Mardi 4 août 2020

Indochine : « Notre singles collection, la bande son de notre vie »

Par Laurent Colin | Publié le 06/07/2020 à 23:28 | Mis à jour le 15/07/2020 à 09:35
Photo : INDOCHINE @HARCOURT
INDOCHINE titre anniversaire 40 ans

Nicola Sirkis retrace avec LePetitJournal.com les 40 ans du groupe et nous présente le titre anniversaire « Nos célébrations ». Deux coffrets événements arrivent également, de quoi ravir les fans !

 

Quelle incroyable aventure que celle du groupe Indochine, formé en 1981. Plus qu’une aventure d’ailleurs, c’est une folle épopée commencée avec l’Aventurier, Bob Morane et son ami Bill Ballantine, un colosse écossais fan de whisky on s’en doute, né de l’imagination de l’auteur belge Henri Vernes. « A la recherche de l'Ombre Jaune, sauvé de justesse des crocodiles, isolé dans la jungle birmane, dérivant à bord du Sampang » : les paroles de ce premier tube vendu à 500 000 exemplaires continuent encore aujourd’hui de nous faire voyager dans des contrées lointaines.

Nicola Sirkis peut être fier du chemin parcouru et d’avoir fait danser des millions de fans à travers le monde depuis quatre décennies. D’un caractère généreux, il a voulu nous faire partager cette joie à travers un single anniversaire sorti fin mai. Nos Célébrations est un vrai tube, un de plus, et il s’écoute en boucle. Un million d’écoutes sur Youtube en un mois. Un clip vu par 300 000 personnes en quatre jours. Le succès est toujours là et les paroles de ce dernier opus nous touchent profondément.

 

Nicola Sirkis, comment est né le titre « Nos célébrations » ?

Ce sont des choses que j’ai ressenties. J’ai écrit les paroles en pensant à moi, en pensant à nous, mais au final elles parlent à pas mal de gens et font aussi écho à leur vie. La façon de l’écrire était aussi incroyablement nouvelle, car d’habitude nous nous mettons en session d’écriture pendant des mois et nous accouchons d’une trentaine de titres pour concevoir un album. Là il nous fallait qu’un seul morceau pour accompagner la sortie de nos coffrets « Singles collection ». Un seul titre et une vraie interrogation. Combien de temps allions-nous devoir passer en studio ? Nous avions la pression, car pas question de rater ce morceau. J’étais à Londres à ce moment-là, j’ai fait venir Oli (Ndlr : Olivier Gérard, l’un des musiciens et compositeur du groupe) et nous avons travaillé aux studios RAK situés à côté de Regent's Park. Et c’est arrivé très vite, comme un miracle, comme à chaque fois quand il y a une chanson qui naît, les accords s’enchainent, les mélodies voix arrivent spontanément… Pour les paroles, elles sont nées dans l’Eurostar entre Londres et Paris. J’écoutais la musique et tout est venu comme cela, en pensant à ce que j’avais vécu, à ce qu’on pouvait dire à quelqu’un qui a des rêves et qui s’entend répéter que ce n’est pas la peine d’y croire… Mais si l’on y croit vraiment, on y arrive toujours quelque part. Il y a un vrai message d’optimisme dans cette chanson, d’ailleurs tout le monde le pense. A sa sortie le 26 mai, nous étions les premiers en France à annoncer quelque chose de positif après crise, ce titre, les futurs concerts… Depuis un mois ce qui se passe est énorme.

 

Parlez-nous des deux coffrets collector d’Indochine qui arrivent en août et en novembre

« C’est simple, ce n’est pas un best of, mais la compilation intégrale de tous les singles que nous avons sortis en 40 ans. Ils y sont tous : au total 53 single éparpillés sur deux albums. Le premier volume qui sortira le 28 août comprend tous nos singles de 2001 à 2021. Le second volume arrivera en novembre prochain avec tous les singles du groupe Indochine de 1981 à 2001. Deux tomes, deux fois 20 ans de musique. J’ai trouvé que c’était peut-être le bon moment dans notre discographie d’avoir une Singles collection en plus de nos albums. C’est un peu à l’image des albums « Rouge » et « Bleu » des Beatles qui compilent leurs meilleurs titres de 1962 à 1966 et de 1967 à 1970. Pour beaucoup de personnes les Beatles se résument à cela alors que non, pour moi ce sont aussi les albums Sergeant Pepper, Abbey Road… »

 

Le clip « Nos célébrations » est tout aussi savoureux que la chanson, par quoi a-t-il été inspiré ?

