Mercredi 8 décembre 2021
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Les Britanniques ont-ils confiance en leurs médias ?

Par Lili Auriat | Publié le 26/10/2021 à 17:02 | Mis à jour le 26/10/2021 à 17:11
Photo : Matthew Guay-unsplash
Médias papiers et numériques

L’institut Reuters a publié au mois de juin son nouveau Digital News Report, faisant un point sur l’état de la couverture médiatique dans le monde. Dans ce rapport, on peut lire qu’au Royaume-Uni, comme ailleurs, la pandémie rétablit une certaine confiance entre la population et ses médias.

 

Le Royaume-Uni a recouvré une partie de sa confiance en les médias pendant la pandémie, mais elle reste toujours plus faible qu’elle ne l’était avant le vote du Brexit. Dans un contexte de crise, la population s’est fiée à des reportages qu’elle considérait comme « fiables » pour s’informer au sujet du Covid-19.

 

La pandémie a restauré une partie de la confiance envers les médias

Le Digital News Report a révélé que 36% des personnes au Royaume-Uni « font la plupart du temps confiance à la plupart des informations ». Une hausse par rapport à janvier 2020, où le résultat était alors de 28%. Mais les niveaux de confiance sont toujours inférieurs à ce qu’ils étaient avant le référendum sur le Brexit en 2016, lorsque 50% de la population déclarait faire confiance aux médias britanniques.

Cette tendance à la hausse s’observe à l’échelle internationale puisque parmi les 92 327 personnes interrogées dans 46 pays, 44% déclarent faire confiance à la plupart des informations la plupart du temps. Soit six points de pourcentage supplémentaires par rapport à 2020. Le Royaume-Uni se place en 33ème position sur les 46 pays du classement, 10 places avant la France où seulement 30% de la population estime pouvoir faire confiance “la plupart du temps à la plupart des informations”.

Malgré cette reprise de confiance, les inquiétudes demeurent quant à la question de la désinformation. 58% des personnes interrogées confient douter de ce qui est vrai ou faux sur Internet lorsqu'il s'agit d'actualités et surtout de Covid-19. Les répondants estiment qu’il s’agit du sujet pour lequel ils font face à la plus grande désinformation, davantage qu’en politique. Seuls 15% de la population fait ainsi confiance aux informations issues de la recherche et 6% à celles issues des réseaux sociaux.

 

A quels médias les Britanniques font-ils le plus confiance ?

Le rapport a révélé que les médias « impartiaux », strictement réglementés comme la BBC, ITV, Sky News et Channel 4 et les journaux au format national, restaient les plus fiables selon les personnes interrogées. Au Royaume-Uni, la BBC est en première place, 62 % des personnes la classant entre six et dix sur une échelle de confiance. Vient ensuite l’ITV News à 61 %, Channel 4 à 58 %, le Financial Times à 56 % et Sky News à 54 %.

A contrario, les journaux populaires partisans sont en bas du classement. The Sun est ainsi considéré comme le média le moins fiable au Royaume-Uni avec un score de confiance de 13% et de 64% de méfiance.

La télévision et les journaux nationaux semblent donc bénéficier d’une certaine légitimité aux yeux des Britanniques, bien qu’ils soient de plus en plus remplacés par une information sur Internet. Un quart des personnes interrogées ont déclaré qu'elles préféraient commencer leur parcours d'information via un site web ou une application. Si certains journaux possèdent une application, seuls 8% de la population rapporte payer pour cette information en ligne.

 

Les réseaux sociaux, plaque tournante de l’information et de la désinformation

Bien que les chiffres montrent que la majorité de la population britannique ne fait pas confiance aux réseaux sociaux, ils sont de plus en plus utilisés pour s’informer sur l’actualité. Leur utilisation a doublé entre 2020 et 2021, passant de 20 % à 41 % d’utilisateurs.

Les personnes âgées de 18 à 24 ans, soit la génération Z, sont deux fois plus susceptibles de préférer accéder aux informations via les réseaux sociaux que le reste de la population. Au cours de cette année, les plateformes comme WhatsApp, Instagram, Telegram et TikTok ont permis à de plus en plus de jeunes de partager et d’accéder à des informations, notamment sur le coronavirus ou le mouvement Black Lives Matter.

Interviewée par la rédaction au mois de mai, la spécialiste des médias Julia Cagé avait expliqué que la crise du Covid-19 était révélatrice de “l’importance des phénomènes de désinformation et de leur propagation extrêmement rapide sur les réseaux sociaux”. Elle avait également souligné la nécessité de réguler les contenus sur les réseaux sociaux afin de lutter contre les fake news. Le co-auteur du rapport, Simge Andi, confirme la prise de position de la jeune économiste française en analysant que « l'absence d'une forte présence journalistique pourrait rendre ceux qui s'appuient sur ces réseaux particulièrement vulnérables à la désinformation”.

 

Le mouvement Defund the BBC

Si les réseaux sociaux bénéficient de peu de confiance de la population britannique, une partie de celle-ci déplore aussi l’état de son service d’information public. Sur Twitter la page @DefundBBC a atteint, en un an, plus de 100 000 followers. Créée en 2020 par James Yucel, étudiant à l'Université de Glasgow, Defund the BBC est une campagne qui lutte pour décriminaliser le fait de ne pas payer sa licence de télévision au Royaume-Uni au motif que le service public d’audiovisuel y serait orienté et de piètre qualité.

Sur les îles britanniques, tous ceux qui regardent ou enregistrent des émissions de télévision en même temps qu'elles sont diffusées sont tenus par la loi de payer une licence de télévision. Cet argent est ensuite utilisé pour financer l’audiovisuel public tel que la BBC, comme une taxe. Depuis avril 2021, le coût annuel est de £159 pour une licence couleur et £53,50 pour une licence noire et blanche. Les personnes fraudant ce système et ne payant par leur licence reçoivent alors des amendes ou sont l’objet d’autres poursuites judiciaires. C’est contre cette pénalisation que lutte le mouvement Defund the BBC, d’autant que la BBC surveillerait les vidéos YouTube critiquant les licences TV, ainsi que les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter.

En septembre 2008, l'organisme directeur de la BBC, le BBC Trust, a même lancé un examen des méthodes de la chaîne à la suite de plaintes concernant ces tactiques "intimidantes". Le président du Comité spécial du numérique, de la culture, des médias et du sport avait ensuite accusé la BBC de se comporter « comme la Gestapo », employant « des tactiques scandaleuses ». Suivant ces accusations, les militants de Defund the BBC voudraient pouvoir économiser sur ce qu’ils considèrent comme un règne autoritaire de médias publics corrompus et incompétents.

Bien que la BBC soit le média auquel les Britanniques accordent la plus grande confiance, elle n'est visiblement pas pour autant à l'abri des critiques, et les relations entre les médias et la population restent tumultueuses.

 

Lili Auriat - Journaliste Londres

Lili Auriat

Lili Auriat, étudiante à Sciences Po Aix, parisienne et passionnée de sport et de voyage.
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