De passage à Londres, sur l’un des six campus européens de l’ESCP, Thomas Jeanjean, nouveau directeur général de la plus vieille école de commerce du monde en activité, en profite pour évoquer les projets à venir sur le pôle de la capitale britannique. L’occasion également d’aborder le sujet de l'Intelligence Artificielle, autour duquel l’institution va lancer une School of Technology. Un programme pour permettre aux étudiants de mieux saisir les codes de l’IA.


Thomas Jeanjean est encore dans les tout premiers mois de sa nouvelle mission. L’ancien élève de l’École normale supérieure Paris-Saclay, agrégé d’économie et gestion, a pris ses fonctions de directeur général de l’ESCP Business School à la fin du mois d’août.
Le nouveau DG découvre à peine ces responsabilités qu’il est déjà aux commandes d’une institution vieille de plus de deux siècles. Fondée en 1819, en pleine révolution industrielle, l’ESCP Business School est la plus ancienne école de commerce encore en activité au monde et figure parmi les plus grandes de France.
Cela tombe bien, Thomas Jeanjean n’a pas rendez-vous en terre inconnue dans le milieu des grandes écoles. Avant sa nomination à la tête de la business school, l’homme de 52 ans occupait depuis 2021 le poste de directeur général adjoint Education à la Chambre de commerce et d’industrie Paris Île-de-France, qui supervise un portefeuille de 14 établissements, dont l’ESCP.
À l’occasion d’une première visite sur le campus londonien dans ces fonctions officielles (l’un des 6 campus en Europe avec Paris, Berlin, Madrid, Turin et Varsovie), le nouveau directeur général de l’ESCP Business School a reçu lepetitjournal.com dans les bâtiments de l’école, à West Hampstead, dans le nord-ouest de Londres. L’occasion d’échanger sur les changements à venir à l’ESCP Londres, et d’évoquer les enjeux des prochaines années, à commencer par l’inévitable sujet de l’intelligence artificielle.
Vous avez pris vos nouvelles fonctions fin août 2026, comment se déroulent vos premiers pas dans ce nouveau costume de directeur général?
Ça fait sept semaines effectivement que j’occupe ce rôle de nouveau DG de l’ESCP. Tout se passe très bien, je suis formidablement bien accueilli. Je viens avec beaucoup d’enthousiasme car il y a un super projet à développer pour l’école et les équipes sont vraiment engagées.
Quel chemin vous a amené jusqu’ici ?
Je viens de l’enseignement, une vocation qui est arrivée assez jeune. Je trouve ça vraiment chouette lorsqu’on peut aider des élèves à comprendre quelque chose et augmenter leur niveau de savoir. Je trouve ce processus d’apprentissage extraordinaire et j’ai toujours souhaité y contribuer. J’ai commencé ma carrière dans des Business School en tant que professeur de comptabilité, puis, progressivement, j’ai pris des fonctions administratives dans la gestion concrète d’une école, avant de devenir directeur général de l’ESCP.
L’ESCP est toujours aussi attractive, avec un nombre de candidatures en hausse. C’est également le cas de son campus londonien ?
Oui, c’est un campus qui est très attractif et très demandé. En fait, le principe de l’ESCP est simple : nos étudiants doivent effectuer des mobilités entre les différents campus européens. Par exemple, un étudiant qui nous rejoint pour le Bachelor effectue ses trois ans dans trois pays différents. Et le campus de Londres représente pour nous une destination phare. On profite des opportunités d’emplois dans la ville de Londres. On décerne des diplômes britanniques sous condition de rester un certain temps au Royaume-Uni et de respecter les programmes. Le Degree Awarding powers, qui nous a été délivré par les autorités britanniques, nous permet cela. Un étudiant de l’ESCP Londres obtiendra donc un diplôme français et un diplôme britannique. Il ne s’agit pas simplement de collectionner les diplômes de nationalités différentes mais cela ouvre de vrais avantages notamment pour le visa et l’accès à l’emploi en Grande-Bretagne.
En parallèle du volet scolaire, vous insistez beaucoup sur l’aspect dynamique de l’école ici à West Hampstead ?
Oui, c’est un campus extrêmement vivant. Les étudiants n’y font pas qu’y étudier, ils restent après les cours, se réunissent. C’est un vrai lieu de vie. C’est également une véritable tour de Babel. Évidemment, on y parle anglais puisque les enseignements sont dispensés en anglais, mais nous avons des étudiants du monde entier, avec 81 nationalités représentées.
