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Richard Orlinski, le géant de l'art contemporain comme chez lui en Californie

À Los Angeles, l’artiste français le plus vendu au monde se sent libre. Et débarrassé des mesquineries du milieu de l’art parisien, qui le juge trop populaire, trop commercial, trop kitsch. Portrait d’un sculpteur qui a trouvé dans la Cité des Anges une muse et un marché.

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Aux États-Unis, Richard Orlinski a trouvé un refuge et un marché. © DR
Écrit par Clément Thiery
Publié le 1 mai 2026

 

« J’étais à deux doigts d’y rester. » Au téléphone, on sent une pointe de nostalgie lorsque Richard Orlinski évoque son passage par le lycée de Pacific Palisades. Nous sommes au milieu des années 1980. En terminale, il imite un cousin et troque Neuilly pour la Californie. Une famille l’accueille à Brentwood, un quartier huppé de Los Angeles, et lui fait découvrir l’American way of life : école le matin, sport l’après-midi, sorties en bateau le week-end.

L’expérience aura une influence « prépondérante » pour lui. « Les États-Unis sont un pays qui m’a tout de suite plu et j’ai beaucoup appris pendant ces quelques mois », témoigne-t-il. « J’ai failli poursuivre mes études ici, mais une question de bourse m’en a empêché et j’ai dû rentrer en France. » Direction la fac, puis une école de commerce. Mais quarante ans plus tard, la Californie du Sud accompagne toujours l’artiste français.

 

Richard Orlinski
Les drôles d'animaux colorés de Richard Orlinski ont pris possession de Rodeo Drive, à Beverly Hills, l'été dernier. © DR

 

Il se rend à Los Angeles au moins deux fois par an – pour inaugurer une exposition, comme cet été à Laguna Beach, négocier une collaboration ou rendre visite à ses amis – et possède une maison à Bel Air (« les gens me disent que c’est un vrai musée chez moi »). Il aime le mezcal, les hamburgers d’In-N-Out et apprécie flâner dans Echo Park, le quartier cubain historique de la ville. « J’aime tout : le climat, la culture, l’énergie, la diversité, l’ouverture des gens, la vibe, les soirées… Il y a tout à faire à L.A. ! »

 

Une résidence artistique à Arc Beverly

 

Voici plusieurs années que Richard Orlinski travaille avec la ville de Beverly Hills. Cette histoire d’amour mutuelle a commencé en 2024 avec une exposition au Four Seasons, sur Wilshire Boulevard, l’hôtel de Pretty Woman, « et puis tout s’est fait rapidement » : plusieurs installations de ses sculptures le long de Rodeo Drive, et maintenant une résidence artistique à Arc Beverly, cercle privé qui a récemment ouvert ses portes, jusqu’en janvier 2027.

Dans l’espace tout en lignes douces et matériaux clairs, son bestiaire anguleux attire l’œil. Un panda bleu de près de trois mètres de haut est assis dans l’entrée. Plus loin, en contrebas de l’escalier de bois blond, une panthère de la même couleur. Et là, un gorille dressé sur ses pattes, portant un short et des gants de boxe : une collaboration avec l’équipementier américain Everlast, en hommage au champion Mohamed Ali.

 

Un crocodile de résine rouge

 

C’est sa marque de fabrique. Après une carrière dans l’immobilier, Richard Orlinski se lance dans l’art et dévoile sa première œuvre en 2004 lors du Festival du film américain de Deauville : un crocodile de résine rouge. L’animal fait sensation. Et l’acteur Andy Garcia, en devenant son premier client, propulse le sculpteur néo-pop. Suivront des loups, des lions, des requins et d’autres bêtes sauvages de toutes les couleurs.

 

Richard Orlinski
Ce sont les animaux sculptés aux formes géométriques, issus de sa série "Born Wild", qui ont fait de Richard Orlinski l'artiste contenporain français le plus vendu au monde. © DR

 

Sa série de sculptures Born Wild a fait de Richard Orlinski l’artiste contemporain français le plus vendu au monde. Et une incongruité dans le petit monde de l’art en France. Le musée Grévin vient de lui dédier une statue de cire, mais les institutions et les grandes galeries le prennent de haut. « C’est compliqué de casser les codes dans ce pays où le mot ‘populaire’ fait peur », déplore-t-il. « Tout est différent aux États-Unis. »

 

Les États-Unis, une terre de liberté

 

Outre-Atlantique, le Français a trouvé un refuge et un marché. Sa boutique en ligne, où il vend des reproductions à 400 euros, n’est pas perçue comme une hérésie. Pas plus que ses DJ sets, ses passages sur les plateaux de télévision, les émissions qu'il anime et ses innombrables collaborations. Après Lancôme, Disney et les Schtroumpfs, après les stylos Bic, les briquets Dupont et les baskets Puma, il planche en ce moment sur une voiture, une boîte de cigares et une collection de vêtements. Et prépare une « opération » avec le Grand Prix de Formule 1 de Las Vegas.

 

Richard Orlinski
Richard Orlinski sur Rodeo Drive. © DR

 

« Les crossovers entre les disciplines sont plus fréquents ici », se défend-il. Quid de son empire commercial, avec 200 collaborateurs et bientôt des « villas Orlinski », de vastes projets immobiliers prévus à Los Angeles et à Miami ? « Regardez Andy Warhol, Keith Haring, Jeff Koons, Banksy, et même Rodin ou Michel-Ange ! Chacun avec les moyens de son époque, évidemment, mais tous avaient des ateliers et des employés. Le seul critère qui devrait compter dans l’art, ce sont les émotions que ça nous procure » martèle-t-il.

Richard Orlinski n’a pas « la carte », comme il le dit lui-même. Mais peu importe ce que pensent les critiques. Le « sculpteur des stars » continue son chemin, animé par un rêve : rendre l’art accessible à tous, et installer son travail dans les endroits les plus inattendus. Comme sur les trottoirs de Los Angeles, l’année dernière, avec cet imposant gorille qui tient entre ses poings un cœur décoré du logo de Rodeo Drive. Comme une déclaration d’amour de l’artiste à sa ville préférée.

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