L’Espagne affronte sa première vague de chaleur de l’été, avec des pointes attendues jusqu’à 42 ºC. Derrière cet épisode spectaculaire se dessine une tendance de fond : les canicules arrivent plus tôt, s’installent plus longtemps et deviennent un enjeu sanitaire majeur.


L’été vient à peine de commencer, l’Espagne suffoque déjà. Depuis ce dimanche 21 juin, une première vague de chaleur s’installe sur une grande partie du pays sous l’effet d’une masse d’air brûlant remontant du sud. Selon l’Agence nationale de météorologie (Aemet), l’épisode devrait durer jusqu’au milieu de la semaine, avant un léger répit attendu à partir de jeudi, principalement dans l’ouest de la péninsule.
Dans plusieurs régions, les températures franchiront la barre des 40 ºC. En Andalousie, notamment dans la vallée du Guadalquivir, le mercure pourrait localement atteindre 42 ºC. L’intérieur du Pays basque a été placé en alerte rouge, un niveau rarement observé dans cette partie du pays, tandis que de vastes zones du nord, du centre et du sud sont concernées par des alertes orange.
Et la nuit ne permettra guère de reprendre son souffle. Sur le littoral méditerranéen, dans la vallée de l’Èbre, aux Baléares ou dans une grande partie du centre et du sud de l’Espagne, les températures resteront souvent au-dessus de 20 ºC après le coucher du soleil. Par endroits, elles pourraient même ne pas descendre sous les 25 ºC, ces fameuses « nuits torrides » où la chaleur s’invite jusque dans les chambres et semble ne plus vouloir repartir.
21/06 11:48 AVISOS HOY Y MAÑANA | España: tormentas, temperaturas máximas y lluvias. Nivel máximo de aviso: rojo.
— AEMET (@AEMET_Esp) June 21, 2026
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Canicule : 22 millions d'Espagnols en zone de risque
Au-delà de l’inconfort, le risque est avant tout sanitaire. Le ministère espagnol de la Santé rappelle que les épisodes de chaleur extrême peuvent avoir des conséquences graves, voire mortelles, notamment pour les personnes âgées, les malades chroniques, les jeunes enfants ou les habitants de logements mal adaptés aux fortes températures.
Le précédent épisode, survenu à la fin du mois de mai, en donne déjà un aperçu. Selon le système de surveillance de la mortalité MoMo, il a été associé à une surmortalité de 101 décès, un niveau jamais observé pour un mois de mai depuis la création de cet outil en 2015.
Ce dimanche, près de 22 millions de personnes vivent dans des zones où le risque sanitaire est jugé moyen ou élevé. Face à cette situation, les autorités multiplient les appels à la prudence : éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes, boire régulièrement, rechercher l'ombre ou les espaces rafraîchis et veiller particulièrement sur les personnes les plus vulnérables.
Comment l’Espagne lutte contre les fortes chaleurs ?
À Madrid, la vigilance est même sortie du cadre sanitaire pour s'inviter dans la vie quotidienne. La municipalité a décidé d'annuler la retransmission sur écran géant du match Espagne-Arabie saoudite prévue sur la Plaza de Colón. Un choix dicté par la météo : la capitale pourrait frôler les 39 ºC au plus fort de la journée, rendant tout rassemblement en plein air potentiellement risqué.
⚠️ ACTUALIZACIÓN AVISO ESPECIAL | Ola de calor.
— AEMET (@AEMET_Esp) June 20, 2026
➡️ Temperaturas nocturnas y diurnas muy altas. Hasta el jueves 25 no bajarán.
➡️ Peligro importante en actividades al aire libre y personas vulnerables.
➡️ Aumento del peligro de incendios.
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La fin de l'exception
Cette première vague de chaleur impressionne par son intensité, mais aussi par sa précocité. Car ce qui était encore exceptionnel il y a quelques décennies tend désormais à devenir habituel. Les canicules arrivent plus tôt dans l'année, s'installent plus souvent et s'attardent davantage.
Les chiffres de l'Aemet témoignent de cette évolution. Entre 1975 et 2000, l'Espagne péninsulaire n'a connu que deux vagues de chaleur au mois de juin. Entre 2000 et 2025, elles ont été dix ! Les chercheurs estiment d'ailleurs que le début de la saison des canicules avance d'environ quatre jours par décennie, prolongeant progressivement la période des fortes chaleurs.
La tendance ne se limite pas au calendrier. Les vagues de chaleur sont aussi plus fréquentes et plus persistantes. Près de 40 % de celles recensées depuis les années 1970 se sont produites au cours des dix dernières années. Leur durée moyenne a elle aussi augmenté, passant d'environ cinq jours à plus de sept jours. Autrement dit, lorsque la chaleur s'installe aujourd'hui, elle a davantage tendance à durer. Une évolution qui transforme peu à peu les étés espagnols et brouille la frontière entre les épisodes exceptionnels et la nouvelle “normalité” climatique.
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En effet, pour les climatologues, cette évolution s’inscrit dans une tendance de fond liée au réchauffement climatique. Depuis 1961, la température moyenne de l'Espagne a augmenté d'environ 1,75 ºC.
Les scientifiques constatent une évolution nette : les canicules arrivent plus tôt, se prolongent davantage et atteignent des niveaux d'intensité rarement observés auparavant. Les quatre dernières années ont d'ailleurs été les quatre plus chaudes jamais enregistrées en Espagne, confirmant l'accélération du phénomène.
Cette chaleur précoce fait également monter l'inquiétude sur un autre front : celui des incendies. Après plusieurs printemps humides, la végétation s'est développée abondamment dans certaines régions. Mais sous l'effet des températures élevées et de l'assèchement rapide des sols, cette masse végétale peut devenir un combustible redoutable. L'Aemet prévoit ainsi un risque très élevé, voire extrême, dans plusieurs zones du nord et de l'est de la péninsule au cours des prochains jours.
Les autorités rappellent les consignes de prudence : s'hydrater régulièrement, éviter les efforts aux heures les plus chaudes, rechercher des espaces frais et veiller sur les personnes les plus vulnérables.
Il y a un quart de siècle, une vague de chaleur en juin était un événement rare. En 2026, elle accompagne l'arrivée de l'été. C'est peut-être là le signe le plus parlant du changement climatique : ce qui surprenait hier commence à devenir familier.
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