Vendredi 5 mars 2021

Phil Spector, producteur des Beatles meurtrier est décédé en prison

Par Swali Guillemant | Publié le 21/01/2021 à 18:31 | Mis à jour le 25/01/2021 à 13:00
Photo : Paulette Wooten - Unsplash
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Phil Spector, l’un des producteurs de musique les plus connus de tous les temps est mort de vieillesse samedi dernier, le 16 janvier 2021, à l’âge de 81 ans dans une prison de Californie.

 

Un monument de la musique n’est plus. Nous avons tous déjà entendu des morceaux produits par Phil Spector, tant de grands artistes ont pu collaborer avec l’individu. Mais à s’élever très haut trop vite, plus dure en est la chute. Fou dans tous les sens du terme, véritable génie de la musique, l’homme était dangereux au point d’avoir été condamné pour meurtre en 2009.

 

Génie de la musique

Phil Spector est un visionnaire en musique. Issu d’une famille juive de peu de moyens qui vivait dans le Bronx. Son père, ferronnier, se suicide alors que son fils n’a que dix ans. Rien ne destinait Phil Spector à la musique, mais pour échapper à l’emprise de sa mère, il se plonge dans l’apprentissage de la guitare et du piano. Il finance et sort son premier disque à 19 ans, le succès est au rendez-vous. Il transforme le métier de producteur et lui confère une dimension artistique. Il supervise l’enregistrement des albums, mais contribue pleinement au style et à l’œuvre en y laissant sa patte.

En effet, il a mis au point une nouvelle technique d’enregistrement avec des chambres à écho pour créer de la réverbération, une technique baptisée le « mur du son ». Grâce aux nouvelles technologies, il superpose, mélange et amplifie les sons pour créer une musique plus dense et chaleureuse. Au point de nous projeter dans la même pièce qu’un orchestre, ce qui lui vaut son surnom de « Richard Wagner de la pop ». Cela rompt totalement avec les habitudes de l’époque où le mix des morceaux était très simple et pur, composé simplement d’une voix et des instruments qui l’accompagnent.

 

Apogée de sa carrière

Lorsqu’il débute en tant que producteur dans les années 1960, c’est l’âge d’or des girlsbands aux États-Unis. Ces formations féminines étaient alors souvent composées de musiciennes noires, avec une chanteuse qui guide et des choristes qui suivent.

Phil Spector a créé l’un de ces groupes les plus connus, The Ronettes, qui se lance avec le tube Be my Baby, que tout le monde connaît, même sans savoir qu’elles en sont les auteures. Le groupe se différencie des autres pour devenir un succès planétaire.

Il a aussi travaillé avec d’autres groupes comme The Righteous Borthers ou The Crystals et produit notamment la chanson Da Doo Ron Ron.

En ce temps, Phil Spector était connu de tous et tout le monde s’arrachait ses services. Les Beatles se l’étaient arraché pour produire leur dernier album Let It Be. Il leur avait imposé un cadre de travail, soucieux qu’il était d’innover afin de relancer la musique du groupe.

Plus tard, il produisit les premiers albums en solo de John Lennon (Imagine et Instant Karma) et de George Harrison (All Things Must Pass). Il collabora avec Ike et Tina Turner sur River Deep, Moutain High et composa Little by Little avec Mick Jagger. Il travailla pareillement avec les Ramones et Leonard Cohen.

Phil Spector est donc incontournable dans le monde de la musique. L’empreinte qui l’a pu laissée est juste colossale et ne s’estompera pas de sitôt.

 

Démons et chute

Phil Spector a donc révolutionné la musique pop et rock and roll. Il a beau avoir participé à des titres mythiques, c’était aussi un psychopathe, un homme gravement malade.

A partir des années 1970, on parle plus de lui pour sa folie que pour sa musique. Il acquiert une très mauvaise réputation.

Tous les musiciens racontent leur anecdote avec Phil Spector. Il a volé les bandes de John Lennon en le menaçant avec un pistolet, il a braqué Léonard Cohen avec une arbalète et a forcé Debbie Harry à chanter en la mettant en joue avec une arme.

Mais surtout, il s’est comporté en tyran avec son ex-femme Ronnie Spector, chanteuse de The Ronnette, il la surveillait constamment et l’enfermait dans leur manoir. Elle parvint à s’enfuir en 1972, grâce à sa mère : « Je suis sortie pieds nus et quand nous avons passé le portail, nous nous sommes mises à courir, ma mère et moi. Mes pieds étaient en sang, mais je m’en fichais parce que je savais que j’allais mourir si je restais là-bas. »

En 2003, il est accusé d’avoir tué l’actrice Lana Clarkson, rencontrée dans un club et retrouvée morte par balle dans la demeure du producteur à Alhambra en Californie. Son procès pour meurtre est l’un des plus médiatisés de l’Histoire américaine. Il se défend en affirmant qu’elle s’est tirée une balle toute seule. Sa version des faits ne convainc personne, et il reconnaît être rongé par « ses démons ». Ni sa réputation, ni son argent ne pourront le sauver, le 19 mai 2009, il est condamné à 19 ans de prison ferme, où il est mort.

Aujourd’hui véritable star, presque aussi connue que les artistes qu’il produisait, plus de gens le connaissent pour son procès et sa terrible réputation, que pour sa carrière musicale. Homme aussi brillant que dangereux, sa vie, ses œuvres, mais aussi ses actes vont rester dans l’Histoire de la musique.

 

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Swali Guillemant - Journaliste

Swali Guillemant

Étudiante en journalisme culturel, curieuse et impliquée. Passionnée par la culture et les arts.
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