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En Espagne, un enfant sur quatre vit dans la pauvreté

En Espagne, la pauvreté infantile reste à un niveau élevé : près d’un enfant sur quatre est concerné, malgré plusieurs années de croissance économique.

un enfant pauvre marchant de dos dans une ruelle en espagneun enfant pauvre marchant de dos dans une ruelle en espagne
@Honzo, Unsplash.

Derrière les courbes flatteuses de la croissance, une réalité beaucoup plus sombre s’impose. En 2025, l’Espagne reste en tête d’un classement bien moins enviable : celui de la pauvreté infantile en Europe. Selon Eurostat, 28,4 % des mineurs vivent aujourd’hui sous le seuil de risque de pauvreté, soit près de neuf points au-dessus de la moyenne de l’Union. Et lorsque l’on élargit le champ à l’indicateur de pauvreté ou d’exclusion sociale, plus englobant, la réalité s’assombrit encore : près d’un enfant sur trois est concerné.

 

En Espagne, la pauvreté s’installe même chez ceux qui travaillent

Rien de passager dans cette mécanique. La pauvreté infantile s’installe, s’ancre, traverse les cycles sans vraiment reculer. Depuis plus d’une décennie, l’Espagne se maintient parmi les pays les plus touchés de l’Union, croissance ou non.

Aujourd’hui, environ 25,7 % de la population — près de 12,5 millions de personnes — vit en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, selon les données de la EAPN-ES. Un niveau bien au-dessus de la moyenne européenne, établie à 20,9 %.

Après le choc de la pandémie, les indicateurs ont légèrement reflué. Mais sans effacer la trace laissée par la crise. Le niveau reste élevé, et surtout solidement installé dans le paysage social.

L’un des paradoxes les plus frappants tient au rôle du travail. En Espagne, avoir un emploi ne garantit plus de sortir de la pauvreté. Près de 11,2 % des actifs occupés vivent sous le seuil de pauvreté, l’un des taux les plus élevés de l’Union européenne.

 Plus révélateur encore : une part importante des enfants concernés vivent dans des foyers où au moins un adulte travaille. Une réalité qui met en lumière les limites d’un marché du travail marqué par la précarité, les bas salaires et une forte segmentation.

Comprendre la pauvreté infantile : la pauvreté infantile ne se limite pas à des situations extrêmes. En Europe, un enfant est considéré à risque lorsque son foyer vit avec moins de 60 % du revenu médian. Un indicateur plus large, appelé AROPE, inclut aussi les difficultés matérielles (payer le logement, se chauffer, se nourrir) et le manque d’emploi dans le foyer. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’un manque d’argent, mais d’un cumul de fragilités qui pèsent durablement sur le quotidien et sur l’avenir.

 

 

La population infantile en Espagne a diminué de moitié depuis 1960


 

Le logement, machine à précariser

À cette fragilité s’ajoute un autre étau : le logement. En Espagne, près de 30 % des personnes en situation de pauvreté consacrent plus d’un tiers de leurs revenus à se loger. Et pour certains ménages, la facture grimpe bien au-delà, rognant sur tout le reste :  alimentation, santé, éducation.

La faiblesse du parc de logements sociaux n’arrange rien. Trop peu d'offres publiques, trop de pression sur le privé : l’équation devient vite intenable pour les plus modestes.

Dans ce contexte, certaines familles encaissent de plein fouet. Monoparentales, nombreuses ou d’origine étrangère, elles concentrent les situations les plus tendues. Jusqu’à faire basculer, dans certains cas, plus d’un enfant sur deux.

Derrière ces chiffres, des trajectoires qui se fissurent : scolarités perturbées, santé fragilisée, horizons qui se rétrécissent. Une précarité qui ne se contente pas de durer mais façonne déjà l’avenir.

 

Un modèle redistributif moins efficace : face à cette situation, les politiques publiques peinent à compenser. En Espagne, les transferts sociaux réduisent la pauvreté de 23,2 %, contre 33,2 % en moyenne dans l’Union européenne — et plus de 50 % dans certains pays comme la Belgique ou l’Irlande. Un écart qui interroge la capacité du système à protéger les ménages avec enfants, alors même que leur coût de vie est plus élevé.

 

 

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Une croissance qui laisse des enfants de côté

Le paradoxe espagnol n’est plus vraiment un mystère. Une économie qui avance, tirée par les services et le tourisme, mais dont les gains se diffusent mal ou trop peu.

Depuis près de vingt ans, la pauvreté infantile navigue entre 25 % et 30 %, sans véritable rupture, y compris dans les phases de croissance. Comme si la reprise restait à la porte de certains foyers. Ce décalage met en lumière les limites d’un modèle fondé sur des emplois peu qualifiés et des salaires qui peinent à suivre l’inflation.

Pour les organisations sociales, le diagnostic est posé depuis longtemps : sans réformes de fond — sur le logement, le marché du travail et les aides aux familles — la trajectoire a peu de chances de s’inverser. Car derrière les chiffres, il y a des millions d’enfants qui grandissent avec moins de marge ni d’options. Et une question qui revient, obstinément : comment une économie en croissance laisse-t-elle autant de jeunes sur le bord de la route ?

 

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