En Nouvelle-Zélande, le parti Maori appelle au « divorce » avec la famille royale

Par Léonie Bayon | Publié le 07/02/2022 à 17:56 | Mis à jour le 07/02/2022 à 18:09
Photo : Hommes maoris - Sony Ilce
Hommes maoris en Nouvelle-Zélande en tenue traditionnelle

Rawiri Waititi, le co-leader du Parti maori, a demandé à revoir les relations que la Nouvelle-Zélande entretient avec la monarchie britannique.

 

La demande est survenue hier, à l’occasion du 182e anniversaire du Traité de Waitangi, texte fondateur pour la nation néo-zélandaise et signé le 6 février 1840 avec la couronne britannique. Le texte, qui a officiellement fait de la Nouvelle-Zélande une colonie britannique, fait toujours l’objet de nombreuses controverses, d’où la volonté de certains maoris de s’éloigner de la monarchie britannique. Le parti maori souhaite ainsi que la Reine Elizabeth II ne soit plus à la tête du pays.

 

Des relations compliquées entre maoris et monarchie britannique

Le traité occupe toujours une place importante dans la vie politique du pays, et ses principes d’égalité entre maoris et sujets britanniques sont souvent cités en exemple. Mais aujourd’hui, une partie des maoris remettent en cause ce traité qui avait lié la couronne et les peuples indigènes. Alors que le texte garantissait la conservation des terres maories, en l’espace de cent ans, près de 90% d’entre elles ont été perdues. Les maoris, eux, estiment avoir fait face à des injustices et des politiques discriminatoires.

Rawiri Waititi, le co-leader du Parti maori, voit dans cette demande une « opportunité de réimaginer un partenariat plus gratifiant et significatif » où les peuples indigènes ne seraient plus liés dans les textes à la monarchie britannique et où les relations seraient revues comme un « nouveau mariage ».

Pourtant, en 2017, le Parti maori n’avait pas du tout cette conception des liens avec la couronne. À l’époque, le parti s’était fermement opposé à couper les ponts avec la Reine, qu’ils considéraient comme la garante des droits et des libertés obtenues avec le traité de Waitangi. Mais aujourd’hui, les choses semblent avoir changé. Le parti maori réclame une réforme constitutionnelle de fond, une manière de reconnaître politiquement l’identité maorie. Pour le parti et sa co-leader Debbie Ngarewa-Packer, la création d’un Parlement maori serait la seule solution pour garantir « les droits, l’auto-détermination et l’autonomie dans tous les domaines ».

 

Une première étape vers la République ?

La Nouvelle-Zélande demeure encore une monarchie constitutionnelle où Elisabeth II est toujours monarque. Cette demande de la part du Parti maori pourrait être un premier pas vers une transformation en une République. La Première ministre Jacinda Arden s’est dit elle-même républicaine, même si elle a indiqué ne pas souhaiter engager de référendum sous son mandat. Pour elle, il est malgré tout inévitable que la Nouvelle-Zélande devienne une république un jour ou l’autre.

 

La Nouvelle-Zélande n’est pas un cas isolé

La remise en cause de l’influence britannique sur ses anciennes colonies ne fait pas exception. Déjà en 2020, la Barbade avait voulu s’émanciper de la Reine et devenir une République : ce fut chose faite le 29 novembre 2021. Ce choix avait lui aussi été motivé par les questions d’identités et d’inégalités, marquées par les siècles de colonisation et un passé d’esclavage. La toute nouvelle République a cependant décidé de rester membre du Commonwealth. D’autres pays pourraient suivre cet exemple, parmi lesquels la Jamaïque dont l’émancipation vis-à-vis de la couronne est un débat récurrent. La question pourrait aussi ressurgir au Canada ainsi qu’en Australie, où le statut d'Elizabeth II a résisté pour l’instant au référendum de 1999.

 

 

Léonie Bayon journaliste stagiaire à Londres

Léonie Bayon

Etudiante à Sciences Po en stage à la rédaction. Passionnée et aspirante journaliste.
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Londres !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale