Édition internationale

Iran : Pedro Sánchez condamne les frappes et claque la porte aux bases américaines

Face à l’escalade militaire au Moyen-Orient, Madrid assume une position qui tranche au sein de l’Union européenne. Le gouvernement espagnol invoque le droit international pour justifier son refus de toute implication opérationnelle, tout en activant une cellule de crise pour ses ressortissants dans la région. Une séquence diplomatique, qui place l’Espagne en porte-à-faux avec certains alliés et ravive les tensions politiques internes.

Le président du gouvernement, Pedro SánchezLe président du gouvernement, Pedro Sánchez
@Pool Moncloa/Borja Puig de la Bellacasa. / Le président du gouvernement, Pedro Sánchez
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 2 mars 2026

Alors que les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont ravivé les tensions au Moyen-Orient, l’Espagne affiche une position nette : condamnation d’une action qualifiée « d’unilatérale », refus de toute assistance militaire depuis son territoire et appel immédiat à la désescalade.

Une ligne qui la distingue de plusieurs partenaires européens et qui, sur le plan intérieur, alimente un débat politique particulièrement vif à Madrid.

 

Pedro Sánchez condamne les frappes américaines et israéliennes au nom du droit international

À Madrid, le ton s’est voulu clair et sans détour. Pedro Sánchez a fustigé des frappes menées hors de tout mandat international, estimant qu’elles s’écartent du cadre fixé par la Charte des Nations unies. Dans le même souffle, le chef du gouvernement a condamné les ripostes iraniennes visant plusieurs pays de la région, refusant toute lecture binaire du conflit. « La violence ne peut être la solution », a-t-il martelé, plaidant pour un retour « urgent » à la voie diplomatique.

Même ligne chez le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, qui appelle l’Union européenne à faire bloc autour du triptyque : désescalade, négociation, respect du droit international.

Le gouvernement espagnol prend soin de le préciser : cette position ne vaut en rien absolution pour Téhéran. Madrid continue de dénoncer la répression exercée par le régime iranien et ses atteintes répétées aux droits fondamentaux. 

 

Crise en Iran : Madrid exclut toute assistance militaire depuis Rota et Morón

Point névralgique de la crise : les bases américaines de Rota et Morón de la Frontera, en Andalousie. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a assuré que ces installations « n’ont apporté aucun type d’assistance » aux frappes contre l’Iran. Le gouvernement souligne que l’accord de coopération avec les États-Unis doit s’appliquer dans le respect de la légalité internationale. En l’absence de mandat multilatéral, Madrid affirme ne pas autoriser l’utilisation des bases pour cette opération.

Dans ce contexte, des avions américains stationnés à Morón ont quitté la base, selon plusieurs médias espagnols. A cette heure, aucune tension diplomatique officielle n’a été annoncée, mais cet épisode illustre la délicatesse des équilibres entre Madrid et Washington.

 

Une Europe divisée : la position espagnole se distingue de celle de plusieurs grandes capitales européennes. Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont évoqué des mesures « défensives » afin de protéger leurs intérêts et ceux de leurs partenaires dans la région. L’Union européenne, pour sa part, appelle officiellement à la « modération » et à la désescalade, sans aller jusqu’à condamner explicitement les frappes initiales.


 

Une cellule de crise pour protéger les 30.000 ressortissants espagnols au Moyen-Orient

Le ministère des Affaires étrangères a activé une cellule de crise afin de suivre la situation des quelque 30.000 ressortissants espagnols présents au Moyen-Orient. Les autorités indiquent être en contact régulier avec les ambassades et les communautés concernées, et assurent que des dispositifs d’assistance sont opérationnels.

Dans le même temps, plus d’un millier de militaires espagnols sont déployés dans la région, notamment au Liban dans le cadre de la mission des Nations unies, ainsi qu’en Irak et en Turquie. Le ministère de la Défense affirme que les mesures de sécurité ont été renforcées en fonction de l’évolution de la situation.

À ce stade, aucune évacuation massive n’est annoncée. Les autorités précisent toutefois que des plans d’urgence existent et pourraient être activés si le contexte venait à se détériorer.


 

Fracture politique à Madrid

En Espagne, la crise a rapidement pris une dimension politique intérieure. Le président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a défendu un alignement « avec les démocraties libérales » et rappelé les violations des droits humains du régime iranien.

La vice-présidente et ministre du Travail, Yolanda Díaz, a pour sa part appelé à un cessez-le-feu immédiat et à une désescalade. Santiago Abascal, président de Vox, accuse le gouvernement d’affaiblir les alliances occidentales et de fragiliser la position internationale de l’Espagne.

Le conflit au Moyen-Orient s’invite ainsi au cœur du débat national. Pour l’exécutif, la ligne reste constante : défense du droit international, refus de toute action militaire sans mandat multilatéral et priorité donnée à la négociation.

La question reste ouverte : cette posture marginalisera-t-elle Madrid au sein de l’Union européenne ou renforcera-t-elle son image d’acteur attaché aux règles internationales dans un contexte de fortes tensions ?

 

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