Israël exclut l’Espagne d’un centre clé à Gaza et hausse le ton contre le gouvernement Sánchez, dans une relation bilatérale désormais au plus bas.


La rupture couvait, elle éclate désormais au grand jour. En accusant l’Espagne de mener une « guerre diplomatique » contre Israël et en écartant ses représentants d’un dispositif clé lié à Gaza, Benjamin Netanyahu durcit encore le bras de fer avec le gouvernement de Pedro Sánchez.
Vendredi, dans un message vidéo au ton tranchant, le Premier ministre israélien a prévenu : « Je ne permettrai à aucun pays de mener une guerre diplomatique contre nous sans en payer le prix. » Dans la foulée, la sanction tombe : l’Espagne est exclue du Centre de coordination civilo-militaire (CMCC), installé à Kiryat Gat, structure chargée de suivre le cessez-le-feu à Gaza et de coordonner l’aide humanitaire.
Gaza : Israël écarte l’Espagne du jeu diplomatique
Placée sous supervision américaine, cette structure réunit plusieurs pays engagés dans la stabilisation de la bande de Gaza. La présence espagnole y était certes limitée, mais son éviction revêt une forte portée politique.
Pour Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères, le motif ne fait guère de doute : le « biais anti-israélien » du gouvernement espagnol rendrait impossible toute contribution jugée constructive au dispositif.
En creux, le message est limpide : aux yeux d’Israël, Madrid n’est plus un acteur pertinent dans ce cadre ni, au-delà, dans les discussions sur l’après-Gaza.
Chronique d’une dégradation annoncée
La rupture ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une dégradation lente mais continue des relations entre les deux pays depuis 2024, lorsque l’Espagne a reconnu l’État palestinien, entraînant un refroidissement immédiat des liens diplomatiques.
Depuis, les crispations s’empilent. Madrid a durci le ton contre l’offensive israélienne à Gaza, évoquant des violations « flagrantes du droit international humanitaire ». Plus récemment, le gouvernement de Pedro Sánchez a appelé l’Union européenne à suspendre son accord d’association avec Israël, tout en limitant l’accès à son espace aérien et maritime à certains transports d’armes à destination de l’État hébreu.
En parallèle, l’Espagne s’est opposée à l’offensive américano-israélienne contre l’Iran et a rouvert son ambassade à Téhéran après le cessez-le-feu conclu avec Washington. Un signal que Tel-Aviv interprète comme une provocation supplémentaire.
Espagne-Israël : l’escalade des mots, le gel des relations
La crise a pris une tournure particulièrement virulente sur le plan rhétorique. Le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, a ainsi qualifié Pedro Sánchez de « complet et absolu “don nadie” », l’accusant d’un « alignement délibéré » avec l’Iran, le Hamas ou encore le Hezbollah.
Côté espagnol, la riposte se veut plus contenue. Le chef de la diplomatie, José Manuel Albares, a dénoncé des propos « absurdes et calomnieux », tout en rappelant que Madrid soutient les sanctions européennes contre l’Iran et condamne les violations des droits humains. Reste que, derrière les formules, la distance s’est installée, et elle paraît, à ce stade, difficile à réduire.
Au fond, la séquence dit quelque chose de plus large. L’Espagne s’installe parmi les voix européennes les plus critiques de la politique israélienne, à rebours de la prudence affichée par plusieurs de ses partenaires.
Une ligne assumée, qui recompose son positionnement diplomatique au risque d’alimenter encore les frictions avec Israël, dans un contexte régional déjà sous haute tension.
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