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L’escrime à L’Ecole de Battersea et au-delà : le parcours inouï d'Annaick Dulac

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 07/03/2022 à 23:59 | Mis à jour le 07/03/2022 à 23:59
Une leçon d'escrime dans le cadre des cours d'Escrime Academy dispensés à l'Ecole de Battersea

L’Ecole de Battersea dispense chaque semaine des leçons d’escrime à ses élèves avec le club Escrime Academy. Cette tradition date d’il y a désormais dix-sept ans, et traduit des liens forts entre la fondatrice du club Annaick Dulac et la fondatrice de l’école Mirella Otten. Une épopée hors du commun à découvrir ici.

 

Comment naît le club ?

Escrime Academy naît en 2005 à la demande de Mme Otten de L’Ecole de Battersea, alors même que les fondateurs de l’établissement ouvraient plus de classes pour accueillir des élèves jusqu’au CE2. Ils proposaient déjà des cours de danse à l’époque, et voulaient élargir leur panel d’activités sportives. Or, je m’étais tournée vers l’escrime afin de permettre la pratique d’une activité sportive à mon fils hémophile (Ndlr : une pathologie qui se traduit par l’incapacité du sang à coaguler correctement).

Avant cela, il n’y avait alors qu’un club existant, mais loin et à l’extérieur de Londres. Je décide donc de démissionner de mon poste dans la finance afin de consacrer davantage de temps à mon fils, alors âgé de 2 ans, et de me focaliser sur ce nouveau domaine. Concours de circonstances : Mme Otten elle-même adorait l’escrime et me propose donc de lancer l’activité dans le cadre du curriculum. Bien plus qu’une opportunité professionnelle, c’est avant tout une aventure commune durant laquelle l’école a su faire preuve d’écoute, de confiance et de bienveillance afin que mon fils trouve sa place au sein de l’établissement et suive une scolarité comme les autres enfants.

Dans mon entourage, la dangerosité présumée de ce sport fait des sceptiques. Aussi je commence d’abord à le pratiquer moi-même et je réalise qu’il n’y a bel et bien pas de risque de blessure. Si mon fils ne peut pas faire de sport de contact, il a tout de même un besoin de s’exprimer et de se défouler, comme tout enfant. La situation était difficile puisque j’ai mis un terme à une longue carrière pour mener ce projet à bien, mais fort heureusement l’escrime fait office de thérapie. Dans un premier temps, je me rends aux leçons avec ma fille uniquement, jusqu’au feu vert de l’hôpital pour y inscrire mon fils.

 

Une escrimeuse d'Escrime Academy satisfaite à l'Ecole de Battersea

 

Les mois passent et mon fils Joseph parvient à faire des compétitions nationales et internationales, tout en menant une vie épanouie. L’histoire débute ainsi, et le club est créé en 2005 avec l’aval de la direction. Cette discipline sportive devient une véritable passion, pratiquée par presque toute la famille à haut niveau, y compris européen. Je fais le pari de recruter un premier maître d’armes reconnu et développe un véritable business plan incluant en son sein les équipements professionnels nécessaires.

 

Plus qu’un simple club, cela devient donc un véritable engagement et une passion commune avec l’école ?

Exactement, projet qui est désormais porté par plus de 12 maîtres d’armes et près de 300 licenciés, aux multiples origines. Ce qui contraste avec les 12 élèves du départ !

 

Une leçon dispensée par Escrime Academy avec un maître d'armes, à l'Ecole de Battersea

 

Quant aux écoliers de Battersea, ils bénéficient tous d'une heure d’escrime obligatoire jusqu’au CM2, enseignée en anglais… ce qui représente pas moins de 160 élèves initiés à ce sport chaque année scolaire. Nous fournissons de vraies armes et un taux d’encadrement incroyable avec trois maîtres d’armes pour 20 enfants. Le soutien de l’école fut également prodigieux. Tant l’engouement des parents que l’enthousiasme des maîtres d’armes et des licenciés restent ubiquistes.

 

Comment le club Escrime Academy a-t-il progressé au fil des années ?

