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Mon quartier: le Shoreditch de Télémaque Argyriou créateur de Kalimera

Par Charles-Antoine Jaubert | Publié le 08/07/2019 à 19:05 | Mis à jour le 08/07/2019 à 19:05
Photo : Charles-Antoine Jaubert
portrait londres entrepreuneur shoreditch kalimera

L’enfance à Athènes, l’adolescence à Lyon et l’âge adulte à Londres. Télémaque Argyriou s’est lancé dans l’aventure de la street food grecque par passion, loin du métier de banquier qu’il exerçait, avec toujours pour toile de fond le quartier de Shoreditch. 

 

Ancien banquier, vous vous êtes reconverti dans la street food grecque. Racontez-nous votre parcours. 

Je suis né à Athènes et je suis venu en France à partir de 15 ans. Cela fait 9 ans que je vis à Londres. Je travaillais à Paris pour la banque BNP Paribas qui m’a fait venir ici lorsque BNP et la banque Fortis ont fusionné en 2008. J’ai travaillé 16 ans dans la banque dont quatre ans et demi en Angleterre. Puis, j’ai décidé de quitter ce milieu pour ouvrir ma propre entreprise de street food grecque. 

Avec la crise de 2008, j’ai vu beaucoup de collègues partir. J’avais aussi l’impression de perdre mon temps et ne pas faire quelque chose que j’aime. Je me suis dit que je pouvais plus m’épanouir et faire des trucs sympas dans la cuisine. Autant travailler dans un secteur qui m’éclate. Je pense aussi que j’étais inconscient de l’effort que cela demandait. Cette prise de risque et cette inconscience m’ont fait sauter le pas. 

 

Parlez-nous de votre entreprise Kalimera et de son concept qui allie street food grecque et huile d’olive. 

J’ai lancé la marque Kalimera en novembre 2015, je voulais tester ce concept, voir si ça marche pour ensuite le développer. Le plus simple pour débuter était d’avoir un food truck. Au départ, c’était temporaire avec une volonté de faire du indoor par la suite. Et cela a tout de suite bien marché. J’ai deux emplacements sur des marchés, l’un fixe à Merchant Square ouvert tous les jours et l’autre itinérant à Broadgate Circle, Canaray Wharf et St. Katharine Docks

J’ai aussi deux shops : un à Camden Market qui propose de l’huile d’olive et de la nourriture à emporter et un deuxième au Mercato Metropolitano (Elephant & Castle).

Nous avons aussi toute une partie événementielle qui vise à la fois les entreprises lors d’assemblées générales, des christmas parties ou les particuliers avec les anniversaires et mariages. Nous sommes aussi présents sur les festivals BST à Hyde Park, All Point East à Victoria Park, Good Wood, Lost Village, Latitude

 

Pourquoi avoir voulu proposer de la nourriture grecque à Londres ? 

Avec mes origines grecques et mes connaissances précises des plats grecs, je me suis dit pourquoi ne pas exploiter cette piste. Tout en ciblant une cuisine grecque moderne, qui est très mal connue à l’étranger, surtout la partie plus nouvelle et élaborée. Je suis parti sur des recettes familiales et sur le fait que ma famille possède des champs d’olivier dans le sud de la Grèce depuis plus de 200 ans ! Je propose des plats à base de mon huile d’olive. Nous avons une carte variée qui commence par le wrap grec, des salades grecques avec pois chiches, des pâtes au four, des farcis ou encore des moussakas végétariennes ou viande et croquettes de fromage. 

 

Pour en revenir à votre ancien métier de banquier, quelles différences voyez-vous avec le métier de la restauration ? 

C’est le jour et la nuit. Si je regrettais, j’aurais déjà arrêté. Je me rappelle avec beaucoup d’émotion, les week-ends, les vacances d’été, les congés payés, le salaire qui tombe à la fin du mois. Maintenant, c’est l’autonomie à 300 % avec des interlocuteurs différents d’avant. Dans une multinationale, il peut se passer des mois avant d’exécuter une décision. 

 

Qu’aimez-vous dans Londres et la culture anglaise ? 

J’ai toujours aimé Londres. Cette ville est un peu l’un des centres du monde, une métropole internationale. Les gens viennent de partout. C’est la ville à l’avant-garde de tout, dont au niveau culinaire. Les nouvelles tendances de chaque pays comme l’Italie, la France ou la Grèce se créent à Londres. Au niveau de la cuisine anglaise, ils font beaucoup d’efforts avec des gastro-pubs, c’était une mouvance arrivée dans les années 2000 où la cuisine anglaise est réinventée et ils sont vraiment excellents dans ce domaine. Londres possède aussi une vraie vie de quartier. Se sentir à la campagne et être dans une ville de huit millions d’habitants. Les nombreux parcs aident à cette vie paisible. Les maisons sont basses, les rues en général très larges, ce qui permet de ne pas se sentir étouffé. Difficile de s’ennuyer. Londres est à la pointe de tout. Neuf ans plus tard, je ne me dis pas que j’ai fait le tour. Je ne suis pas blasé, j’ai encore à faire pour les neuf années à venir !

