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Joachim Garraud, l’ovni de la scène électro célèbre 40 ans de carrière à Los Angeles

En 40 ans de carrière, il a connu (et devancé) toutes les mutations de la scène électro française. Vendredi 12 juin, le DJ et producteur Joachim Garraud présentera son livre « I love my DJ life » et son documentaire « Modular California Vibes » à la Résidence de France, avant de faire danser la foule au Bastille Day, le 14 juillet à Downtown LA. À cette occasion, il nous a ouvert les portes de sa maison de Los Angeles, où il puise l’inspiration depuis 13 ans.

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Joachim Garraud pose avec un drapeau français sur le perron de sa maison le 27 avril, à Los Angeles. © Agnès Chareton
Écrit par Agnès Chareton
Publié le 5 mai 2026

 

En cette fin avril, les pétales des jacarandas déposent des tapis mauves le long des trottoirs de la Cité des Anges. Sweat à capuche gris et regard pétillant, Joachim Garraud nous ouvre la porte de sa résidence du Westside. C’est dans ce décor paisible que le DJ emblématique de la French Touch a posé ses valises il y a 13 ans, avec sa femme Annabel, professeur au Lycée français, et leurs quatre enfants (qui ont depuis quitté le nid)... Pour ne plus en repartir, sauf lorsqu’il voyage pour faire danser les foules du monde entier. 

À 57 ans, Joachim Garraud n’a pas perdu ses traits juvéniles et fourmille toujours de projets. Il vient de publier « I love my DJ life », un énorme pavé de plus de 500 pages (et 4 kg !), où il retrace, à l’aide de centaines d’images d’archives et de QR codes, 40 ans d’une carrière exceptionnelle au cœur de la scène électro française. L’ouvrage sera présenté vendredi 12 juin à la Résidence de France de Beverly Hills lors d’une soirée ouverte à la communauté française (lire ci-dessous) et mis en vente au profit de l’association Artur pour la recherche contre les tumeurs du rein, en hommage à son ami Fred Rister, décédé en 2019 de son neuvième cancer.

 

Joachim Garraud
Joachim Garraud était venu pour un an à Los Angeles avec sa famille en 2012... Et n'en est plus reparti. © Agnès Chareton

 

Tandis que son chien « Toufou » se love sur le canapé et que le chat file se cacher, Joachim Garraud nous parle, intarissable, de la genèse de ce projet. Tout est parti d’une fête, en janvier 2025, pour célébrer le 999ᵉ épisode de son podcast « ZeMixx », diffusé toutes les semaines sans interruption pendant 20 ans. Ce qui devait être « un livret de 16 pages » se transforme en un livre monumental, à mesure que le DJ replonge dans ses archives visuelles (il retrouve 30 000 photos !) et sonores, accumulées pendant des années.

 

Partager l’évolution du métier de DJ à la nouvelle génération

 

« J’avais envie de les partager avec la nouvelle génération, d’expliquer pourquoi notre métier a autant évolué, dit-t-il. Au début, je faisais danser 15 personnes dans le garage de mes parents à Nantes, et 30 ans après, je suis à Coachella, sur des scènes monstrueuses, devant 90 000 personnes ! » Le résultat : un livre « interactif », une « lecture augmentée » qui rembobine sa carrière fulgurante, comme pionnier de la French Touch aux côtés de David Guetta, Bob Sinclar, Laurent Garnier ou en collaboration avec des artistes internationaux (Kylie Minogue, Mylène Farmer, Beyoncé, Will.I.am) et raconte, en filigrane, la transformation du métier de DJ.

« ll y a 35 ans, personne ne voulait être DJ. Cela voulait dire être seul, travailler dans une discothèque et déplacer son matériel pour animer l'anniversaire d’un copain, se souvient Joachim Garraud. Aujourd’hui, ce sont des artistes qui sont entourés par une trentaine de salariés. Énormément de postes ont été professionnalisés, comme social manager, tour manager, la personne qui va gérer des contrats à l’étranger, le marketing, le merchandising, énumère-t-il. Ce métier qui était super underground et qui n’était pas réellement un métier, s’est professionnalisé dans plein de ramifications.»

