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Immigration en Espagne : en deux ans, un quart des étrangers sont arrivés

En deux ans, l’Espagne a vu affluer près d’un quart de sa population étrangère actuelle. Une accélération spectaculaire qui redessine en profondeur le visage démographique du pays.

des passants de dos issus de la diversité dans une rue de barcelonedes passants de dos issus de la diversité dans une rue de barcelone
@Danique Veldhuis, pexels.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 29 avril 2026

L’Espagne se transforme, rapidement. D’après les dernières données du Institut national de la statistique espagnol (INE), près d’un quart des étrangers aujourd’hui installés dans le pays sont arrivés en l’espace de deux ans, entre 2023 et 2024. Un rythme qui bouscule les équilibres démographiques.

Au 1er janvier 2025, 9,46 millions de personnes nées à l’étranger vivaient en Espagne. Parmi elles, 2,3 millions, soit 24,4 %, se sont installées très récemment. À titre de comparaison, ce volume d’arrivées se rapproche déjà de celui enregistré sur toute une décennie, entre 2001 et 2010.

 

L’Espagne, l’un des principaux pays d’immigration en Europe

 

Immigration en Espagne : une accélération inédite en quelques années

Le phénomène dépasse largement l’effet conjoncturel. En 2024 seulement, les nouvelles arrivées représentent 12,8 % des résidents étrangers actuels. Autrement dit, en quelques années, l’Espagne enregistre des volumes d’installation qui, jusque-là, s’étalaient sur une décennie.

Cette accélération s’inscrit dans un contexte d’attractivité économique relative et de stabilité, qui continue de placer le pays parmi les destinations privilégiées à l’échelle européenne.

 

Espagne : plus de 10 millions d’immigrés et bientôt 50 millions d’habitants


 

Le virage latino-américain

Le profil des nouveaux arrivants a lui aussi évolué. Là où les années 2000 étaient marquées par une immigration européenne et d’Europe de l’Est, la vague actuelle provient majoritairement d’Amérique latine.

Les proportions parlent d’elles-mêmes : 34,7 % des Colombiens vivant aujourd’hui en Espagne sont arrivés en 2023 ou 2024, 32,4 % des Péruviens, 31,3 % des Vénézuéliens. En toile de fond, une montée en puissance rapide : les arrivées en provenance de Colombie, par exemple, sont passées d’environ 53.000 en 2021 à plus de 173.000 en 2024.

À l’inverse, certaines communautés — bolivienne, équatorienne ou roumaine — relèvent désormais d’une immigration plus ancienne, largement installée depuis les années 2000.

Autre bascule, plus récente : l’arrivée de ressortissants ukrainiens. Près de la moitié des 209.000 résidents actuels ont rejoint l’Espagne au cours des trois dernières années, dans le sillage de la guerre.

 

Un pays entre enracinement et mobilité : ce bouleversement migratoire tranche avec une population espagnole plus stable : 34,7 % des habitants vivent toujours dans leur commune de naissance. L’enracinement reste fort à Cordoue (57,1 %), Murcie (54 %) ou Séville (50 %), quand des territoires comme L'Hospitalet de Llobregat ou Palma apparaissent nettement plus mobiles. Les grandes villes, elles, concentrent les flux : à Madrid, près d’un quart des habitants viennent d’une autre région ; à Barcelone, plus d’un sur quatre est né à l’étranger.

 

Travail, diplômes : les contrastes de l’immigration en Espagne

Par-delà les flux, le profil socio-économique des populations immigrées dessine un paysage contrasté. Sur le marché du travail, certaines nationalités se distinguent par des niveaux d’activité élevés : les ressortissants chinois affichent un taux d’emploi de 61,5 %, tandis que les Équatoriens et les Roumains dépassent les 56 %. À l’inverse, les Britanniques présentent un taux nettement plus faible (24 %), reflet en partie de profils moins insérés dans l’emploi.

Même ligne de fracture du côté de l’éducation. Si 33,6 % de la population en Espagne possède un diplôme supérieur, certaines communautés tirent la moyenne vers le haut. C’est le cas notamment des Vénézuéliens, des Français ou des Argentins, dont près d’un sur deux est diplômé de l’enseignement supérieur.

Les chiffres le confirment : l’Espagne est entrée dans une nouvelle séquence migratoire. Plus rapide, plus diverse, plus urbaine, cette dynamique recompose à la fois la démographie, le marché du travail et les équilibres territoriaux. Et elle s’inscrit dans la durée : selon les estimations les plus récentes de l’Institut national de la statistique espagnol, le pays compte déjà plus de 10 millions de résidents nés à l’étranger début 2026. Une transformation discrète, mais massive, au point de s’imposer comme l’un des moteurs structurants de l’Espagne contemporaine.

 

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