450 000 emplois, 18 000 start-up et un réseau présent dans 57 pays : la French Tech pourrait perdre près de 74 % de ses financements publics dès 2027. Une perspective qui inquiète jusqu'au Royaume-Uni et à l'Irlande, où les communautés de Londres et Dublin jouent un rôle clé pour les entrepreneurs français. Leur député, Vincent Caure (3e circonscription), se mobilise pour tenter de faire barrage.


La French Tech London va-t-elle devoir faire avec beaucoup moins de moyens ? Même question pour la communauté française de Dublin. Dans le projet de loi de finances (PLF) 2027, les crédits consacrés à la Mission French Tech passeraient de 6,8 millions d'euros à seulement 1,8 million, soit une baisse de près de 74 %.
Derrière cette coupe budgétaire, tout le réseau international pourrait être fragilisé. À Londres, où la French Tech rassemble plus de 2 500 membres, comme à Dublin, ces communautés facilitent les rencontres entre entrepreneurs, investisseurs et partenaires économiques. Pour les start-up françaises qui cherchent à s'implanter sur ces marchés, elles constituent souvent une porte d'entrée précieuse.
La French Tech à Londres : l’influence française de la tech rayonne depuis 10 ans
Une situation qui concerne directement les entrepreneurs français du Royaume-Uni et d'Irlande. Vincent Caure, député de la 3e circonscription des Français établis hors de France, a décidé de se mobiliser avec plusieurs de ses collègues pour défendre ces financements.
Vincent Caure : “Il faut créer de la richesse avant de la redistribuer”
Pour le député, la French Tech ne représente pas une simple dépense publique, mais un investissement dans la compétitivité française : “On entend défendre les budgets qui avaient été mis et qui sont mis pour la French Tech. On sait le rôle que ça a derrière pour l'économie française, la réussite de nos entreprises, les partenariats, le rayonnement à l'étranger”, précise-t-il.
Depuis 2017, le développement de la French Tech fait partie des priorités économiques affichées par Emmanuel Macron. Une ambition que Vincent Caure estime aujourd'hui contradictoire avec la réduction envisagée des financements : “C'est un budget qui avait été largement augmenté en 2017. C'était au cœur de la promesse d'Emmanuel Macron et on y croit encore.”
Pour autant, le député ne conteste pas la nécessité de redresser les finances publiques. Il interroge cependant les économies réalisées par des réductions budgétaires qui risquent, selon lui, de fragiliser des dispositifs créateurs de valeur : “Le drame de la France, aujourd'hui, ça serait de faire des économies avec des coups de rabot comme celui-ci et de ne pas faire des réformes structurelles pour réduire la dépense publique plutôt.” Avant d'insister : “Nous, pensons qu'il faut créer de la richesse avant de la redistribuer et que, par conséquent, les budgets que l'on met sur la French Tech vont être plus utiles que jamais.”
Un avis par ailleurs partagé par Raphaël Crouan, fondateur de la French Tech London qui nous parlait de ses missions et du rayonnement français à Londres, en début d’année : “Là où la France pouvait être perçue comme un partenaire secondaire, elle est aujourd’hui devenue un acteur stratégique. La perception a changé : la France n’est plus un outsider, mais un acteur pleinement intégré et reconnu de l’écosystème européen et international.”
Londres et Dublin, des relais économiques pour les entreprises françaises
La question dépasse largement le financement de quelques événements ou de rencontres professionnelles. Dans des places économiques aussi concurrentielles que Londres et Dublin, les communautés French Tech jouent un rôle de passerelle entre les entreprises françaises et les écosystèmes locaux, ce que nous détaillait déjà Raphael Crouan : “Notre rôle n’est pas d’assurer un accompagnement individuel systématique, mais de servir de hub d’accès et de connexion au sein de la communauté : organiser des événements, créer des liens et agir comme une “glue” entre les acteurs de l’écosystème.”
Pour Vincent Caure, qui connaît ces territoires, leur importance est aussi une question de rayonnement économique. “On voit ce que ça rapporte à Paris et on voit aussi, quand on est à Dublin, à Londres, à Stockholm ou à Oslo, l'impact que ça a sur le regard qui est porté sur la France, sur la capacité de l'économie française et sur notre capacité à nous, Français, d'être pleinement intégrés à la mondialisation économique.”
Le réseau compte au total 125 Capitales et Communautés dans 57 pays, animées par près de 1 200 entrepreneurs bénévoles. À l'échelle française, l'écosystème représente environ 18 000 start-up et 450 000 emplois directs. Si ces emplois ne sont pas directement menacés par la baisse des crédits, les conséquences pourraient être concrètes pour les structures : moins de moyens pour organiser des événements et pour développer les connexions internationales.
Un amendement pour rétablir le budget French Tech en 2027
La démarche de Vincent Caure s'accompagne d'un courrier adressé au Premier ministre, Sébastien Lecornu, et d'une volonté d'interpeller directement les ministères concernés : Économie, Comptes publics et Numérique : “On a demandé un retour. Ils doivent le faire. Si on doit continuer à le pousser, on demandera à échanger avec les ministres. Je pense que c'est une étape qui peut être nécessaire pour continuer à obtenir une réponse et une sécurisation du budget”, précise le député.
La bataille budgétaire reste donc ouverte. Pour les entrepreneurs français de Londres et de Dublin, l'enjeu est de préserver un réseau qui leur permet de créer des contacts et comme le résume Vincent Caure : “La French Tech n'est pas une dépense, c'est un investissement d'avenir.”
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