À l’occasion de la Saint-Valentin, Lepetitjournal.com est allé à la rencontre de plusieurs couples franco-britanniques installés à Londres. Entre différences culturelles, compromis et enrichissement mutuel, ces amoureux racontent leur quotidien, où l’humour, la politesse, la parentalité et la perception de l’amour prennent parfois des tournures inattendues. Plongez au cœur de ces histoires où l’amour dépasse les frontières !


À l’occasion de la Saint-Valentin, fête commerciale pour certains, véritable célébration de l’amour pour d’autres, Le Petit Journal.com est allé à la rencontre de trois couples franco-britanniques installés à Londres. Nous leur avons posé nos questions sur la mixité culturelle qu’ils vivent au quotidien, une richesse qui se révèle tantôt une force, tantôt un défi.
Ainsi, nous avons échangé avec Camille, Louis, Lila, Arthur, Amélie et Ethan. Si toutes les femmes que nous avons rencontrées sont françaises, Louis, Arthur et Ethan sont britanniques. De ces discussions, nous avons dressé un portrait du couple franco-britannique, entre différences et complémentarités...
La “magie de la rencontre”, sublimée par la mixité culturelle
Les lieux de rencontre de ces couples sont aussi variés que leur histoire d’amour. Des États-Unis à l’Asie, en passant par le Royaume-Uni, leur relation s’est écrite à l'international. Si pour la plupart la nationalité de leur partenaire n’a jamais été un critère, pour certains, elle a constitué un véritable atout.
Pour Amélie, que son mari Ethan soit britannique a été un facteur d’attirance : “Il y a une part d’imprévu et d’inconnu. La découverte de l’autre est beaucoup plus intense, cela accentue la magie de la rencontre et ajoute une dimension passionnelle”. Lila partage également ce ressenti : “Nos différences culturelles nous ont tout de suite amenés à nous dire les choses honnêtement et à être plus naturels”.
“Il y a une part d’imprévu et d’inconnu. La découverte de l’autre est beaucoup plus intense, cela accentue la magie de la rencontre et ajoute une dimension passionnelle”
Langue et communication : entre compromis et frustrations
Tous les couples franco-britanniques que nous avons rencontrés communiquent principalement en anglais au quotidien. Une habitude que Lila attribue à la culture britannique : “En bons Anglais, ils ne s’investissent pas vraiment dans l’apprentissage des langues étrangères”. Mais ce choix linguistique peut parfois engendrer des difficultés de communication.
Amélie souligne notamment les défis liés à l’expression des émotions : “Exprimer ses sentiments avec précision dans une autre langue, c’est très difficile ! Nous utilisons parfois des mots ou des expressions inadaptés au contexte. Pourtant, la justesse et l’exactitude du propos sont essentielles, et c’est parfois un aspect que nous sacrifions dans les couples mixtes”.
Pour Camille, la barrière linguistique se fait aussi ressentir : “C’est encore un défi, je dois toujours tourner mes phrases pour me faire comprendre. Mais ce qui me frustre le plus, c’est de ne pas pouvoir faire d’humour en anglais”.
L’humour : un art subtil qui divise Français et Britanniques
Nos interlocuteurs ont unanimement souligné que l’humour français et britannique sont profondément différents.
Camille décrit l’humour britannique comme cynique, basé sur les jeux de mots, l’autodérision et parfois des blagues graveleuses. L’humour français, quant à lui, serait davantage axé sur les situations, l'exagération et la répétition. Mais au-delà de ces différences, Camille pointe du doigt un malentendu plus profond : “les Anglais pensent que les Français n’ont pas d’humour. En réalité, ils sont simplement incapables de le comprendre”.
Si pour Lila l’humour britannique est “rafraîchissant et raconte des histoires vraies”, Amélie, malgré les quinze années passées dans des pays anglophones, avoue toujours avoir du mal à le saisir. Elle le décrit comme cynique et parfois difficile à cerner : “Comprendre un humour cynique en français ce n’est pas évident, alors en anglais... Les Britanniques jouent beaucoup sur le second degré, compliqué à traduire”. Mais au-delà de la compréhension, Amélie avoue ne pas être sensible à l’humour anglo-saxon, tout comme son mari Ethan, qui de son côté “trouve que l’humour français n’est absolument pas drôle”. Comme elle le souligne : “L’humour n’est pas le point de rencontre le plus évident entre nos deux cultures, car il repose sur des subtilités de langue et des jeux de mots”.
Face à ces différences, se retrouver entre Français devient parfois une nécessité. “C’est pour ça que j’ai beaucoup d’amis français à Londres”, explique Lila. “Nous retrouvons ce terrain commun et nous passons nos soirées à rire”.
La politesse britannique : un savoir-vivre devenu indispensable pour les expatriés français
Dans tous nos échanges, la politesse et la civilité britanniques ont été soulignées comme essentielles au quotidien des expatriés. Comme l’explique Amélie, les Anglo-Saxons et les Français partagent un code culturel commun : celui d’être “très à cheval sur la politesse”. Pour elle, cette courtoisie est même devenue un élément incontournable de son mode de vie : “Pour moi, il est impensable de retourner vivre en France. La civilité britannique est pour moi maintenant vitale. Je ne pourrais plus jamais vivre dans un contexte où les gens ne sont pas aussi polis les uns envers les autres”. Pourtant, cette politesse irréprochable est parfois perçue comme une forme d’hypocrisie.
Le contraste entre sincérité française et diplomatie britannique
Pour Camille, la différence est évidente : “les Anglais sont beaucoup moins directs que les Français. En Angleterre, il ne faut pas croire ce qui est dit, il faut croire ce qui est fait”. Certains y voient une forme d'hypocrisie, mais d’autres considèrent qu’il s’agit simplement d’un savoir-vivre propre à la culture britannique. “Les Anglais sont beaucoup plus diplomatiques, tandis que les Français, comme les Latins en général, sont beaucoup plus directs”.
Amélie, qui se décrit comme bien plus extravertie que son mari Ethan, insiste sur le lien entre politesse et retenue émotionnelle chez les Britanniques : “L'hypocrisie que certains leur reprochent est indissociable de leur politesse. Culturellement, les Britanniques éviteront toujours le conflit frontal, même s’ils ne sont pas d’accord avec vous, contrairement aux Français”. Ethan, lui, le constate avec amusement : “Vous êtes exaltés, bruyants, vous parlez fort et vous ne gardez pas vos émotions pour vous”. Une impression confirmée par Lila : “En France, nous ne gardons pas nos émotions pour nous, contrairement aux Anglo-Saxons. C’est un trait culturel très fort".
Ce décalage repose sur des codes bien ancrés : “Les Britanniques ne disent pas ce qu’ils ressentent, ils restent polis et souriants. En France, au contraire, exprimer ce que nous pensons est une marque de respect. C’est un clash culturel fondamental”. Amélie souligne que cela peut être un défi dans une relation amoureuse : “Il faut dénouer ces différences rapidement. Si je te dis ce que je pense, c’est parce que je t’aime et je te respecte, pas parce que je suis malpolie”.
“L'hypocrisie que certains leur reprochent est indissociable de leur politesse. Culturellement, les Britanniques éviteront toujours le conflit frontal, même s’ils ne sont pas d’accord avec vous, contrairement aux Français”
La culture du repas : un rituel à la française
Les Françaises que nous avons rencontrées ont aussi pointé du doigt le peu de points communs entre la gastronomie britannique et française. Au-delà de leur manque d’enthousiasme pour le Christmas Pudding par exemple, c’est surtout la culture du repas à la française qui leur est apparue comme une différence majeure entre les deux cultures. Pour Amélie, l’une des distinctions les plus marquantes dans son couple concerne “la bienséance à table”. Un aspect qui, au départ, a surpris son mari Ethan, mais auquel il a finalement adhéré, pour aujourd’hui l’intégrer dans le rythme de leur vie de famille.
“Le choc des cultures c’est véritablement la parentalité”
Pour Amélie, le choc des cultures se fait brutalement ressentir avec l’arrivée de son premier enfant : “Quand le premier enfant arrive, c'est l’explosion totale et inévitable”. Malgré les points communs entre l’éducation à la française et à l’anglo-saxonne, certaines différences fondamentales demeurent : “Je pense que l’éducation à la française est plus stricte, nous posons plus de limites”. Son mari Ethan, habitué à un environnement plus souple, a d’abord été surpris. Pourtant, avec le temps, il a appris à apprécier ce modèle parental avant de l’adopter lui-même. “En retour, j’ai assoupli mes règles, parce que l’éducation va dans les deux sens, mais cela nous a pris des années à harmoniser”, concède Amélie.
