La National Gallery consacre cet automne une exposition entière au maître de l’impressionnisme Pierre-Auguste Renoir. Résolument utopiste, Renoir nous offre une promenade féérique dans la vie moderne du 19e siècle.


Aux côtés de Claude Monet ou d’Alfred Sisley, Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) s’impose comme une figure emblématique de l'impressionnisme. À partir du milieu des années 1860, il choisit de peindre une vie moderne joyeuse et insouciante, parfaitement conscient de ne pas montrer dans ses tableaux les tensions de classe ou la pauvreté. Contrairement à ses amis impressionnistes, Pierre-Auguste Renoir vient de la classe ouvrière. Sa mère était couturière et son père tailleur. Pourtant, il souhaite donner place à l’amour, à la beauté et à la jeunesse en peignant l’utopie d’une harmonie sociale.
Une mise en lumière de la vie quotidienne
Son esthétique réside tout aussi bien dans la captation de la lumière en plein air, que dans la reproduction de scènes triviales et mondaines à Paris. Il illustre des bals populaires, des cafés, des théâtres, des boulevards, ou encore des lieux de canotage le long de la Seine. Renoir décide de mettre les rapports sociaux au cœur de son art, de transformer un quotidien difficile en un monde édulcoré où ne comptent que l’amitié, les liens familiaux, la séduction et la rencontre à l’autre.
Plus que n’importe lequel de ses contemporains, Renoir s’est attaché à mettre en lumière l’amour et l’amitié, ainsi que leurs manifestations spontanées.
Véritable bohémien, Renoir accompagné de ses amis révolutionne la peinture du 19e siècle en proposant une peinture vibrante s’inspirant de sujets contemporains. Christopher Riopelle, co-commissaire de l’exposition, déclare : “Plus que n’importe lequel de ses contemporains, Renoir s’est attaché à mettre en lumière l’amour et l’amitié, ainsi que leurs manifestations spontanées, qu’il considérait comme des éléments clés de la vie moderne. Que ce soit aux coins des rues parisiennes ou dans des bois baignés de soleil, il comprenait que l’émotion pouvait être aussi fugace, aussi éphémère, aussi éblouissante que son autre grand sujet éphémère : la lumière du soleil elle-même.”

Les fêtes galantes inspirées du rococo
À travers cette exposition, la National Gallery retrace le parcours artistique du peintre français en dédiant à chaque espace une thématique de son travail. Fêtes galantes, rues de Paris, campagne, famille, intimité, tant de thèmes qui permettent d’explorer la diversité du travail de Renoir. Se considérant héritier de la tradition française du XVIIIe siècle, dans la lignée de Fragonard, Watteau et Boucher, Renoir réinterprète l’iconographie rococo des “fêtes galantes” où de jeunes gens vêtues à la mode faisaient des rencontres romantiques dans une nature idyllique. Inspiré par cette forme d’art typiquement aristocratique, Renoir peignait des amoureux et des groupes d’amis, souvent issus des classes populaires, en train de marivauder dans des jardins, des parcs, des cafés en terrasse et des salles de danse modernes. On compte parmi les tableaux les plus célèbres La Promenade, 1870 (Musée J. Paul Getty, Los Angeles).

Peindre les rues de Paris
Parmi les œuvres phares consacrées aux scènes de rue et de café, figurent La Place Clichy, 1880 (Fitzwilliam Museum, Cambridge) et À la sortie du Conservatoire, 1876-1877 (Fondation Barnes, Philadelphie). Renoir montre ici la vie trépidante dont il était témoin dans les boulevards et dans les rues parisiennes. En représentant certaines interactions sociales, Renoir met en avant dans ses tableaux des jeunes femmes seules, souvent soupçonnées d’être des travailleuses du sexe.
Le travail du sexe non réglementé étant au cœur des débats, les représentations que le peintre faisait de femmes indépendantes et non accompagnées jouaient sur cette ambiguïté. Cependant, contrairement à l’approche moralisatrice de bon nombre de ses contemporains, son regard était dénué de jugement et souvent admiratif.

De la naissance de son fils à la renaissance de son style
L’exposition Renoir and Love présente également un tableau intimiste auquel Renoir était particulièrement attaché, La Maternité, 1885 (Musée d’Orsay, Paris), illustrant sa future épouse Aline Charigot allaitant leur premier fils, Pierre. La naissance de celui-ci en 1885 l'ayant comblé de joie, le tableau traduit ce sentiment d'émerveillement. Il est alors reconnu pour son talent à dessiner les enfants et reçoit plusieurs commandes.
Néanmoins, un changement stylistique majeur se révèle dès lors dans son œuvre. Profondément désabusé par l’impressionnisme, il traverse une crise artistique. “Vers 1883, c’était comme si une fissure était apparue dans mon œuvre”, confie-t-il, “j’étais allé aussi loin que je le pouvais avec l’impressionnisme et j’étais parvenu à la conclusion que je ne savais ni peindre ni dessiner”. À partir de 1883, l’artiste s’éloigne du style impressionniste pour se tourner vers des compositions plus sculpturales aux thèmes classiques. Les Grandes Baigneuses, 1884-1887 (Philadelphia Museum of Art), marque la fin de la période impressionniste de Renoir et le début d’une nouvelle phase de sa carrière. Plus tard, Matisse affirmera que “J'ai toujours senti que le temps enregistré ne recèle pas d’histoire plus noble, d’exploit plus héroïque, de réalisation plus magnifique que celle de Renoir”.

Avec 45 œuvres, Renoir and Love est la plus grande exposition consacrée à l'œuvre de l'impressionniste français organisée au Royaume-Uni depuis 20 ans. L’exposition présente certaines de ses toiles les plus expérimentales, ambitieuses et admirées, comme l'emblématique Danse au Moulin de la Galette (1876, Musée d'Orsay, Paris), exposée pour la première fois au Royaume-Uni. L’exposition est organisée par le musée d’Orsay, la National Gallery et le Museum of Fine Arts de Boston. Elle se tiendra au musée d’Orsay à Paris du 17 mars au 19 juillet 2026, à la National Gallery à Londres du 3 octobre 2026 au 31 janvier 2027, et au Museum of Fine Arts de Boston du 20 février au 13 juin 2027

Lieu de l'exposition : Trafalgar Square, London WC2N 5DN, Royaume-Uni
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