Les étudiants français y sont les plus nombreux (27% des effectifs) mais les Italiens sont aussi très friands du campus londonien (deuxième communauté représentée). Ensuite, nous accueillons beaucoup d’autres étudiants britanniques, chinois ou encore indiens. On entend donc beaucoup de langues sur le campus et je crois que c’est très représentatif de ce qu’est l’ESCP. Ici, on a une école européenne avec une expérience londonienne de par l’architecture du bâtiment et l’expérience sur place.
Justement, concernant le lieu de vie des étudiants, des travaux sont prévus prochainement…
Absolument. Aujourd’hui, nous avons une première priorité qui est d’augmenter les espaces dans lesquels les étudiants vont pouvoir échanger entre eux. Mardi 13 octobre, nous allons par exemple inaugurer des bâtiments sous les toits, qui sont des lieux de vie pour améliorer l’expérience de vivre ensemble à l’école, et pouvoir parler d’autres choses que des cours. Puis une deuxième phase de travaux est prévue, notre “Master Plan”, qui a pour but de créer de nouveaux bâtiments afin d'accueillir davantage d’étudiants et dans de meilleures conditions. Nous avons donc pour projet d'étendre ce campus ESCP de Londres.
Étudier à l’étranger : pourquoi choisir ESCP, la 1ère école de commerce mondiale ?
Pour revenir sur les activités de l’école, le Brexit entraîne-t-il des difficultés pour le pôle londonien de l’ESCP ?
Ce qui est certain, c’est que le Brexit ne nous facilite pas la tâche. En plus du Brexit, il y a eu de nouvelles réglementations concernant les visas. Certains de nos étudiants qui vont obtenir un diplôme britannique et qui souhaitent travailler au Royaume-Uni n’en auront peut-être pas la possibilité. Mais nous avons une grande communauté d’anciens élèves à Londres, et avec le réseau, on trouve toujours des solutions. Mais effectivement, c’est peut-être moins simple qu’avant.
Quels sont les défis auxquels sera confrontée l’ESCP dans les prochaines années ?
Le champ du management et des business schools s’est considérablement élargi, au-delà même de la finance, du marketing et de la stratégie qui sont les disciplines traditionnelles du management. Aujourd’hui, le bon manager doit maîtriser davantage d’éléments liés à la technologie parce que l’Intelligence Artificielle (IA) est partout, mais il doit également avoir des connaissances dans la géopolitique et la gouvernance. Par exemple, si j’utilise le modèle DeepSite plutôt qu’Open IA, quelles vont être les conséquences sur mon business, sur ma capacité à avoir une organisation résiliente.
Dès la rentrée 2027, nous allons donc lancer une School Technology, et à la rentrée 2029, une School of Government. Cette School of Technology sera aussi présente sur le campus de Londres. L’idée n’est pas de former des ingénieurs mais de former des diplômés qui auront un pied dans le management et un pied dans la science et la technologie. L’objectif est de comprendre ce que font les scientifiques et les ingénieurs pour le transformer en opportunité de business
À l’ESCP, l’Intelligence Artificielle a déjà toute sa place Sujet d’actualité brûlant pour l’ensemble de la société, et notamment dans le monde du travail, l’Intelligence Artificielle a déjà toute sa place dans le quotidien des étudiants de l’ESCP Business School : « C’est une technologie qu’on a adoptée très rapidement, dès novembre 2022 » explique Thomas Jeanjean. « Le premier réflexe à l’ESCP a été d’aider nos élèves à bien comprendre et utiliser l’IA. Tous nos étudiants ont donc accès à ChatGPT, et à Hugging Face, une interface avec un ensemble de prompts ou d’IA. Mais ils doivent obligatoirement suivre une formation avant d’utiliser ces logiciels, afin d’en faire un usage éthique et responsable.» Sur les conséquences de l’intelligence artificielle pour l’emploi et, par extension, pour l’attractivité de l’ESCP, le nouveau directeur général se veut réaliste, mais optimiste : « Je pense qu’on assistera à une diminution des débouchés traditionnels d’une business school comme l’ESCP. Mais il y aura toujours besoin de financiers, de consultants, de banquiers, et plus vous êtes une école réputée, moins vous serez touchés par cette attrition, parce que les recruteurs vont favoriser les meilleures écoles.» Thomas Jeanjean compte également sur de nouvelles opportunités de travail favorisées par l’IA : « On voit par exemple que Bureau Veritas (NDLR : multinationale française spécialisée dans les inspections, audits et certifications) a annoncé qu’elle allait créer une nouvelle activité professionnelle en Europe pour vérifier que les entreprises utilisent bien l’IA conformément à ce qu’elles disent.»






























