Édition internationale

Black Orchid : Une Française revisite le "damasquinage" dans son atelier de Tolède

Elle est née à Dakar dans une famille aux racines grecques, belges et écossaises et revendique une identité construite dans le mouvement. "Je suis vraiment issue d’une famille à la croisée de l’immigration et de l'expatriation", confie la Française Mary Astrid Collet, résumant une biographie marquée par les déplacements, les cultures superposées et un rapport naturel à l’ailleurs.

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Mary-Astrid Collet, fondatrice de Black Orchid, à Tolède / DR

En Espagne, cet artisan d'art au parcours peu conventionnel est devenue une référence pour sa capacité à revisiter le "damasquinage", cette technique typiquement tolédane, consistant à incruster des fils de métaux précieux dans de l’acier. Elle est aussi connue au sein de la communauté française, pour les bijoux qu'elle créée, restaure et transforme . Portrait d'une professionnelle aux doigts d'or et d'argent.

Avant de poser ses outils en Castille, Mary Astrid Collet a d’abord évolué dans des univers où la précision technique est centrale. Sa trajectoire l'a notamment conduit à se faire un nom dans l’aménagement d’intérieurs de jets privés, mais aussi dans des projets d’exception liés à l’automobile et à l'hôtellerie de luxe. De ses travaux pour l'industrie du luxe et les grandes institutions, à l'instar du Mobilier national, elle évoque les contraintes industrielles, l'exigence absolue dans la maitrise des savoir-faire et la qualité des matériaux sélectionnés. Durant cette première vie professionnelle elle développe une discipline du détail et une compréhension fine de la matière. 

"Avec le 11 septembre, on a tout perdu", se rappelle-t-elle pourtant -l'industrie aéronautique chamboulée par les attentats de 2001 modifie totalement les marchés. Forte de cette expérience, Mary Astrid restructure son offre et ouvre quelques temps plus tard un cabinet de design au Bourget, où elle se forge une renommée et un carnet d'adresse au sein des compagnies aériennes, avant de tourner définitivement la page quelques années plus tard.

Saumur, la joaillerie comme une évidence

La main reste active, mais l’échelle change. Mary Astrid s’oriente vers la restauration d’objets d'art, puis vers les bijoux, comme une continuité naturelle de son rapport aux matières. La transition vers la joaillerie s’opère à Saumur, après une première expérience dans les antiquités et la restauration de bijoux anciens. Elle se forme  à  l’Institut de Bijouterie pendant 4 ans,  obtient plusieurs diplômes, et découvre un métier qui synthétise ses acquis passés. "J’ai travaillé dans le luxe sur une grande échelle. Travailler dans la joaillerie, c’est exactement la même chose sauf que l'on travaille en tout petit", explique-t-elle. Cette lecture technique du métier devient le fil conducteur de son approche. Durant sa formation, elle apprend aussi une autre dimension du métier, plus intime : restaurer un bijou ne consiste pas seulement à réparer un objet, mais à intervenir sur une mémoire, parfois une histoire familiale. Une approche qui préfigure déjà ce que deviendra plus tard son travail en atelier.

Tolède, rencontre avec le damasquinage

L’arrivée en Espagne se fait par le biais de sa vie personnelle, mais Tolède s’impose rapidement comme une évidence. Elle découvre la ville, ses ruelles, sa densité historique, et s’y projette immédiatement. C’est aussi dans cette ville qu’elle découvre une technique emblématique, le damasquinage, qui consiste à incruster de l’or dans l’acier. Elle se forme auprès de maîtres locaux et s’approprie progressivement ce savoir-faire ancien. "J’ai eu la grande chance d’être initiée et de suivre des cours avec Oscar Martín Garrido, Maestro Damasquinador à Tolède", déclare-t-elle.

Dans son travail, elle ne cherche pas à reproduire cette technique à l’identique mais à l’intégrer dans une écriture contemporaine. Le damasquinage devient alors un langage parmi d’autres, un pont entre tradition et création actuelle, une "mémoire incrustée". Cette approche lui permet de relier son expérience de restauratrice à sa pratique de joaillière.

 

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Chaque bijou naît d’une construction progressive, jamais standardisée / DR


Black Orchid, un bijou, une histoire

Installée à Tolède, face au centre historique, Mary-Astrid Collet fonde Black Orchid, un atelier qui devient rapidement le cœur de son activité. L’espace est pensé comme un lieu de création mais aussi d’échange, où chaque projet commence par une conversation. La Française insiste sur cette dimension humaine du travail. "Le client vient avec une idée : mon travail consiste à la concrétiser", résume-t-elle, décrivant un processus fait de dialogue, de croquis, d’ajustements et de fabrication. Chaque bijou naît ainsi d’une construction progressive, jamais standardisée. Son approche repose aussi sur une compréhension fine de la personne. Elle interroge les habitudes, les goûts, la personnalité, les usages du quotidien, soulignant une démarche presque intuitive du sur mesure.
 
Depuis bientôt 10 ans, Black Orchid attire une clientèle locale mais aussi internationale.  L’atelier s’inscrit dans un réseau discret mais actif, nourri par le bouche à oreille et les rencontres. Il devient ainsi un point de contact entre plusieurs mondes, entre expatriation et ancrage local. Dans ce parcours, Tolède n’est pas seulement un décor mais un véritable espace de construction personnelle et professionnelle. Mary-Astrid Collet y a trouvé un lieu où son histoire, ses savoirs-faire et ses créations peuvent converger. Black Orchid est né de la synthèse d’un itinéraire fait de ruptures, de transmissions et de continuités, où la joaillerie devient une manière d’habiter le temps autant que la matière.

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