En visite officielle à Pékin, Pedro Sánchez appelle à refonder la relation entre l’Europe et la Chine. Entre coopération, rivalités commerciales et enjeux géopolitiques, le dirigeant espagnol défend une ligne d’équilibre dans un monde de plus en plus multipolaire.


À Pékin, le ton est mesuré, la ligne claire. En visite officielle, Pedro Sánchez appelle à refonder la relation entre l’Europe et la Chine : coopérer quand c’est possible, mais sur des bases plus équilibrées.
À l’Université Tsinghua, vitrine académique du pays, le chef du gouvernement espagnol déroule un discours à la fois politique et pédagogique, assumant une posture d’équilibre face à la montée en puissance du géant asiatique.
Pour illustrer ce basculement, Pedro Sánchez convoque l’histoire. Celle du jésuite Matteo Ricci qui, au XVIe siècle, corrige ses cartes en découvrant une évidence : la Chine n’est pas aux marges, mais au cœur du monde. Le rappel n’a rien d’anodin. À l’époque déjà, l’Espagne commerçait avec la dynastie Ming.
Et surtout, le message est là, en filigrane : le centre de gravité se déplace, il faut l’accepter. « Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas un simple transfert de pouvoir, mais une multiplication des pôles de prospérité », glisse le dirigeant espagnol. Un monde multipolaire que Madrid dit vouloir embrasser « avec réalisme et responsabilité ».
Relations commerciales : Sánchez appelle la Chine à plus d’ouverture
Mais derrière les références historiques, le message est aussi économique. Et plus direct. Pedro Sánchez pointe un déséquilibre commercial entre l’Europe et la Chine, qu’il juge « insoutenable ». Un déficit qui, à ses yeux, nourrit frustrations sociales et réflexes protectionnistes sur le continent.
« L’Union européenne fait sa part. Nous avons besoin que la Chine fasse de même. Qu’elle s’ouvre pour que l’Europe n’ait pas à se refermer », a-t-il lancé, appelant Pékin à rééquilibrer ses échanges commerciaux. Le message s’inscrit dans un climat de crispations croissantes, entre rivalités technologiques et bras de fer autour des véhicules électriques chinois.
La Chine face à ses responsabilités mondiales
Au-delà de l’économie, le président du gouvernement a élargi son discours aux grands équilibres mondiaux. Face aux conflits en Ukraine, au Liban, à Gaza, en Cisjordanie ou encore en Iran, il a exhorté la Chine à jouer pleinement son rôle de puissance globale.
« La Chine fait beaucoup, et nous le saluons. Mais elle peut faire davantage », a-t-il affirmé, appelant à une implication accrue pour faire respecter le droit international et favoriser la résolution des conflits.
Dans cette logique, Pedro Sánchez a également plaidé pour un multilatéralisme « renouvelé », avec une réforme des institutions internationales comme les Nations unies, afin de mieux refléter les équilibres du monde actuel.
À Pékin, la diplomatie des symboles et des intérêts
La séquence pékinoise ne s’est pas résumée au discours. Pedro Sánchez a aussi soigné les symboles. À l’Académie chinoise des sciences, il s’est vu remettre une chaire honorifique, marque de reconnaissance, mais aussi signal politique d’une coopération scientifique à entretenir.
Il y a vu un engagement : pousser plus loin les collaborations en matière de recherche, d’innovation, de circulation des talents. Dans la foulée, le chef du gouvernement a enchaîné visites et rencontres, notamment avec le groupe Xiaomi. Un passage obligé, entre promesse de partenariats et arrière-plan de tensions commerciales avec l’Union européenne.
Car derrière la mise en scène, l’enjeu était plus large. À Pékin, Pedro Sánchez s’est affirmé comme l’un des dirigeants européens les plus investis dans le dialogue avec le géant asiatique, au moment où Bruxelles avance sur une ligne de crête. Le temps politique fort du déplacement doit encore se jouer lors d’une rencontre avec Xi Jinping, consacrée aux relations économiques, aux investissements et aux grands équilibres géopolitiques.
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