Entre pressions américaines, prudence européenne et soutien intérieur, le chef du gouvernement espagnol avance sur une ligne de crête.


Pedro Sánchez rompt le rang. Depuis le 28 février 2026, l’Espagne refuse de soutenir les États-Unis et Israël dans leur offensive contre l’Iran, jugée “dangereuse” et “injustifiée”. Une position assumée, et rare en Europe. Deux mois plus tard, le choc diplomatique s’installe. Et les réactions s’enchaînent.
Face à Sánchez, la “némésis” du gouvernement Trump
Les prises de position répétées de Pedro Sánchez placent désormais l’Espagne dans le viseur de Donald Trump. Le président américain menace de “cesser” tout commerce bilatéral après le refus de Madrid d’autoriser l’utilisation de ses bases militaires par les troupes américaines.
La pression monte encore d’un cran. Il y a deux semaines, Donald Trump évoque une possible exclusion de l’Espagne de l’OTAN. Une hypothèse sans fondement légal, mais politiquement lourde.
OTAN : pourquoi l’Espagne ne peut pas être expulsée… malgré les menaces de Trump
Dans le même temps, un rapport du Comité des appropriations de la Chambre des représentants américaine sème le trouble hier en remettant en question la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, pourtant établie de longue date.
Des soutiens étatiques trop lisses
Le soutien européen existe. Mais il reste, pour l’instant, mesuré. Sur X, le 4 mars 2026, le président du Conseil européen, António Costa affirme avoir exprimé au chef du gouvernement espagnol “la pleine solidarité de l’Union européenne avec l’Espagne”. Même tonalité du côté d' Emmanuel Macron, qui évoque “la solidarité européenne de la France face aux menaces de coercition économique”.
I have just held a call with President @sanchezcastejon to express the EU’s full solidarity with Spain.
— António Costa (@eucopresident) March 4, 2026
The EU will always ensure that the interests of its Member States are fully protected.
We reaffirm our firm commitment to the principles of international law and the…
Pedro Sánchez se dit alors “très reconnaissant”. Mais derrière ces déclarations, peu de positions concrètes émergent. À Barcelone, le 18 avril, le dirigeant espagnol tente de changer d’échelle. Il réunit une douzaine de chefs d’État et de représentants de gouvernements, dont Luiz Inácio Lula da Silva et Gustavo Petro. À l’issue du sommet, un “front progressiste mondial” est annoncé pour défendre la démocratie. Un signal fort, qui acte une prise de distance assumée avec Washington.
Cependant, les déclarations des autres États ont pour le moment une portée bien plus légère que celles de Pedro Sánchez, et de nombreux membres de l’Union européenne s’abstiennent encore de réagir afin de prévenir d'éventuelles sanctions de la part de la Maison Blanche.
Qu’en pense la population espagnole ?
La prise de position de Pedro Sanchez s’inscrit dans un contexte particulièrement anxiogène. Selon une étude du Centro de Investigaciones Sociológicas, publiée le 19 avril, huit Espagnols sur dix se disent inquiets de la guerre en Iran, redoutant à la fois une escalade nucléaire et une flambée de l’inflation.
Dans ce contexte, la ligne ferme et pacifiste du chef du gouvernement est plutôt bien accueillie. Toujours selon ce baromètre, 60 % des sondés estiment qu’elle contribue à améliorer l’image de l’Espagne à l’international. Un soutien net, qui dépasse le simple réflexe politique.
Pour l’instant, Madrid tient la ligne. Mais dans un monde de rapports de force, la solitude stratégique finit toujours par se payer.
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