Assis dans ce train, que regardez-vous passer ? « Ce sont quatre décennies qui défilent sous mes yeux. Tout le concept est de montrer qu’en 40 ans nous avons vécu beaucoup de choses et que nous sommes survivants de tout cela. Nous avons traversé beaucoup d’événements sociaux, politiques, musicaux. Il nous ont aidés, choqués, fait créer ou donné de l’émotion, c’est pour cela que je les ai intégrés dans le paysage, c’est un peu la bande son de notre vie, celle d’Indochine et également de beaucoup de gens. Le train quitte la gare avec une affiche de François Mitterrand sur le quai (Ndlr : le groupe Indochine a été formé en mai 1981, le mois de l’élection du quatrième président de la cinquième république) puis les clins d’œil s’enchaînent : abolition de la peine de mort, chute du mur de Berlin, marée noire, catastrophe nucléaire de Tchernobyl, changements climatiques, attaques terroristes… des morceaux d’Histoire qui m’ont marqués, pour terminer par le Covid-19. A la fin, nous sommes des survivants, même si on nous annonçait morts dès le premier morceau.

 

On vous sent très réceptif à tout ce qui se passe autour de vous, aussi qu’est-ce qui vous hérisse le plus en ce moment ?

La gestion de la crise du Covid-19 par les trois plus gros nuls de la terre que sont Boris Johnson, Donald Trump et Jair Bolsonaro. Dès les mois de janvier et février ils parlaient d’une « grippette » sans importance. Résultat des courses, 60 000 morts au Royaume-Uni (on va y arriver), des victimes qu’on ne compte plus au Brésil et près de 150 000 décès au Etats-Unis. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment les démocraties permettent à des gens comme cela d’arriver au pouvoir. On laisse la parole aux menteurs, aux bonimenteurs… comme ces vendeurs habiles qui, sur les marchés en France, nous font parfois passer des casseroles pour des produits extraordinaires et cachent le fait qu’elles sont fabriquées en Chine. Voilà ce qui me choque le plus ! Le côté positif c’est de voir que la jeunesse aujourd’hui est plus tolérante qu’on veut bien le croire. On le voit avec les dernières manifestations contre le racisme, pour le climat, la tolérance sur le mariage gay. Je suis très optimiste par rapport à cette jeunesse, mais malheureusement ces populistes représentent le pire du pire. J’espère que cette crise aura le mérite de faire comprendre que tout ce qu’ils racontent est faux.

 

Revenons à ce train, finalement vous êtes assis dans un Eurostar et vous franchissez la Manche…

Oui, et Eurostar est très important pour moi. Cela représente l’avènement de la vitesse (comme le TGV) et aussi le fait de pouvoir aller à Londres en 2h, alors qu’avant il en fallait parfois au moins le triple. Et comme ma fille fait ses études dans la capitale anglaise, c’est très pratique pour moi car je passe à Londres la moitié de mon temps. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai plus facilement accepté que ma fille parte étudier de l’autre côté de la Manche, car c’est vraiment à côté. J’adore l’Angleterre car c’est le dépaysement total. J’aime la bienveillance des gens, l’architecture. Lorsqu’on va en Belgique ou en Suisse, nous ne sommes pas dépaysés comme ici. Avant la crise sanitaire, J’ai passé les six derniers mois à Londres et j’y étais vraiment bien. En plus ici j’ai une paix royale, personne ne vient m’importuner. Je vais courir à Regent’s Park avec les écureuils et je monte jusqu’à Primrose Hill, c’est magnifique !

 

A la fin du clip, le train s’arrête dans une station au milieu de nulle part, êtes-vous en Angleterre ?

Non (sourires). C’est un No man's land. C’est purement imaginaire et métaphorique. Le train a traversé des paysages avec de grandes statues et les visages de personnalités qui ont marqué ma vie comme Simone Veil, Margaret Thatcher, Barak Obama, Nelson Mandela, Serge Gainsbourg, David Bowie. Quand on voyage en train, il y a cette façon mélancolique de regarder le paysage, on a le temps de penser, et c’est ce que j’ai voulu illustrer.

