pays à offrir un cadre clair, fiable et durable.

 

En résumé

  • 55/100 pour l’Espagne en 2025
     
  • 49e place mondiale
     
  • 17e sur 27 dans l’UE
     
  • Pire score depuis 2012
     
  • Baisse continue depuis 2019
     
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