 

Et quel est votre lien à la France ? Qu’est-ce qui vous manque le plus ? 

J’y retourne vraiment souvent et c’est simple car nous sommes vraiment à côté. Beaucoup de choses me manquent. La famille, les amis… Après la nourriture me manque aussi, le vin. Tu t’installes dans un bistrot avec un magret de canard et un verre de vin rouge. Le côté terroir de France nous ne l’avons pas ici. J’aime aussi la province anglaise. Même si les paysages sont variés, les différences ne sont pas aussi marquées qu’en France avec le Pays Basque, l’Alsace, la Bretagne… Le ski me manque également, la beauté des montagnes comme les plats emblématiques qu’on peut y manger.

 

Quelles différences voyez-vous entre les deux pays ?

La France met du temps en matière de construction de projet. C’est lent et cela dissuade parfois les gens à lancer un business. L’argent est présent, mais il n’est pas possible de l’utiliser rapidement. En Angleterre, tu montes ton entreprise sur internet en 30 minutes et avec 15 pounds. Les contrats de travail sont souples, pas comme les CDD ou CDI français et il y a moins de taxes… La flexibilité rend le marché plus fluide. C’est très business friendly. Leur langue est aussi plus simple, ce qui rend les choses à dire plus directes.

 

Pourquoi avoir choisi le quartier de Shoreditch ? 

Je vis à Shoreditch depuis 2010. J’ai vécu un an à Hoxton puis je suis venu poser mes valises dans l’est de Londres. Tous les Parisiens allaient à Kensington ou Chelsea et je trouve que les prix étaient prohibitifs et c’était loin. J’aimais être proche de mon boulot.

Comme je bossais dans la City j’ai d’abord choisi Hoxton. J’ai découvert toute la scène de l’est londonien avec les artistes, les créatifs et les designers, tous ces gens qu’on appelle “microculturels”. Je trouve que le quartier a énormément changé. Il est partagé entre Silicon Round About (les gens de la high tech) et tous les banquiers. Dalston, Peckham, Hackney-Wick… voilà les nouveaux quartiers d’artistes. Shoreditch c’est toujours très bien, mais le côté edgy a disparu, c’est-à-dire à la pointe des derniers mouvements. 

 

Quelles sont vos bonnes adresses dans ce quartier ? 

Pour le café, je vais à Fix au 126 Curtain Road. C’est un très bon café, sympa, près de chez moi. J’y organise mes rendez-vous professionnels, c’est rapide, pas bruyant et sans chichis. Je vais vous donner mon meilleur endroit, mon truc top pour boire une bière, cela s’appelle The King’s Arms et ça se situe dans la rue Buck Fast. Une énorme collection de coléoptères est accrochée aux murs et on y trouve de très bonnes bières artisanales, des goûts que tu ne trouveras nulle part ailleurs ! 

Je conseille aussi The Princess of Shoreditch, à Paul Street qui est un gastropub. Le pub existe depuis 400 ans. La cuisine est excellente, la carte change tout le temps. Ils y font un Bangers and mash (saucisses purée) de façon plus élaborées, plus évoluée… La nourriture y est vraiment excellente. 

J’aime faire mon marché à Broadway Market le samedi avec de nombreux produits frais. 

En matière d’art, la galerie Jealous sur Curtain Road expose des artistes très sympas. 

Regent’s Canal pour avoir un “date” est vraiment un lieu que j’affectionne ou le bar à cocktails Calooh Callay avec une super carte. J’ai un super plan sur Commercial Street pour bruncher qui s’appelle Trade. Pour faire du sport, la piscine Lido de London Fields est originale et à ciel ouvert.

 

Quels sont les autres endroits que vous aimez hormis Londres ? 

Je me vois bien retourner à Lyon, c’est mon port d’attache, ma ville de cœur. Après par rapport à mon boulot, la street food y est plus difficile à appréhender. C’est très marginal, mais c’est à développer.

J’aime beaucoup aussi Athènes, qui est une ville très artistique et qui bouge énormément, L’immobilier est meilleur marché et donc beaucoup d’artistes en font à présent leur résidence. J’aime aussi Naples, Madrid, New York, Lisbonne, Hong Kong, Shanghai, Buenos Aires… J’aime ces villes pour leur identité, ce qu’elles représentent. Ce qui te fait rester dans une ville, c’est l’approche que tu as avec les gens, les relations humaines, cela représente 90 % de la volonté de rester selon moi. Je me vois vivre encore à Shoreditch pour l’instant, c’est central et à proximité de tout ce que je fais.

 

 

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Charles-Antoine Joubert

Charles-Antoine Jaubert

Rédacteur stagiaire au sein de l’équipe LePetitJournal.com de Londres. Journaliste apprenti à l’ESJ Pro
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