Croissance, emploi, productivité, investissement : selon Goldman Sachs, l'Espagne dispose aujourd'hui de plusieurs atouts qui lui permettent de faire mieux que la plupart des grandes économies européennes. La banque américaine estime même que le pays pourrait croître trois fois plus vite que la zone euro en 2026. Décryptage.


Pendant longtemps, l'Espagne a traîné la réputation d'une économie dopée au tourisme et à la brique. Aujourd'hui, le regard porté sur le pays semble évoluer. Dans plusieurs notes publiées ces dernières semaines, Goldman Sachs estime que la bonne santé de l'économie espagnole ne repose plus seulement sur un contexte favorable ou sur la vigueur de la consommation. Derrière les chiffres de croissance se dessinerait une transformation plus profonde, portée par l'investissement, la productivité et la montée en gamme de certains secteurs d'activité.
Productivité : l'atout inattendu de l'Espagne selon Goldman Sachs
Avec une croissance attendue de 2,1 % en 2026, contre 0,7 % pour la zone euro, l'Espagne devrait continuer à creuser l'écart avec une grande partie de ses voisins européens. Une performance qui n'est plus perçue comme un effet de rattrapage post-pandémie.
Pour Goldman Sachs, quelque chose de plus profond est à l'œuvre. La banque américaine voit dans la combinaison d'un marché du travail robuste, d'une productivité en hausse, d'investissements soutenus et de finances publiques relativement solides les signes d'une économie plus résistante qu'au cours des cycles précédents.
L'un des éléments les plus remarqués concerne la productivité. L’indicateur mesure la capacité d'un pays à produire davantage de richesse avec les mêmes ressources. Or depuis 2021, l'Espagne fait mieux que l'Allemagne, la France et l'Italie en matière de richesse produite par salarié et par heure travaillée.
Le pari des emplois plus qualifiés
Cette progression va de pair avec une évolution du marché de l'emploi. Si le chômage reste élevé au regard des standards européens, il n'a jamais été aussi faible depuis la crise financière de 2008. Dans le même temps, les recrutements se déplacent vers des secteurs plus qualifiés et mieux rémunérés, comme les services aux entreprises, la finance et les technologies numériques.
Selon Goldman Sachs, l'emploi dans ces activités a progressé de plus de 20 % depuis 2019, soit environ deux fois plus vite qu'en France ou en Italie. Cette montée en gamme contribuerait directement à l'amélioration de la productivité observée ces dernières années.
L'investissement, clé de la croissance de demain
Mais c'est sans doute l'investissement qui retient le plus l'attention de la banque américaine. Goldman Sachs souligne que l'investissement total a retrouvé son niveau d'avant la crise des dettes souveraines et estime que l'Espagne est en passe de combler son retard sur les grandes économies occidentales. Rapporté au PIB, son taux d'investissement devrait progressivement rejoindre, voire dépasser, ceux observés dans la zone euro, aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Surtout, la composition de cet effort d'investissement apparaît particulièrement prometteuse. Les dépenses consacrées aux machines, aux équipements industriels, aux logiciels, à la recherche, aux brevets ou encore aux actifs numériques atteignent aujourd'hui leur plus haut niveau depuis vingt-cinq ans.
Derrière ces chiffres se jouerait une part essentielle de la croissance future. Lorsqu'elles investissent dans l'automatisation, les nouvelles technologies ou l'innovation, les entreprises améliorent leur capacité à produire davantage et plus efficacement. C'est précisément ce qui conduit Goldman Sachs à voir dans l'Espagne d'aujourd'hui autre chose qu'un simple cycle de croissance favorable.
Immigration, dette et fonds européens : les autres piliers du modèle espagnol
Parmi les autres facteurs mis en avant par Goldman Sachs figure l'immigration. La banque estime que l'arrivée de nouveaux travailleurs a largement contribué à soutenir la croissance ces dernières années en répondant aux besoins de secteurs confrontés à des difficultés de recrutement. Une dynamique qui alimente aussi la croissance démographique du pays, même si elle accentue parallèlement les tensions déjà fortes sur le marché du logement.
Les finances publiques constituent un autre point de satisfaction pour les investisseurs. Malgré les aides déployées pour amortir l'impact de la hausse des prix de l'énergie, l'Espagne est parvenue à préserver sa crédibilité sur les marchés. Selon les projections de Goldman Sachs, elle devrait même être le seul des quatre grands pays de l'Union européenne à voir son ratio dette publique sur PIB reculer au cours des trois prochaines années.
La banque souligne aussi le rôle des fonds européens dans cette dynamique. Si le plan de relance européen arrive progressivement à maturité, ses effets devraient, selon elle, continuer à irriguer l'économie espagnole. Goldman Sachs cite notamment le programme España Crece, qui ambitionne de mobiliser jusqu'à 120 milliards d'euros d'investissements publics et privés, notamment dans les infrastructures et le logement. De quoi prolonger, au moins en partie, l'élan d'investissement observé depuis plusieurs années.
Tourisme et politique, les deux points de vigilance
Le tableau n'est toutefois pas exempt de zones d'ombre. Goldman Sachs identifie deux principaux risques susceptibles de freiner cette dynamique.
Le premier concerne le tourisme, qui pèse environ 12,6 % du PIB espagnol. Dans un contexte de tensions énergétiques, une hausse durable du coût des transports pourrait décourager une partie des voyageurs internationaux. Selon les calculs de la banque, une baisse de 10 % des arrivées de touristes par avion suffirait à amputer la croissance espagnole d'environ 0,3 point de PIB.
L'autre incertitude est d'ordre politique. Les économistes rappellent que le gouvernement espagnol fonctionne toujours avec des budgets prorogés depuis les élections de 2023. À mesure que se rapprochent les prochaines échéances électorales, une période prolongée de blocage ou d'instabilité pourrait entamer la confiance des investisseurs, un élément que Goldman Sachs considère comme l'un des atouts actuels du pays.
Malgré ces réserves, le diagnostic de la banque américaine reste résolument optimiste. Derrière les chiffres de croissance, elle voit surtout une économie qui gagne en productivité, investit davantage et crée plus d'emplois qualifiés. Une évolution suffisamment marquée pour que l'Espagne ne soit plus seulement perçue comme la bonne élève de la reprise européenne, mais comme l'un des rares grands pays du continent engagés dans une transformation économique de fond.
Sur le même sujet