 

On peut aussi apercevoir le visage de Marguerite Duras. On dit que c’est de son roman « l’Amant » que vient le nom de votre groupe Indochine…

C’est inexact (Ndlr : comme quoi il ne faut pas toujours croire tout ce que dit Google). Ce roman m’a inspiré le titre « 3 nuits par semaines ». Par contre j’ai commencé à lire Marguerite Duras à 16 ans et j’avais enfin trouvé un écrivain qui parlait, mettait des mots et des phrases que j’avais envie de lire. Ça c’est super important. Le style, l’histoire, la contemplation… tout y était. Marguerite Duras pour moi c’est « Un barrage contre le pacifique », « Les Petits Chevaux de Tarquinia », « Les yeux verts »…

 

Prenons la machine à remonter le temps et même la machine à rattraper le temps. C’est vraiment avec l’Aventurier que tout a commencé ?

Oui presque, car avant ce single, nous avons commencé par la scène avec un premier concert le 29 septembre 1981. Il faut bien préciser que ce n’est pas le succès qui nous a fait faire de la scène, c’est la scène qui nous a fait connaître le succès. Les maisons de disques sont venues nous voir pour signer et après nous nous sommes intégrés dans le système. Nous avons fait les premières parties de Depeche Mode et de Taxi Girl pour après tourner seuls. Notre première scène c’était dans un club appelé le Rose Bonbon, en dessous de l’Olympia. C’était LE club rock de France, là où l’on croisait tout le « métier ». Là où ont aussi débuté Taxi Girl et les Rita Mitsouko par exemple. Nous avons joué une vingtaine de minutes, notamment notre premier titre : Dizzidence Politik.

 

Comment on se sent aux côtés de Depeche Mode ?

C’était aussi leurs débuts. Ils étaient au même stade de développement de leur carrière que nous. Ils étaient un peu chahutés, habillés en garçons coiffeurs, avec les cheveux très courts. Ils ont subi les mêmes moqueries que nous, on les traitait de « petits PD » etc. Nous avons fait leur première partie au Palace, c’était très électro… Finalement aujourd’hui, 40 ans plus tard, il reste qui comme grands groupes des années 80 ? Depeche Mode, U2 et nous. C’est plutôt pas mal.

 

L’Aventurier a été numéro un en juillet 1983, avec sur le podium Billie Jean de Michael Jackson et Let’s Dance de David Bowie… un succès fulgurant

Effectivement, et face à ce succès nous avons dû répondre aux attentes de notre maison de disque et nous atteler sans attendre à un nouvel album : Le Péril Jaune. Nous avions déjà des titres heureusement, mais nous avons tout enregistré et mixé en 15 jours, dans un studio du Sussex. C ‘était une belle connerie et cela s’entend d’ailleurs (sourires). Je n’ai jamais été content de ce qui nous arrivait. Avec ce succès je me suis dit qu’il allait falloir être beaucoup plus fort encore et surtout je ne voulais pas être le groupe d’un seul tube.

 

Comment expliquez-vous ce succès ? Votre look, vos paroles, vos sons parfois un peu exotiques ?

C’est une alchimie entre tout. Ce qui est intéressant c’est que lors de notre premier concert, alors que nous étions dans l’inconscience la plus totale, il s’est tout de suite passé quelque chose. Quand Indochine monte sur scène, le public est comme captivé. Est-ce notre aura ? Notre attitude, notre maquillage, notre violence car au début nous étions très new wave et provocateurs ? En tout cas nous nous sommes vite rendus compte que le public nous aimait bien. Petite anecdote pour dire que cela est allé très vite. Lors de la première tournée d’Indochine, nous débarquons à Orléans. Là je vois plein de jeunes habillés comme moi, avec la même mèche et je me dis alors : ils vont voir qui ? C’était surprenant. Et le public d’Indochine est né. Nous sommes devenus les idoles de pas mal de gens et aujourd’hui nous avons trois, voire quatre générations de fans qui nous suivent. C’est ce qui est génial avec ce groupe. Au départ le rock c’était très clivant. Les enfants ne veulent pas écouter la même chose que leurs parents et vice versa. Avec Indochine il y a des petits miracles qui se passent, des familles viennent aux concerts ensemble, toutes classes sociales confondues.

