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Les French Tech perdent 74 % de leur budget : l'État signe-t-il officieusement la fin du réseau ?

450 000 emplois, 18 000 start-up et un réseau présent dans 57 pays : la French Tech pèse lourd dans l'économie française. Pourtant, l'État envisage de réduire de près de 74 % les crédits consacrés à son réseau de Capitales et Communautés dès 2027. De 6,8 à 1,8 million d'euros. Le député Vincent Caure, à l’origine d’une mobilisation parlementaire avec ses collègues des Français de l’étranger, défend un amendement pour rétablir les financements. Derrière cette bataille budgétaire, c’est toute la question du rayonnement économique français qui se pose.

French Tech : 74 % de budget en moins, les communautés françaises à l'étranger menacéesFrench Tech : 74 % de budget en moins, les communautés françaises à l'étranger menacées
French Tech : avec 74 % de budget en moins, les communautés françaises à l'étranger menacées
Écrit par Ewan Petris
Publié le 2 novembre 2026

La French Tech est-elle en train de vivre ses derniers instants ? Après plusieurs années à faire de l’innovation et de l’entrepreneuriat des priorités nationales, la France pourrait réduire drastiquement les moyens consacrés à son réseau de start-up. Dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, les crédits consacrés à la Mission French Tech passeraient de 6,8 millions d’euros à seulement 1,8 million, soit une diminution de près de 74 %.

 

Mais derrière cette ligne budgétaire, ce ne sont pas uniquement quelques millions d’euros qui sont en jeu. Tout un écosystème pourrait être fragilisé. Derrière les 125 Capitales et Communautés French Tech, présentes dans 57 pays, se trouvent quelque 18 000 start-up et 450 000 emplois directs. Si ces emplois ne sont pas directement menacés par la seule baisse des crédits, les conséquences pourraient être bien réelles : moins d'accompagnement pour les entrepreneurs, moins de mises en relation avec les investisseurs, moins de partenariats internationaux et des entreprises françaises potentiellement moins bien armées pour conquérir de nouveaux marchés. À terme, c'est aussi la capacité de la France à faire rayonner ses start-up à l'étranger qui pourrait être affectée.

 

6,8 millions à 1,8 million d’euros : pourquoi le budget de la French Tech inquiète ?

 

Les chiffres sont sans appel et le changement est loin d'être anodin puisque les financements destinés aux French Tech ne figurent plus dans la programmation budgétaire initiale.

 

Le calendrier ajoute à l'inquiétude. Les structures concernées viennent de recevoir leur labellisation pour la période 2026-2028. Certaines ont déjà signé des conventions et engagé des programmes sur cette base. Autrement dit, les engagements pris avec l'État risquent de se retrouver en décalage avec les moyens inscrits au budget. Pour les structures locales, un peu partout dans le monde, cette incertitude pourrait avoir de vraies conséquences et c'est précisément ce que contestent plusieurs parlementaires. 

 

Vincent Caure : "On pense qu'il faut créer de la richesse avant de la redistribuer"

 

L’un d’entre eux, Vincent Caure, député des Français établis à l'étranger (3e circonscription), défend le maintien des financements publics et s'est mobilisé avec plusieurs de ses collègues pour faire revenir le gouvernement sur cette baisse.

 

La démarche rassemble, selon lui, une large partie des élus représentant les Français de l'étranger, ainsi que les députés macronistes mobilisés sur le sujet : “On entend défendre les budgets qui avaient été mis et qui sont mis pour la French Tech. On sait le rôle que ça a derrière pour l'économie française, la réussite de nos entreprises, les partenariats, le rayonnement à l'étranger”, raisonne-t-il. Selon ses mots, cette réduction intervient à contretemps. Depuis 2017, la politique économique française a notamment misé sur l'innovation, l'attractivité et la capacité des entreprises françaises à se développer à l'international. Revenir aujourd'hui sur les moyens d'un réseau qui participe à cette stratégie lui paraît contradictoire. “C'est un budget qui avait été largement augmenté en 2017. C'était au cœur de la promesse d'Emmanuel Macron et on y croit encore.”

 

La nécessité de réduire certaines finances publiques

 

Mais Vincent Caure ne conteste pas la nécessité de redresser les finances publiques. Il remet plutôt en cause la nature des économies réalisées : “Le drame de la France, aujourd'hui, ça serait de faire des économies avec des coups de rabot comme celui-ci et de ne pas faire des réformes structurelles pour réduire la dépense publique, plutôt.”

 

Alors, réduire une enveloppe publique ne constitue pas nécessairement une économie pertinente si elle fragilise des structures capables de générer de l'activité, de l'emploi et des opportunités commerciales : “Nous pensons qu'il faut créer de la richesse avant de la redistribuer et que, par conséquent, les budgets que l'on met sur la French Tech vont être plus utiles que jamais.”

 

Cette position résume toute la bataille politique autour de ce budget : faut-il considérer le réseau French Tech comme une dépense de fonctionnement parmi d'autres, ou comme un investissement dans la compétitivité française ?

