Édition internationale

Trafic aérien : l’Espagne leader européen, sous pression croissante

Records de vols, afflux massif de passagers, compagnies parmi les plus ponctuelles d’Europe… En 2025, l’aviation espagnole a tourné à plein régime. Mais derrière ces performances flatteuses, le secteur opère désormais en haute densité permanente, au prix de tensions croissantes sur les infrastructures, les personnels et la sécurité du système.

avion commercial blanc de face en phase de décollage avion commercial blanc de face en phase de décollage
@Pixabay
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 4 février 2026

2025 fera date dans l’aviation espagnole. Jamais le pays n’avait absorbé un tel volume de vols et de passagers. Près de 2,5 millions de vols gérés, plus de 320 millions de voyageurs : des chiffres qui installent l’Espagne parmi les poids lourds du ciel européen.

Reste une question, plus inconfortable qu’il n’y paraît : comment poursuivre cette croissance sans mettre sous tension la sécurité, les conditions de travail et, à terme, la qualité du service ?

 

Le ciel espagnol sous haute densité

En 2025, ENAIRE, l’organisme public chargé du contrôle aérien en Espagne, a frôlé les 2,5 millions de vols gérés, en hausse de 4,7 % sur un an et désormais bien au-delà des niveaux d’avant-pandémie. Une montée en charge continue, sans dérapage majeur : les retards imputables au contrôle aérien ont reculé de 7 %, pour s’établir à 0,14 minute par vol, parmi les meilleurs scores européens.

L’été, on s’en doute, a concentré les pics d’activité. En juillet, le trafic a atteint un sommet historique avec plus de 244.000 vols, aussitôt confirmé par un mois d’août tout aussi dense. Dans ce ciel saturé, le système espagnol a néanmoins tenu le cap, conservant pour la cinquième année consécutive la plus haute certification européenne en matière de sécurité.

 

Records de passagers, pression généralisée

Du côté des aéroports, la cadence est tout aussi soutenue. En 2025, Aena, le gestionnaire public des infrastructures aéroportuaires, a vu transiter 321,6 millions de passagers, soit 3,9 % de plus qu’en 2024 — un nouveau record pour un réseau déjà largement sollicité.

Août a concentré l’essentiel de la poussée, frôlant à lui seul les 39 millions de voyageurs. Plus révélateur encore : 21 aéroports ont battu simultanément leurs propres records de fréquentation. Le signe d’un trafic plus diffus sur l’ensemble du territoire, moins polarisé autour de Madrid et Barcelone, mais aussi d’une pression qui s’exerce désormais sur l’ensemble du réseau, des grands hubs aux plateformes régionales.

 

Madrid-Barajas et Barcelone-El Prat, piliers du système : Madrid-Barajas reste le principal hub du pays, avec environ six millions de passagers par mois à l’automne, porté par l’essor des liaisons vers l’Asie et le Moyen-Orient. Sa programmation hivernale a atteint un record de 33,9 millions de sièges. À Barcelona-El Prat, l’activité demeure soutenue. L’aéroport catalan conserve une place centrale en Méditerranée, mais évolue sous fortes contraintes, entre saturation chronique et durcissement des exigences environnementales.


 

Retards et annulations : les passagers à l’épreuve du trafic record

Cette montée en puissance n’a pas été sans effets collatéraux pour les voyageurs. Selon le rapport annuel d’AirHelp, 34 millions de passagers ont subi retards ou annulations sur des vols au départ de l’Espagne en 2025. Une proportion significative — près d’un vol sur quatre —, même si 76 % des opérations ont été effectuées à l’heure, un taux en légère amélioration sur un an.

Plus de 1,25 million de voyageurs étaient éligibles à une indemnisation au titre de la réglementation européenne. Le rapport pointe surtout la forte interdépendance du trafic espagnol avec le reste du ciel européen : la grève des contrôleurs aériens en France, le 3 juillet, a ainsi provoqué la journée la plus perturbée de l’année pour les vols au départ d’Espagne.

 

Les compagnies espagnoles brillent à l’international

Dans ce contexte sous tension, certaines compagnies espagnoles tirent néanmoins leur épingle du jeu. D’après le On-Time Performance Review de Cirium, Iberia Express s’est hissée en 2025 en tête du classement européen de la ponctualité, avec 88,94 % de vols arrivant à l’heure.

Sa maison-mère, Iberia, figure elle aussi parmi les dix compagnies les plus ponctuelles au monde, confirmant la robustesse du modèle opérationnel espagnol.

Ces performances, flatteuses sur le papier, disent aussi autre chose : un système qui fonctionne en haute densité quasi permanente, où la pression sur les équipages, les contrôleurs et les infrastructures s’intensifie, tandis que les marges de manœuvre se réduisent au moindre incident.

 

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