 

Dans votre troisième album qui comprend notamment les titres 3ème sexe et 3 nuits par semaines, il y a aussi Tes Yeux Noirs, avec un clip signé du grand Serge Gainsbourg…

(Rires), oui mais pour moi, par contre, c’est le plus mauvais clip d’Indochine. Nous avons même failli le mettre directement au panier. Mais il faut bien comprendre l’histoire. J’ai vécu en Belgique pendant 15 ans. Et c’est un peu comme l’Angleterre. Le rock c’est open bar dans les radios. Quand je suis arrivé en France, c’était les 3F : Frédéric François, Claude François et François Valery qui occupaient 90 % de l’espace médiatique. J’ai dû me forger une opinion et me rendre compte qu’il y avait aussi Souchon, Higelin, Renaud, Gainsbourg et Dutron et là cela me parlait déjà plus. Gainsbourg a toujours été une idole, le plus grand poète français, sans concession, quelqu’un de très touchant. D’ailleurs mon premier 45 tours c’était Poupée de cire, poupée de son. En 1896, le groupe Indochine était celui qui démolissait tout le monde, je me suis dit que ce serait génial d’avoir Gainsbourg. J’avais adoré Je t ‘aime moi non plus, avec Jane Birkin et Joe Dallesandro, un film très underground. Jane avait les cheveux très courts, habillée comme un garçon, pour moi c’était exactement Tes Yeux Noirs. Malheureusement il a fait tout le contraire. La légende dit qu’il a fait ce clip pour l’argent, mais pas du tout. Donc à partir de Tes yeux Noirs, j’ai commencé à prendre en main la vision de mes clips en étant très proche des réalisateurs. Avec Serge Gainsbourg je n’ai pas osé, je l’ai laissé faire. Cela n’enlève rien à l’homme extraordinairement attachant qu’il était. D’autres belles rencontres ont jalonné ma vie. Notamment celle de Jacques Dutron, de Xavier Delanne (réalisateur, acteur et producteur canadien), de Jaco Van Dormael qui a signé le sublime clip Ladyboy, de Asia Argento un monument du cinéma alternatif…

 

Si Indochine a déjà enregistré dans presque tous les studios de Londres, est-ce le cas aussi pour 7000 danses ?

Nous l’avons fini à Londres c’est vrai. Mais avant nous sommes partis trois mois à Miraval, un studio dans le sud de la France, devenu depuis la propriété de Brad Pitt (Ndlr : un domaine connu aussi pour son rosé). Puis nous avons vécu aussi un moment extraordinaire avec le groupe dans l’AIR Studio de Montserrat, sur une petite île des Caraïbes, mais rien à voir avec le luxe des Bahamas.

 

Avez-vous vécu le confinement à Londres ou à Paris ?

Dès la mi-mars j’ai récupéré ma fille et nous sommes restés à Paris pendant deux mois et demi. Nous ne sommes pas sortis. Nous avons été extrêmement citoyens et raisonnables et surtout sommes restés très pudiques. Nous n’avons pas voulu faire comme certains de nos collègues qui ont chanté des chansons tous les soirs. Je n’aime pas l’expression « Show must go on » et je n’avais pas envie de vivre ce moment comme ça. Dans une situation aussi dramatique, je ne pense pas que la musique puisse changer quoi que ce soit. J’ai vécu des instants privilégiés avec ma fille et aussi un moment de pause. Cela faisait 20 ans que je n’avais pas vraiment eu de pause. Ce fut également un moment de réflexion, mais nous avons aussi beaucoup travaillé pour la sortie de notre dernier single, du clip et des coffrets collector.

 

Après un dernier concert magique au Shepherd's Bush Empire le 14 juillet 2014, nous espérons rapidement retrouver Indochine sur scène à Londres. Pour l’instant, seules 5 dates ont été programmées en 2021 en France, dans 5 stades à Bordeaux, Lyon, Marseille, Paris et Lille. Bon anniversaire Indochine et merci d’être là, avec nous, depuis 40 ans !

Indochine titre anniversaire 40 ans
Photo : Stéphane Ridard

 

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