Samedi 23 octobre 2021
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Au Royaume-Uni, le suicide est la cause de mortalité la plus commune chez les jeunes

Par Margaux Audinet | Publié le 10/09/2021 à 18:39 | Mis à jour le 10/09/2021 à 18:51
Deux personnages se soutenant mutuellement

Le 10 septembre marque la Journée Mondiale de Prévention contre le Suicide (WSPD), l’occasion de mettre en lumière ce sujet encore trop passé sous silence.

 

Le suicide et les maladies mentales sont un sujet parfois tabou, souvent évité. Il est toujours difficile à aborder et de nombreuses zones d’ombres persistent, entachant le travail des associations luttant pour cette cause. Des millions de personnes à travers le monde se battent contre des problèmes de santé mentale, et l’initiative de la Journée Mondiale de Prévention contre le Suicide vise à leur venir en aide autant que possible.

 

Le suicide et la santé mentale : une problématique mondiale

Bien que la problématique du suicide semble grandement occultée de la scène publique, elle n’en demeure pas moins réelle. Une mort sur 100 dans le monde est le résultat d’un suicide : un chiffre surprenant, qui marque. La prise de conscience et l’information est le pari fait par la Journée Mondiale de la Prévention contre le Suicide, qui a vu le jour en 2003. Tous les ans, elle est organisée par l’AIPS (Association Internationale de Prévention contre le Suicide) le 10 septembre pour informer et aider. Le thème choisi pour l’édition 2021 est « Créer de l’espoir par l’action » ; un mantra positif faisant face à la dure réalité des statistiques.

Tous les pays ne sont pas égaux face à la problématique du suicide : le suicide est illégal dans plus de 20 pays dans le monde. Cette législation représente un des combats quotidiens de l’Association Internationale de Prévention contre le Suicide. En Grande-Bretagne, 5224 personnes ont mis fin à leurs jours en 2020, tandis que 26,8% des 16/24 ans ont déjà eu des pensées suicidaires au cours de leur vie. Le suicide est la cause de mortalité la plus commune chez les 10/19 ans.

De multiples études britanniques recensent par ailleurs des inégalités systémiques touchant aux maladies mentales, concernant les minorités ethniques, les membres de la communauté LGBTQ+ ou encore les personnes à faible revenu. Les communautés minoritaires peuvent, par exemple, ressentir le besoin d’un support culturellement approprié, avec un suivi prenant en compte leurs habitudes et leur quotidien.

 

Une prise en charge des maladies mentales encore trop partielle

Les maladies mentales représentent un coût lourd en Angleterre, s’élevant à 105 milliards de livres par an. Le décalage entre le coût réel qu’elles représentent pour le gouvernement britannique et les moyens alloués à cette cause par le NHS porte par ailleurs un vrai préjudice à des milliers de personnes.

Au Royaume-Uni, les institutions peinent à mettre en place un suivi efficace des problèmes de santé mentale. Celles-ci semblent présenter des dysfonctionnements dont certains ont des répercussions directes sur les personnes souffrant de maladies mentales. Le problème majeur concerne la difficulté d’accès aux soins : absence de créneaux ou de places, impact financier, temps de trajets parfois trop importants, stigmates encore bien ancrés... Les maladies mentales souffrent, en fait, d’un traitement de second plan, reléguées après les pathologies physiques.

Malgré des dissonances entre la rhétorique des institutions et les actions concrètes, cette question demeure régulièrement présente dans l’agenda politique britannique. En 2012, le Health and Social Care Act permet de pallier l’inégalité entre maladies mentales et maladies physiques à travers la Parity of Esteem. Depuis, le gouvernement s’est engagé à de nombreuses promesses en faisant appel à des organismes formulant objectifs et recommandations. Le point culminant de ces avancées a eu lieu en 2019, quand est publié le premier ‘Cross-government suicide prevention workplan’. Ce plan d’action visait à augmenter l’investissement financier alloué aux questions de santé mentale, de réduire le nombre de suicides annuel, de valoriser les plans de prévention à l’échelle locale et de soutenir les associations.

 

Le Covid-19 a creusé le fossé

L’arrivée du coronavirus en 2020 a chamboulé les agendas politiques de l’ensemble des pays du globe, dont la Grande-Bretagne. Le Covid-19 a un impact direct et indirect sur la question de la santé mentale. Pourquoi ? Les mesures occasionnées par la gestion de la pandémie se répercutent sur le quotidien et les habitudes des individus : fermeture des écoles, télétravail, isolement, quarantaine, licenciements... Tous ces facteurs ont un impact néfaste immédiat sur la santé mentale, d’autant que l’accès aux soins est de plus en plus difficile du fait du virus là aussi. Il est cependant difficile de quantifier l’évolution des chiffres car leur traitement a été ralenti par le coronavirus.

Les inégalités observées dans le traitement des questions de santé mentale se trouvent également multipliées par la crise pandémique, comme le révèle l’étude “Covid-19: understanding inequalities in mental health during the pandemic” de Louis Allwood et Andy Bell (Centre for Mental Health) : “Ces inégalités sont reflétées dans les résultats et la prévalence du Covid-19 chez les minorités ethniques. L’analyse par Public Health England a découvert que, comparées aux britanniques blancs, les Bangladais ont deux fois plus de risques de mourir du virus. (...) Les hommes noirs ont quasiment trois fois plus de risques d’être diagnostiqués du Covid-19 que les hommes blancs.”

La gestion britannique du coronavirus a aussi manqué de se faire en la défaveur des personnes souffrant de maladies mentales : le Coronavirus Act 2020 permettait des amendements au Mental Health Act de 1983. Cela aurait impliqué de pouvoir changer la façon dont les patients étaient retenus à l’hôpital, comment leur traitement était surveillé, et comment ils pouvaient exercer leurs droits de contester leur hospitalisation. Plus concrètement, le Coronavirus Act de 2020 aurait permis, par exemple, de permettre à un seul médecin de décider de l’hospitalisation ou des modalités du traitement d’un patient, contre deux prévus par le Mental Health Act. Le 9 décembre 2020, après avoir fait face à des désapprobations en cascade, ces mesures ont finalement été abandonnées. Une vraie victoire pour les associations luttant en faveur de cette cause.

 

https://www.gov.uk/government/publications/suicide-prevention-cross-government-plan

https://post.parliament.uk/mental-health-and-well-being-during-the-covid-19-outbreak/ https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-7547/ https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/healthandsocialcare/conditionsanddiseases/articles/coronaviruscovid19latestinsights/wellbeing

https://www.news-medical.net/news/20210827/The-negative-impact-of-the-COVID-19-pandemic-on-adult-mental-health-in-the-UK.aspx

https://mhfaengland.org/mhfa-centre/research-and-evaluation/mental-health-statistics/ https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/healthandsocialcare/mentalhealth https://www.thelancet.com/journals/lanepe/article/PIIS2666-7762(21)00087-9/fulltext https://www.mentalhealth.org.uk/statistics https://www.nationalworld.com/health/world-suicide-prevention-day-2021-when-does-it-take-place-this-years-theme-and-how-to-get-involved-3362623

https://www.iasp.info/wspd2021/

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Margaux Audinet - Journaliste Londres

Margaux Audinet

Etudiante à Sciences Po Aix curieuse et passionnée, je transmets cette flamme à travers mes écrits et photographies, au gré de mes aventures.
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