La capture de Nicolás Maduro par les États-Unis marque un tournant géopolitique majeur, bien au-delà de l’Amérique latine, jusque dans le camp occidental. À Londres, la réaction du gouvernement britannique se distingue par la prudence et la surprise. Le Royaume-Uni refuse désormais de partager certaines sources de renseignement avec Washington sur le dossier vénézuélien, dans le cadre du Five Eyes, l’alliance de renseignement qui unit les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.


Dès les premières heures suivant l’annonce américaine stipulant que “Maduro a été capturé et exfiltré”, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a clarifié la position de Londres :
“Le Royaume-Uni n’a en aucune façon été impliqué dans cette opération”, insistant sur l’absence totale de participation britannique, qu’elle soit militaire ou en matière de renseignement.
Dans une autre intervention, le chef du gouvernement ajoute que “c’est aux États-Unis de justifier les actions qu’ils ont prises, renvoyant Washington à sa responsabilité juridique et politique.” Certains y voient ici un moyen pour Londres d'éviter de condamner frontalement son allié, tout en refusant d’endosser la moindre co-responsabilité.
Le Royaume-Uni refuse de partager des sources
Ainsi, le Royaume-Uni a gelé le partage de certaines sources de renseignement avec les États-Unis, notamment concernant le Venezuela. Il ne s’agit pas d’une rupture globale de la coopération, mais d’une restriction exceptionnelle, dans le cadre du Five Eyes (FVEY).
Cette alliance, qui regroupe les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, repose depuis la Seconde Guerre mondiale sur un principe fondamental : le partage quasi automatique du renseignement, notamment des interceptions de communications (SIGINT). Dans ce système intégré de bases communes, d’analyses partagées et de programmes conjoints, refuser de transmettre ses sources revient à interrompre volontairement la chaîne de responsabilité…
L’actualité au Vénézuéla rappelle que cette coopération repose sur la confiance. Le gouvernement cherche avant tout à se prémunir contre toute accusation de complicité dans une opération juridiquement controversée : capture d’un chef d’État en exercice, transfert hors du territoire national, absence de mandat international explicite…
L’Irak, traumatisme toujours présent dans l’esprit du gouvernement britannique
Cette prudence peut aussi s'expliquer par les événements d’Irak en 2003. À l’époque, l’implication du Royaume-Uni dans l’utilisation de renseignements erronés avait entamé la crédibilité des services et déclenché une crise de confiance avec l’opinion publique et le Parlement.
La position mesurée de l’exécutif ne fait toutefois pas l’unanimité. À Westminster, l'opposition critique la prudence du gouvernement, certains estimant que Londres aurait dû condamner plus clairement l’intervention américaine. D’autres voix, à l’inverse, s’inquiètent d’implications plus larges. Le ministre Wes Streeting a mis en garde contre une possible “désintégration de l’ordre international fondé sur des règles”, soulignant le risque de précédent que pourrait constituer l’opération américaine.
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