De leur côté, Lila et Arthur partagent une vision similaire de l’éducation, mais constatent tout de même des différences, notamment à l’école : “L’éducation à la française est plus traditionnelle. Souvent, les enfants préfèrent leurs cours d’anglais, plus libres et moins académiques”. Lila remarque aussi un contraste dans l’approche éducative : “En France, nous sommes plus disciplinés et moins tendres. Ici, c’est un peu les Bisounours”.
La perception de l’amour : un contraste culturel
Si, comme le souligne Amélie, “les Britanniques ont une image très romantique de l’amour à la française”, existe-t-il réellement des différences notables dans la façon dont l’amour est perçu et exprimé de part et d’autre de la Manche ? À en croire Louis, “nous pourrions écrire un livre sur le sujet”. Mais l’amour reste-t-il universel, quelle que soit la langue ou la culture ? Sur ce point, les couples que nous avons rencontrés ne sont pas unanimes.
Pour Camille, “les Britanniques ne sont pas du tout romantiques”. Elle les décrit avec un humour “plus graveleux, voire sexuel”, tout en étant “très pudiques et moins passionnés”.
Amélie, en revanche, perçoit les choses différemment : “La femme française est plus romantique que l’homme français, qui est lui-même moins romantique que le Britannique”. Elle souligne également que : “Contrairement aux Français, les Britanniques sont beaucoup moins machos dans la relation amoureuse”. Enfin, elle insiste sur l’importance de la galanterie dans la culture anglo-saxonne, qu’elle relie à “la politesse britannique mais aussi à l’influence inspirante de la monarchie”.
Lila, quant à elle, met en avant la pudeur britannique : “Il suffit de comparer l’ambiance dans le métro parisien et celui de Londres, nous le voyons tout de suite !”. Elle observe également que les couples français expriment davantage leur affection en public “Ils se tiennent par la main, restent proches l’un de l’autre. Les couples britanniques, eux, se taquinent plus. C’est peut-être une autre façon d’exprimer leurs sentiments, qui aime bien châtie bien”.
“Les couples français se tiennent par la main, restent proches l’un de l’autre. Les couples britanniques, eux, se taquinent plus. C’est peut-être une autre façon d’exprimer leurs sentiments, qui aime bien châtie bien”.
Différence culturelle : une richesse ou un défi ?
Pour Louis la réponse est sans appel : “C’est très positif d’avoir des différences, aucune n’est supérieure ou inférieure”. Pour lui, un couple mixte repose sur les mêmes piliers que tout mariage : “L’amour, le pardon, la patience, la compréhension, la modestie et l’humilité”.
Amélie partage une vision plus nuancée : “La mixité culturelle de notre couple est une richesse énorme, mais aussi un défi à cause des codes culturels qui sont à décortiquer. Mais c’est justement ce défi qui fait la richesse”. Elle insiste également sur l’héritage que cela représente pour ses enfants : “C’est une richesse que nous transmettons à nos enfants, qui ont toute la richesse française et britannique. Leur patrimoine culturel et linguistique est immense”. Toutefois, cette diversité ne va pas sans difficultés : “Au fil des années, je me suis dit qu’il fallait avoir un couple sacrément solide en amour pour que la diversité culturelle tienne”.
Camille insiste, elle aussi, sur l’importance d’avoir des valeurs communes et de l’authenticité dans la relation : “Avoir les mêmes valeurs, se sentir bien dans toutes les facettes de sa personnalité avec l’autre, pouvoir être complètement soi-même, voir la vie de la même façon, aller dans la même direction”.
Enfin, Lila conclut sur l’impact positif de cette diversité culturelle “Pour nous, cela a toujours été une richesse, ça nous a permis d’avoir une véritable ouverture d’esprit. Je n’essaie jamais de mettre les gens dans des cases, au contraire, je cherche à comprendre leur point de vue. Avec mon mari, c’est quelque chose qui nous a toujours guidés dans notre relation”.
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