Vers 2008, nous changeons de locaux pour trouver un espace plus grand et proche de l’école. J’ai la chance formidable de tomber sur un gymnase tout près de Battersea, mais aussi du lycée français Charles de Gaulle. Le club s’ouvre alors aux 4 000 élèves des établissements voisins. Les cours sont désormais prodigués tout au long de la semaine, jusqu’à tard le soir. Nous devenons un club très inclusif, dont le succès explose en 2010.

Arrive 2012, année durant laquelle je suis recrutée pour aider à l’organisation des Jeux Olympiques et deviens responsable de l’accueil des délégations d’escrime du monde entier. L’intitulé du poste - athlete service group leader - implique la gestion de nombreux bénévoles ainsi que la qualité du service procurée aux athlètes. Quel bonheur que de prendre soin de ceux qui font avant tout vivre les Jeux Olympiques et Paralympiques !

Le club s’ouvre d’autant plus au paralympisme et aux handicaps. Éveiller les enfants au handicap est une priorité pour Escrime Academy afin de nourrir l’empathie naturelle des enfants et les rendre résilients dès le plus jeune âge.

Parmi les anecdotes les plus marquantes, j’étais parvenue in extremis à faire ouvrir le gymnase Coubertin du lycée français pour que l’équipe française puisse s’y entraîner.

 

Par delà les jeux, vous reprenez votre activité au sein du club ?

Oui, j’y multiplie d’ailleurs les rencontres de personnes généreuses, proches des enfants, avec en point d’orgue la Ministre des sports Laura Flessel… l’une des escrimeuses françaises les plus accomplies selon moi. A l’occasion des 10 ans de l’école et du club en 2015, je présente le projet de l’association hemophilia society, pour laquelle je souhaite lever des fonds avec la participation de mon fils.

Nous parvenons à récolter £3000 que mes enfants remettent symboliquement sur scène avec Laura lors d’une soirée magique que je garde en mémoire. Laura Flessel devient en 2015 la marraine d’Escrime Academy.

 

Laura Flessel et les enfants d'Annaick Dulac, à la tête d'Escrime Academy en partenariat avec l'Ecole de Battersea

 

 

Malgré l’ascension du club à l’international, vous continuez cependant votre collaboration avec L’Ecole de Battersea…

En effet, cette heure d’escrime hebdomadaire accordée aux enfants de Battersea reste la priorité du club. Chacune des avancées du club a fait l’objet de consultations avec M. et Mme. Otten en amont, qui me soutiennent constamment dans mes projets, qu’il s’agisse de stages, d’échanges à l’étranger, d’expansion du club, de renouvellement des activités… Nous proposons par exemple désormais de l’escrime artistique. Plus qu’un simple partenariat avec L’Ecole de Battersea, nous avons tissé un véritable lien de loyauté réciproque et de soutien. C’est en quelque sorte notre histoire collective qui s’est transformée en une réussite olympique !

 

Comment Escrime Academy s’est mobilisé pendant la pandémie ?

Pendant la pandémie, le club s’engage auprès de l’école afin d’aider les enseignants à assurer le bien-être des enfants en continuant l’escrime… sur Zoom ! Du fleuret à la cuillère en bois, nous avons donc mis en place des leçons à distance, d’escrime sans armes, agrémentées de sessions sportives. A cette occasion, mes connections du monde entier se sont mobilisées, et les échanges avec les autres clubs se sont même renforcés et poursuivis. Nous sommes même parvenus à convier des personnalités à ces séances Zoom, dont Yannick Borel, afin de récompenser les enfants pour leur assiduité en ces temps complexes. Il fallait les motiver dans une atmosphère de légèreté, au vu de la situation… nous avons même augmenté notre nombre de leçons et proposé que certaines se fassent déguisés ! Nous avons toujours eu la chance d’être une vraie communauté, chose que la pandémie a d’autant plus révélé. Depuis septembre 2021, toutes les activités sont organisées dans des conditions normales et au même rythme qu’auparavant à L’Ecole de Battersea.

 

Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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