 

Londres, Oslo, Dublin, Stockholm : la French Tech est une ambassadrice économique

 

La question prend une dimension particulière à l'étranger, notamment pour les entrepreneurs français installés hors de France où les communautés French Tech jouent un rôle de passerelle avec les marchés locaux. Londres, Oslo, Dublin et Stockholm font partie des écosystèmes auxquels Vincent Caure est particulièrement attentif. Le député connaît l'importance de ces réseaux pour les entreprises françaises qui cherchent à s'implanter, à trouver des partenaires ou à accéder à de nouveaux investisseurs.

 

La French Tech à Londres : l’influence française de la tech rayonne depuis 10 ans

“On voit ce que ça rapporte à Paris et on voit aussi, quand on est à Dublin, à Londres, à Stockholm ou à Oslo, l'impact que ça a sur le regard qui est porté sur la France, sur la capacité de l'économie française et sur notre capacité à nous, Français, d'être pleinement intégrés à la mondialisation économique.” C'est là que le rôle des communautés dépasse largement celui d'un simple club d'entrepreneurs, car ces French Tech facilitent les premiers contacts et font connaître les entreprises françaises en construisant une relation de confiance avec les investisseurs étrangers. Pour une start-up qui souhaite exporter ou s'implanter sur un nouveau marché, disposer de ce réseau local peut faire gagner un temps précieux.

 

D’autre part, elles participent à la visibilité de la France dans des écosystèmes internationaux très concurrentiels, où les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne ou encore les pays nordiques disposent de réseaux particulièrement structurés. Vincent Caure insiste sur cette dimension : les communautés sont des “ambassadeurs économiques” de la France. Leur affaiblissement pourrait donc avoir des conséquences qui dépassent les seules associations concernées.

 

18 000 start-up, 450 000 emplois : ce que représente réellement la French Tech

 

La question budgétaire prend une autre ampleur lorsqu'on la replace dans les chiffres de l'écosystème. En 2026, la French Tech rassemble environ 18 000 start-up et scale-up actives, représentant 450 000 emplois directs. Plus de la moitié de ces entreprises sont implantées hors de l'Île-de-France. Le réseau contribue ainsi à la structuration d'un écosystème qui ne se limite ni à Paris ni à quelques grandes métropoles.

 

 

À l'échelle internationale, les chiffres avancés par les parlementaires sont tout aussi significatifs : 125 Capitales et Communautés, une présence dans 57 pays et près de 1 200 entrepreneurs bénévoles mobilisés. Ces bénévoles constituent l'une des particularités du modèle. Le réseau ne fonctionne pas uniquement grâce à des salariés ou à des financements publics : il repose aussi sur l'engagement de dirigeants, de fondateurs et d'acteurs économiques qui consacrent une partie de leur temps à faire vivre leur communauté.

 

Un amendement au PLF 2027 pour rétablir les crédits : quelle suite ?

 

Face à cette perspective, Vincent Caure a engagé une mobilisation avec plusieurs députés des Français de l'étranger. L'objectif : rétablir les crédits de la Mission French Tech et éviter que la baisse inscrite dans le budget ne se traduise par la disparition du soutien public au réseau. 

 

Cette initiative s'accompagne d'un courrier adressé au Premier ministre, Sébastien Lecornu, et d'une démarche auprès des responsables gouvernementaux concernés. Trois interlocuteurs sont particulièrement visés : le ministre de l'Économie, le ministre chargé des Comptes publics et le ministre chargé du Numérique. “On a demandé un retour. Ils doivent le faire. Si on doit continuer à le pousser, on demandera à échanger avec les ministres. Je pense que c'est une étape qui peut être nécessaire pour continuer à obtenir une réponse et une sécurisation du budget.” La mobilisation parlementaire ne se limite toutefois pas à cette initiative. Plusieurs amendements ont été déposés au cours de l'examen du PLF 2027 pour rétablir les crédits. Parmi eux, celui de Paul Midy, qui propose une augmentation de 10 millions d'euros et a été adopté en commission le 28 octobre 2026. Une première avancée dans le débat budgétaire, même si elle ne signifie pas encore que le financement est définitivement sécurisé.

 

La fin de la French Tech ? Pas encore, mais un avertissement sérieux

 

Faut-il pour autant parler de la fin de la French Tech ? Pas au sens de la disparition de l'écosystème entrepreneurial français, qui rassemble des milliers d'entreprises, d'investisseurs et d'acteurs de l'innovation. En revanche, la menace sur le financement public des Capitales et Communautés est bien réelle.

 

Et c'est peut-être là le paradoxe le plus frappant de cette séquence politique. Alors que la France cherche à renforcer sa souveraineté technologique, à faire émerger des entreprises capables de rivaliser à l'échelle mondiale et à attirer les investissements, elle envisage de réduire fortement les moyens d'un réseau qui contribue à ces objectifs. Le débat dépasse donc les 5 millions d'euros qui séparent le budget initial de 2027 de celui de 2026. Il pose une réelle question de fond : quelle place la France souhaite-t-elle encore accorder à ses entrepreneurs, à ses réseaux d'innovation et à ses relais économiques à l'international ?

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