Si Joachim Garraud a traversé les décennies, c’est qu’il a toujours multiplié les casquettes - DJ, mixeur, producteur- en faisant le choix assumé de l’indépendance. « Ma liberté, c’est mon plus grand luxe », affirme-t-il sans détour, même si celle-ci devient parfois « un handicap » : « Je suis moins exposé que certains artistes qui ont choisi de rejoindre de grosses structures. » Mais pour lui, c’est une condition essentielle de la création. « Parfois, je passe six mois sur un projet qui n’aboutit pas. Mais ça fait partie de ma curiosité. J’ai besoin d’explorer plein de directions. » 

 

La Californie, terrain de jeu et source d’inspiration

 

Dernière exploration en date : « OVP3 », son double album vinyle de 14 titres sorti en août 2025. Enregistré avec une technologie de « son immersif » développée par une société française installée à LA (L-Acoustics ), il a été composé dans son bus « LA good vibe » - son studio mobile alimenté à l’énergie solaire - au cours de ses virées dans le sud-ouest américain. C’est dans le désert, au bord de la mer, ou sous une nuit étoilée, qu’il puise l’inspiration. « J’ai une relation directe entre l’endroit où je me trouve et la vibe de ce qui m’entoure pour créer, dit-il. Quand on est dans le grand canyon, on a une humilité, on se sent tellement petit, tout est beau… On a envie de composer du beau et du large.»

 

 

Des paysages inouïs que Joachim Garraud fait régulièrement découvrir à d’autres artistes, qu’il emmène composer et enregistrer grâce à son bus solaire. « Mon bus solaire me permet de leur proposer un contenu musical et la vidéo qui va avec. La musique a évolué. Aujourd’hui, on vend un contenu avec une expérience. Les gens écoutent de la musique sur Instagram, sur Tik Tok. Il faut fournir de l’image. Dans le contexte d’aller enregistrer dans le désert, on fait de belles images avec le drone, j’ai développé la production de contenus audio-vidéo.»

L’un de ces road-trip musical est d’ailleurs au cœur de son documentaire « Modular California Vibes ». Dans ce film de 40 minutes, qui sera projeté le 12 juillet à la Résidence de France, il embarque trois autres producteurs, Franck Martin, Hugos Paris et Trovarsi, pour enregistrer leur musique à Alabama Hills, en face du Mont Whitney - « un des endroits les plus majestueux que l’on puisse voir en Californie »- au Soggy Dry Lake ( « une zone morte incroyable, un des seuls lieux où on peut être à l’extérieur et avoir un silence absolu »), à Trona Pinnacles, « une zone désertique qui ressemble à Mars ou à la lune », et à Big Bear, dans la montagne. 

 

Los Angeles, la douceur de vivre… et un équilibre entre les Etats-Unis et la France

 

Arrivé en 2012 à Los Angeles avec sa famille, Joachim Garraud n’a finalement jamais quitté la Californie, dont il apprécie « la douceur de vivre » et les paysages grandioses. « On devait rester un an… puis deux, puis trois. Et on a acheté la maison que l'on louait », sourit-il. Depuis, il a obtenu la nationalité américaine, tout en continuant à travailler étroitement avec l’Europe. 

« Je n’ai pas coupé avec la France. J’ai fait de l’additif, pas du soustractif » insiste-il. Vivre à Los Angeles ne l’a pas rapproché des artistes américains, mais plutôt des Européens de passage. « Ça m’a permis d’accueillir, de produire, de conseiller des artistes français ou européens qui venaient ici. » En ce moment, il travaille à distance avec son complice Jean-Michel Jarre, sur un album qui doit sortir à la fin de l’année, pour célébrer les 50 ans de son album « Oxygène ». 

 

Sur scène, une communion avec le public

 

Joachim Garraud
Joachim Garraud a fait danser 2500 personnes lors du premier concert de Bastille Day organisé par le consulat de France à Los Angeles, le 15 juillet 2025 à Downtown LA. © Agnès Chareton

 

En parallèle de ses multiples projets, la scène reste ce qui le fait vibrer. S’il ne voyage pas autant qu’il y a 10 ans (en 2015, il avait totalisé 155 concerts dans le monde !), Joachim Garraud passe encore environ 40% de son temps hors des États-Unis. L’été prochain, en plus des deux concerts de Bastille Day qu’il produira à New York le 12 juillet et à Los Angeles le 14, son agenda affiche des dates au Québec, à La Réunion, en Suisse, à Tahiti, en Corse, à Paris (avec son propre festival, Electrik Park, en septembre), en Allemagne, en Espagne et en Italie… « C’est juste dingue de se dire qu’on est payé pour faire danser les gens » apprécie toujours autant le DJ. « Mettre des sourires sur les visages, dans une période compliquée, c’est une chance énorme. » Une vie de DJ qui n’a pas fini de le combler.

 


Une soirée avec Joachim Garraud vendredi 12 juin à la Résidence de France. Vendredi 12 juin à 6:30 pm, le DJ présentera son livre “I love my DJ Life” lors d’une soirée ouverte à la communauté française de Los Angeles à la Résidence de France de Beverly Hills, en présence du consul Adrien Frier. Il sera possible d’acheter le livre sur place. L’intégralité des bénéfices seront reversés à l’association Artur pour soutenir la recherche médicale. Le documentaire “Modular California Vibes” sera également projeté. L’événement, gratuit, est ouvert à la communauté française, dans la limite d’une capacité de 70 personnes. Les inscriptions se font ici avant le 15 mai.

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