TEST: 2271

Des Français d’Espagne créent un outil connectant Ukrainiens et familles d’accueil premium

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 27/03/2022 à 14:00 | Mis à jour le 01/04/2022 à 17:53
Photo : Alexandre Hernandez, cofondateur à Madrid de EU4UA /DR
Alexandre Hernandez, fondateur à Madrid de EU4UA

Quatre entrepreneurs de la French Tech ont créé une plateforme pour fournir un hébergement gratuit à travers l'Europe aux réfugiés fuyant la guerre en Ukraine. Le portail, appelé EU4UA.org, a été lancé 2 jours après le début de la guerre et a connu immédiatement un énorme succès. L’un d’eux, basé à Madrid, nous raconte cette belle initiative.

 

 

L'Union européenne est confrontée à un énorme défi en matière de gestion des migrations à court terme. Plus de 1,5 million d'Ukrainiens ont fui leur pays pour échapper à l'horreur de la guerre. Selon les estimations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), jusqu'à cinq millions de personnes pourraient franchir les frontières dans les semaines à venir si la Russie poursuit ses attaques et ne met pas fin à l'invasion.

 

Et c’est là que la solidarité unie à l’ingéniosité intervient. Or, il n’y a pas plus ingénieux, rapide et réactif qu’un entrepreneur de start-up et il est clair que les quatre fondateurs de jobgether viennent de le prouver.

 

Il s’agit des Français Arnaud Devigne, qui vit à Ménorque, Alexandre Hernández, à Madrid, le Venezuelien Alexis Rodríguez, en Colombie et le Belge Juan Bourgois, à Bruxelles. Les 4 associés avaient cofondé en 2020 une startup technologique, jobgether, dont le but est de trouver l'emploi idéal partout dans le monde, sans avoir à le chercher, grâce à l'intelligence artificielle.

Des expatriés au grand coeur

"Le lendemain de l’invasion de la Russie en Ukraine -se souvient Alexandre Hernández-, on était, comme tout le monde j'imagine, en train de parler de ça, il était 23 heures, et d’un seul coup on voit une photo d’une petite fille ukrainienne, dans un abri, on ne sait où. Et comme trois d’entre nous avons une fille de cinq ans, on a pensé que ça pourrait être la nôtre, et qu'il fallait absolument faire quelque chose d'utile, de rapide et de simple pour aider ces gens."

 

Alors, bien évidemment, ce petit groupe très cosmopolite aide normalement à mettre en relation une personne qui cherche un boulot avec l'entreprise qui cherche sa perle rare, mais là, ça n'était pas la priorité et ce qu’il fallait, c’était trouver un toit pour les réfugiés.

Une start-up au service des réfugiés

"Notre objectif était de sortir un site en 48 heures maximum, pour mettre en relation des familles d'accueil avec des Ukrainiens, et ce, dans toute l’Europe". Pari tenu. Après un long week-end de travail acharné, à distance car les quatre amis sont en télétravail permanent dans différents pays, le site est fin prêt le lundi matin, 28 février.

 

Il ne "restait plus" qu'à trouver les premières familles d'accueil et ensuite prévenir les autorités en Ukraine. Grâce aux réseaux sociaux et aux médias, le nouveau site, appelé EU4UA.org, devient immédiatement viral et connaît un énorme succès.

 

site de EU4UA en français

 

La plate-forme est très simple à utiliser. Dans le cas des familles d’accueil, il suffit de mettre la ville et le pays, le nombre de personnes qu'elles peuvent accueillir, des photos des chambres ou de l’appartement et une petite description. De leur côté, les familles ukrainiennes s’enregistrent en disant combien elles sont, qui voyage, dans quel pays elles sont prêtes à aller.  

Réfugiés ukrainiens connectés aux familles en 2 minutes

"Ça prend deux minutes, et c’est écrit en 12 langues -explique le cofondateur du site-. En fonction de ces données, le site offre aux familles ukrainiennes les options disponibles et à ce moment-là, c'est la famille ukrainienne qui rentre en relation avec la famille d'accueil et celle-ci décide alors si oui ou non, elle donne ses coordonnées, parce qu’évidemment il y a une question de protection des données".

 

Après presque un mois, la plateforme compte un total de 56.000 personnes enregistrées, ce qui correspond à peu près à 18.000 familles ukrainiennes, puisqu'en moyenne il s'agit de familles de réfugiés composées de trois personnes. Quant aux familles d'accueil, 16.000 se sont enregistrées en Europe, dont 3.000 en Espagne et 6.400 en France.

 

"La plupart des personnes qui proposent d'héberger des réfugiés ukrainiens sont des femmes -raconte Alexandre Hernandez-, dont beaucoup sont des mères de famille qui sympathisent avec la situation violente en Ukraine. Il y a entre trois et quatre enregistrements par minute sur le site et bien évidemment tant que le conflit durera, EU4UA sera nécessaire".

 

Carte du déplacement des réfugiés ukrainiens

 

Mais nos entrepreneurs solidaires et hyper réactifs ont déjà décelé un nouveau besoin. "Au tout début -explique Alexandre- la seule priorité était évidemment de trouver un toit à ces familles. Mais maintenant on se rend compte que les Ukrainiens veulent absolument travailler le plus rapidement possible pour pouvoir s'intégrer et devenir indépendants. Alors on est en train de recueillir les données pour voir quel type de travail ils peuvent faire".

 

Car la principale barrière est surtout linguistique, puisque beaucoup d’Ukrainiens ne parlent qu’ukrainien et russe. EU4UA.org compte aussi sur la collaboration de 150 volontaires dans différents pays européens qui les aident, chacun ayant une mission bien précise. Ils sont également en relation avec les O.N.G., les associations locales ainsi qu'avec les autorités.

 

Ils sont d’ailleurs sur le point de sortir un guide du réfugié en ukrainien et un guide de l’hôte. "Quand les réfugiés arrivent dans un pays, ils ne savent rien – souligne le cofondateur de EU4UA.org-. C’est un guide qui est écrit dans plusieurs langues et qui qui se fait en fonction des particularités de chaque pays". Comme quoi l'intelligence artificielle au service de la solidarité peut aussi avoir du bon. "Ça a du sens et on se sent utile, parce que ça marche et c’est vraiment un moteur pour continuer".

Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale